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Malaise démocratique

Existe-t-il une démocratie intra-partisane dans les formations politiques au Gabon ?


Analyse
  • Les militants du PDG lors d’une réunion partisane © 2019 D.R./Info241
Publié le 15 février 2019 à 15h43min

Dans cette analyse intrépide, le doctorant en sociologie politique à l’Université Omar Bongo, Francky-Thiburse Mapenda, s’intéresse volontiers à l’épineuse question de la démocratie interne au sein des partis politiques gabonais. A la lumière de la désormais « crise des maires » qui a miné ces derniers jours le parti d’Ali Bongo, le chercheur junior pousse la réflexion à son point le plus culminant. Lecture.

La présente réflexion fait suite aux événements qui ont traversés le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir depuis 1968) au sortir des élections des bureaux des assemblées municipales et départementales des 3 et 10 février derniers. L’actualité de ce parti reste donc fixée sur les sanctions disciplinaires infligées à l’endroit de certains « camarades » allant jusqu’à des exclusions sur l’hôtel du non-respect des orientations du parti et du rapprochement avec « l’ennemi  ».

Pourtant, certains camarades sanctionnés disent avoir agi au nom de la base, instance et socle du parti promu après la réforme ayant vue le jour lors du dernier congrès du parti visant à le revitaliser et à le régénérer.

Partis politiques et principes démocratiques

Le Gabon compte une pléthore de parti politique dont l’organisation ne respecte pas les principes démocratiques en rapport avec leurs projets de société et leurs idéologies. Le problème qu’ils posent ne peut laisser indifférent le regard d’un homme de science en ce sens qu’ils constituent un objet scientifique qui mérite d’être analysé et compris.

En effet, il se pose un problème de démocratie dans le fonctionnement interne des partis politique gabonais. Notons que la démocratie, au-delà d’être un contre-pouvoir, c’est également quand nous pouvons nous exprimer et quand il est possible de dire non. Cependant, la démocratie au sein des partis politiques gabonais fait l’objet de plusieurs critiques.

Les partis gabonais, dans leur grande majorité, fonctionnent selon la volonté ou la vision du chef du parti qui fait de ce dernier une propriété privée où le débat libre et contradictoire est totalement absent. Le constat qui émerge nous montre que les partis se regroupent le plus autour des personnalités et que leur organisation est souvent dictatoriale, la volonté de leur chef est encore trop prépondérante. Ils sont donc faibles en matière de culture démocratique interne.

De la démocratie partisane

La démocratie partisane au Gabon a longtemps été caractérisée par un fonctionnement relativement autonome et fondé sur la généralisation du principe de délégation ou encore de cooptation. Les partis politiques doivent être considérés comme « des écoles de la démocratie  ». Ils doivent tendre désormais à importer les règles et pratiques participatives du système démocratique global, tel le suffrage universel et direct, et affronter des défis comparables à ceux qui éprouvent l’État démocratique dans leur fonctionnement interne.

Ce phénomène, de plus en plus visible, s’inscrit partiellement dans une logique progressive bien connue de présidentialisation des partis politiques et de personnalisation du pouvoir. Le fonctionnement interne des partis politiques gabonais laisse entrevoir des germes des systèmes autoritaires dans la mesure où les principes démocratiques qui devraient prévaloir sont peu ou prou respectés. Au cours des réunions la parole est souvent restrictive car c’est au président du parti à qui revient le dernier mot.

Le règne des président-fondateurs

Les président-fondateurs des partis politiques se trouvent le plus souvent au-dessus des textes : ils annoncent des mesures qui seront ensuite forcement entérinées par les instances du parti (bureau politique, congrès). La démocratie au sein des partis politiques gabonais exigerait donc un débat contradictoire, un débat d’idées avec une liberté d’expression, des choix démocratiques, des options objectives et non partisanes.

Le problème de démocratie dans les partis politiques est souvent la cause de plusieurs déchirements au sein des partis. Au Gabon, la dis-sociation ou les scissions de certains partis politiques en plusieurs ailes est souvent la conséquence des frustrations nées de l’absence des procédures démocratiques dans le parti.

L’absence de cohésion

La recherche de la cohésion interne des partis politiques doit être conciliée avec le respect des règles démocratiques dans le fonctionnement du parti : la participation des militants aux élections internes du parti, aux débats, aux processus de décision, l’acceptation de la contradiction au cours des débats doivent être promus.

Il est donc crucial de faire appel à la règle de l’organisation démocratique qui a pour but d’apprécier le respect et l’application des valeurs démocratiques dans les partis politiques. Dans cet esprit, les partis doivent assurer l’éducation civique de leurs militants, l’apprentissage des règles et valeurs démocratiques car ils sont considérés comme des écoles de civisme.

L’analyse de l’organisation démocratique des partis politiques vise à apprécier le degré d’enracinement des principes de gestion démocratique dans le fonctionnement interne des partis. L’organisation démocratique des partis politiques repose sur une double exigence. D’une part, le système démocratique ne peut s’édifier durablement que si la société comporte, dans une certaine proportion des citoyens démocrates ou adhérents aux principes de gestion démocratique de la vie politique, notamment au sein des groupes capables de porter le conflit.

Les militants privés de démocratie interne

Les partis politiques sont donc des lieux privilégiés d’expression de l’adhésion concrète aux principes démocratiques, dans la mesure où, comme le diraient les anglo-saxons, « democraty begins at home » (la démocratie comme à la maison) et qu’au-delà des individus, les valeurs démocratiques ne s’enracinent qu’à travers une institutionnalisation progressive.

Les partis politiques sans démocratie interne ne peuvent participer à l’animation d’un système politique démocratique. La démocratie interne favorise le débat interne et limite les frustrations et donne une dynamique interne au parti. La démocratie interne peut se mesurer à partir, par exemple, des mécanismes réels de décision, la circulation des informations, la manière dont les avis minoritaires sont traités, l’existence de structure et de mécanismes assurant un fonctionnement qui implique les militants.

Francky-Thiburse Mapenda, doctorant en sociologie politique à l’Université Omar Bongo de Libreville


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