Portrait

Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss, le baobab de la musique gabonaise

Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss, le baobab de la musique gabonaise
Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss, le baobab de la musique gabonaise © 2021 D.R./Info241

L’avènement de la musique au Gabon a tardé à se mettre en place. Mais entre 1940 et 1960, nous avons assisté à l’éclosion de quelques groupes de musique tels que « Billy Max », « Okolongo » ou encore « Fouga Jazz » et « Afro jazz ». Des artistes, souvent issus de la même famille ont commencé à se faire connaître. Mais vers le milieu des années 1960, l’environnement musical du pays s’enrichit. C’est ainsi que Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss (1946-2018, alors jeune collégien, décide de tourner le dos aux études pour se lancer dans une longue carrière musicale qui le révélera aux yeux du monde et de l’Afrique en particulier.

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 Naissance et vie de famille

Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss rejoint le monde des vivants le 20 juin 1946. C’est dans la ville de Mimongo, chef-lieu du département d’Ogoulou située dans la province de la Ngounié, que notre protagoniste grandit. Originaire des clans Boudjala, Badoumbi et Bayema, Mackjoss est typiquement un homme du « sud » du pays car ses parents y proviennent.

Jean-Christian Mackaya ma Mboumba a été le père d’une fratrie importante et le compagnon bienveillant de dame Betty. Parmi ses nombreux enfants, deux ont particulièrement hérité de sa fibre musicale et ont décidé comme leur géniteur, de vivre et de parler musique : il s’agit de Janice Aurore Mousitou Mackaya communément appelée « Créol la Diva » et de Brake Mackaya.

 Vie scolaire

Jean-Christian Mackaya ma Mboumba débute ses études primaires à l’école officielle de Mimongo. Il parviendra à décrocher son Certificat d’études primaires et élémentaires (CEPE) en 1958, ce qui lui ouvrira les portes du secondaire. Pour cela, il faut impérativement l’inscrire dans un établissement secondaire et ses parents choisissent de l’envoyer à Libreville, la capitale du pays. C’est au sein du collège classique et moderne Félix Eboué (devenu le lycée Léon Mba au lendemain de l’Indépendance) qu’il commence en classe de 6ème. En classe de 3ème, après l’obtention du Brevet d’études élémentaires du premier cycle (BEPC), Mackjoss décide de laisser tomber les études pour se consacrer uniquement à la musique, lui qui rêve depuis déjà un moment de devenir artiste à plein temps. Après 5 ans passés au collège classique et moderne Félix Eboué, Mackaya ma Mboumba entre dans une vie active de nature musicale.

 Au commencement

Depuis qu’il avait rallié la capitale pour poursuivre ses études, Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss avait pour habitude de passer son repos estival annuel dans son Mimongo natal. En 1963, Mackjoss est de passage en classe de 3ème et va rejoindre ses parents dans la Ngounié. A son retour, Mackjoss fait un revirement à 180°. Pour cause, l’enfant dont les parents préméditaient un avenir de commis d’administration, songe désormais à devenir musicien.

En effet, en 1963 Mackjoss est de retour de Mimongo et sur le point de reprendre les cours normalement. Mais en revenant du cinéma où il était allé regarder la célèbre série animée de l’époque « Space Man, l’homme des étoiles », il passe par le réputé quartier Nombakélé de Libreville où Hilarion Nguéma jouait régulièrement au bar-dansant « La canne à sucre ». Là, il entend une chanson en Ypunu titré « Niambi Oulabi  ». Celui qui est en train de chanter, a pour nom Jena Bibi Ibouanga, un très jeune artiste talentueux, sociétaire du groupe « Mélo-Gabon ». Mackjoss qui a alors 17 ans, décide de relever le défi de chanter aussi bien que ce jeune qu’il écoute se produire.

Mackjoss décide de rencontrer le bassiste du groupe pour son intégration. Celui-l’engage comme assistant. C’est à Lambaréné que le mois suivant, le groupe se retrouvera pour y jouer au bar « Chez Jeannette ». La genèse de la carrière musicale de Mackjoss provient de cette époque au cours de laquelle il devient un chanteur à part entière de ce tout nouveau groupe musical. Au sein de « Mélo-Gabon », Mackjoss performe avec plusieurs jouvenceaux comme un certain Séraphin Ndaot Rembogo alias « Séraphino » bien avant qu’il ne soit un acteur juridique et politique du pays.

C’est l’année 1963 qui révèle exponentiellement Mackjoss au public avec sa chanson « Tate na mame » traduit littéralement par « papa et maman » en ypunu, sa première composition musicale à succès parmi tant d’autres. L’aventure avec « Mélo-Gabon » prend fin en 1965. La romance aura duré deux ans. Mais, Mackjoss continue à écrire des chansons et à se produire dans des soirées mondaines de Libreville au sein des formations musicales que sont « Bantou Succès » et « Afro Stars ».

 La consécration

Bien avant la fin de l’année 1965, Mackjoss est approché et engagé par Adolphe Kalayanga affectueusement appelé « Dodo » pour prendre la tête de l’orchestre « Alliance rythme ». C’est au sein de « Alliance rythme » que Christian Mackaya montre tout son potentiel et fait éclater tout son génie musical d’auteur-compositeur-interprète : il compose quelques chansons qui montrent le niveau d’expérience acquis depuis 1963 en s’inspirant des plus grands musiciens africains comme Pascal Emmanuel Tabu Ley encore dénommé Tabu Ley Rochereau et de ses aînés gabonais dans le métier comme feu Hilarion Nguéma.

Année 1966, c’est la consécration. Mackjoss lance une bombe avec effet dévastateur musicalement parlant : c’est la sortie de son morceau « Le boucher » qui précipite la reconnaissance et la considération des autorités gabonaises de l’époque et d’Afrique ; Léon Mba lui-même admirait Mackjoss déjà que le dernier cité avait chanté « Les grands guides » en 1967 pour saluer le combat politique du président Mba mais sa maladie et son hospitalisation à Paris ont empêché la rencontre entre les deux hommes. Même les artistes africains sont en totale admiration du travail de Mackjoss à l’instar du virtuose de la musique congolaise, François Luambo dit Franco « Le grand maître », qui tombe éperdument sous le charme de cette composition musicale.

L’émission vedette de Radio-Gabon ne vit qu’aux sonorités de Mackjoss car la demande est tellement forte vu que les auditeurs n’ont Dieu que pour la voix et les mélodies de ce sudiste, natif de Mimongo. Mis à part « Le boucher », on a aussi droit à d’autres hits de Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss notamment « Mougess Mwendowami » ou encore « tribalisme ». Même hors des frontières du pays, nombreux sont les fans qui voudraient que l’artiste aille en concert dans leurs villes respectives. En 1968 alors qu’il est invité à Libreville, Franco offre à Mackjoss toute une artillerie musicale et c’est son manager, Emmanuel Alohou, qui le réceptionne et le remet personnellement à Mackaya. Cet énorme présent de Franco donne la possibilité à Mackjoss de fonder un orchestre avec ses amis artistes. Ils l’appellent « Negro tropical ».

Avec ses plus fidèles compagnons tels Pierre Berios Boussougou « Boussole », Athanase Boroubou « Espérancia », Gabriel Koumba « Tintin », Marcel Alain Nzamba « Mulhouse », Jean-Blaise Nzodi et bien d’autres. Plus de quarante disques (45 tours à l’époque) voient le jour entre la création de « Negro tropical » en 1968 et l’année 1971. Avec cet orchestre, Mackjoss & Co enflammera régulièrement les soirées chaudes de la capitale. Le rendez-vous le plus récurrent était celui prit chez René Maganga, propriétaire de « Gabon bar » situé au quartier « derrière l’hôpital », ou l’orchestre Négro tropical se produisait avec force et fracas, faisant danser ardemment les différentes classes sociales du pays.

 Intégration et carrière dans les forces armées gabonaises

Alors qu’ils sont en prestation dans un bar-dansant de Libreville, Mackjoss et ses collaborateurs sont arrêtés manu militari par des éléments de Forces Armées Gabonaises (FAG). Pensant être au soir de leur nuit, les membres de « Negro tropical » sont logiquement fatalistes quand au sort qui leur sera réservé. On leur fera clairement comprendra qu’ils devront dissoudre leur formation musicale pour mettre leurs talents au profit de l’armée gabonaise. Voici la « face cachée » de l’intégration de Mackjoss dans les FAG.

A l’époque, les FAG ont pour nom d’orchestre « L’orchestre des FAG » et c’est Mackjoss, fraîchement « recruté », qui renomme ledit orchestre en « Massako » et le modernise avec Mathurin Nzamba, Martin Rompavet, John Abessolo ou encore Nono Mishima pour ne citer que ceux-là ; la concurrence est au beau-fixe avec l’orchestre de la police nationale « Les diablotins » supervisé par le commandant en chef de la police nationale, Jean-Boniface Assélé, et celui de la gendarmerie nationale « Akwéza ». Mais le groupe est rempli de talents et ce n’est pas l’inspiration qui manquera et comme toujours, sieur Mackaya transcende.

Deux grands titres de Mackjoss marqueront profondément les mélomanes africains des années 1980 : « Dis-moi la vérité » et « Mourou tab ». Le charismatique et respecté homme politique et panafricaniste, feu Thomas Sankara, était un adepte de « Mourou tab » qu’il avait délicieusement savouré sur les ondes radiophoniques de son Burkina natal. En visite à Libreville, il avait personnellement tenu à inviter Mackjoss au Burkina-Faso pour la célébration du 1er anniversaire de son mandat présidentiel pour y donner un spectacle.

Ce jour de l’année 1984 restera un incommensurable souvenir pour Mackjoss qui se produisit devant plus de cinq milles personnes en étant accompagné à la guitare par le président Sankara lui-même et par « La sonora matancera », un groupe de renom cubain avec à sa tête la diva Celia Cruz. Mais au sein des FAG, Mackjoss avait le grade de capitaine bien qu’il ne fut engagé que pour être artiste dans le groupe musical de l’administration militaire à laquelle il appartenait.

 Disparition

Après avoir pris sa retraite en 1996, Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss décide de se reposer mais la musique, comme un frère siamois, lui colle à la peau. Courant 2007, Mackjoss fonde un énième orchestre du nom de « Gabao » et les principaux shows qu’il orchestre sont une reprise de ses succès d’antan devenus indémodables et éternels. Les sonorités à l’instar de « Tsakidi », « La vie », « Exode », « Muru », « Commandement supplémentaire », « Mont-Bouët » ou encore « Munadji ». En 2010 et en 2017, il rend respectivement hommage à ses proches collègues disparus Pierre-Claver Nzeng et Kaki Disco. Pour Pierre-Claver Nzeng, il participera même avec d’autres artistes à la reprise de « Ekang ye ngom » pour saluer une dernière fois sa mémoire.

Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss s’envole vers l’autre monde, le 18 avril 2018 au Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL), comme une note de musique mélodieuse prononcée lors d’un concert mais dont la foule ne cesse de fredonner. Agé de 72 ans, ce fossile vivant de la musique gabonaise, de par la longévité de sa carrière qui a duré près de 55 ans, lègue aux gabonais une bibliothèque considérable et variée de chansons pour la quasi-totalité écrites en Ypunu, langue vernaculaire du sud du Gabon.

Plusieurs hommages lui ont été rendus lors de sa disparition par les autorités du pays notamment le général d’armée et chef d’Etat-Major général des forces armées gabonaises, Auguste Roger Bibaye Itandas ainsi que l’ensemble du ministère de la culture avec à sa tête le ministre de la communication, de l’économie numérique, de la culture, des arts et traditions, chargé de l’éducation populaire et de l’instruction civique, Alain Claude Billie-By-Nze.

Lors du communiqué final du conseil des ministres du 27 avril 2018, le gouvernement avait décidé que Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dit Mackjoss serait élevé au rang de Commandeur de l’Ordre National du Mérite Gabonais, signe de sa place aux côtés des sommités artistiques gabonaises. Près de deux mois après son décès, l’auteur Blaise-Armand Mounguengui Mihindou a mis à la disposition du public en juin 2018, un ouvrage intitulé « Rencontres avec Mackjoss : De l’artiste à l’enfant » retraçant la vie artistique et humaine de Jean-Christian Mackaya ma Mboumba dont le pseudonyme fut Mackjoss.


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