Portrait

François Méyé, un des premiers bacheliers du Gabon et homme de principes culturels

François Méyé, un des premiers bacheliers du Gabon et homme de principes culturels
François Méyé, un des premiers bacheliers du Gabon et homme de principes culturels © 2020 D.R./Info241

Natif de la province du Moyen-Ogooué, François Méyé est l’un des rares autochtones en ce début du 20ème siècle à posséder des capacités cognitives remarquables. Il va se dévouer à l’enseignement et à la conscientisation de ses compatriotes pour l’indépendance du Gabon.

Venue au monde

C’est au sein du lac Ayem situé dans l’actuelle région de Ndjolé que, François Méyé, naît vers 1920. Issu du clan Essimviè, il est aimé et admiré par les enseignants et les missionnaires d’obédience protestante de l’Ogooué qui se disent ravis de l’avoir comme élève de la fin des années 1920 jusqu’au milieu des années 1930.

Itinéraire scolaire à l’étranger et retour au Gabon

Il rejoint l’Ecole supérieure du gouvernement à Brazzaville en 1937. C’est l’école par excellence qui forme les majors du corps enseignant laïc de l’Afrique équatoriale française (A.E.F). En 1940, il est premier de sa promotion (Section normale) et devient alors le premier instituteur africain (Afrique occidentale française et Afrique équatoriale française) à obtenir le baccalauréat. Pendant six ans, il occupe les fonctions de Directeur d’école à Dolisie et dans la ville de Brazzaville au Moyen Congo, ancienne A.E.F.

Il est alors rappelé par son pays en 1947 pour substituer la référence de l’enseignement au Gabon, M. Davesnnes qui était très ancré dans ledit secteur ; il faut dire qu’il était inimaginable pour le plus grand nombre de voir un africain remplacer un colon dans la branche d’activité de l’Éducation nationale qui formait l’élite de demain. Puis, de 1947 à 1949, il est chef de secteur dans la province du Woleu-Ntem d’abord en étant directeur de l’Ecole régionale d’Oyem (ERO) où il prend sous son aile d’autres jeunes enseignants prometteurs à l’exemple de Philippe Ndong Ndoutoume alors âgé de 20 ans.

Il prend lui-même en charge l’enseignement de la classe de fin de cycle qui approuvait la formation au métier d’enseignant. Il a ainsi pour élève un jeune garçon de 16 ans nommé Moïse Oriand Nkoghe Mvé, qui sera le géniteur de Okoumba Nkoghe qui lui rendra hommage dans l’une de ses œuvres « Mémoires d’un instituteur sous la colonisation » en disant de lui qu’il était un homme beau, propre, fier et intelligent.

Notre protagoniste est plébiscité, adulé et doté d’une rhétorique manifeste de par son éléphantesque connaissance des littératures africaines et françaises mais aussi grecques et latines. En 1949 à Oyem, lors de la célébration de la fin de la Seconde Guerre Mondiale le 11 novembre, il tient une allocution remarquable et remarquée devant un auditoire composé de colons et de jeunes lettrés noirs en affirmant que les peuples africain et français ne peuvent continuer à cohabiter que si les deux sont libres et égaux.

Vie politique et gouvernementale

Devenu incontournable au sein du l’Union démocratique sociale gabonaise (UDSG), parti de l’emblématique homme politique Jean-Hilaire Aubame, il s’active en 1956 à faire le tour du Gabon pour défendre l’accession à la souveraineté nationale, c’est-à-dire l’indépendance. Pour illustrer cette prise de position, un témoignage de Pierre Moukala décédé à l’âge de 85 ans en 2013 fait état de de ceci : « La première fois que j’ai entendu quelqu’un parler d’indépendance à tout le monde, c’était en 1956 et c’est un monsieur appelé François Méyé qui est venu à Mouila pour dire aux jeunes qu’il fallait savoir que quelque soit le temps le Gabon allait devenir indépendant ».

Il est élu à l’Assemblée territoriale en 1957 qui devient le 28 novembre 1958 Assemblée législative. Le 12 février 1961, il est réélu député. Par ailleurs, il a été ministre des Finances du 9 novembre 1960 au 20 février 1963 et s’allie avec le feu président Léon Mba. Du 20 février 1963 au 16 janvier 1964, il occupe le poste ministériel du travail. Lors du putsch manqué de 1964, il est épargné mais son nom est évoqué aux côtés de ceux de Jean-Hilaire Aubame et Jean-François Ondo Ndong pour prendre la tête du pays dans la mesure où le président venait à partir.

Retour dans l’enseignement et passion à l’écriture

Du 30 septembre 1965 au 5 août 1966, il retrouve son domaine de prédilection en occupant la fonction de directeur de l’Enseignement au ministère de l’Education nationale. En fin d’année 1966 précisément le 17 décembre de la même année, il travaille au ministère de l’Information en tant que chargé de mission. Cette fonction stratégique lui permettra de se concentrer sur ce qui a toujours nourri son intellect ainsi que sa raison : documenter l’histoire du Gabon. Galvanisé par la culture de chez lui, il s’intéresse au fil du temps à la culture négro-africaine et mènera des travaux littéraires qui ont été publié dans plusieurs revues de l’ancienne A.E.F et du Gabon.

Il a à son actif divers romans et nouvelles à l’instar de « Souvenirs de saison sèche » qui n’a toujours pas été éditée mais dont une partie de l’œuvre a été publiée de 1942 à 1944 dans le « Bulletin de l’Enseignement de l’A.E.F ». Il a reçu la distinction de l’Ordre des Palmes Académiques.

Disparition

Il possède une santé inébranlable. D’après son ami et frère (ils étaient tous deux du même clan) Moïse Nkoghe Mvé, il se rendra en 1949 à Libreville abandonnant son poste à Oyem. Selon les dires de l’époque, il fera un surmenage lié aux intenses activités de travail et d’écriture dont il fait montre. François Méyé décède en 1970 à l’hôpital général de Libreville dans les bras de Moïse Nkoghe Mvé.


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