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Imbroglio gouvernemental

Ben Moubamba accuse « les amis d’Ali Bongo » de fomenter sa chute du pouvoir au Gabon


Politique
  • Ben Moubamba accuse « les amis d’Ali Bongo » de fomenter sa chute du pouvoir au Gabon © 2017 D.R./Info241
Publié le 12 septembre 2017 à 12h59min

Le gouvernement gabonais dit d’ouverture n’aura pas mis long feu avec un retour fracassant à la case départ. Bruno Ben Moubamba, l’éphémère Vice-premier ministre rétrogradé lors du dernier remaniement ministériel en simple ministre d’Etat en charge de l’Habitat, de la Ville et de l’Urbanisme, qui était la marque d’une ouverture vantée a succombé « au complot des amis du président » (les tenanciers du MOGABO) pour avoir été limogé du gouvernement Issoze Ngondet II. Ainsi, le natif de Moabi reprend son combat politique où il l’avait laissé en rouvrant sa boîte de Pandore à l’occasion d’une conférence de presse tenue lundi dernier au siège de son parti à Libreville. Le troubadour ’’providentiel’’ d’Ali Bongo accuse le Premier ministre d’être un hors la loi assermenté, sans manquer de relever les coups tordus des amis de son président qui nourrissent le rêve éveillé de sa chute du pouvoir présidentiel au Gabon.

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Comme on pouvait s’y attendre l’ancien farouche opposant du système Bongo-PDG qu’il sert désormais à l’envi, Bruno Ben Moubamba, président de l’Alliance pour le changement et le renouveau (ACR) a livré sa part de vérité sur sa capitulation longtemps préméditée dont il affirme avoir orchestré afin de s’opposer à « la présence des adversaires du développement du Gabon et donc de son chef de l’État dans tous les bords politiques et certains plus proches encore, dans les cercles de pouvoir qui est forte, avec pour seul objectif, ne vous y trompez pas, le maintien du système qui détruit le pays depuis 50 ans ».

Dans son propos de circonstance le courtisan providentiel d’Ali Bongo dont il doit uniquement son intermittente nomination ministérielle suite à leur « alliance toujours intacte » accuse nommément le premier ministre, Franck Emmanuel Issoze Ngondet d’avoir spolié les compétences du ministère de l’Habitat de tous les secteurs financiers notamment ceux relatifs aux fonciers. Ce, au profit de la ministre déléguée rattachée à la primature gabonaise. Sans pourtant manquer de révéler des frasques et entourloupes des tenanciers du MOGABO, « les amis d’Ali Bongo » qui selon Bruno Ben Moubamba travaillent depuis le dernier septennat jusqu’en 2016 à la chute programmée du fauteuil présidentiel du tristement célèbre fils adoptif d’Omar Bongo Ondimba.

En président de l’ACR, Bruno Ben Moubamba a fait le show-BBM dont l’opinion gabonaise s’était privée depuis lors en se contentant à ses coups d’humeurs 2.0. Il refuse d’être un suppôt du système Bongo-PDG avec qui il est en alliance parfaite, comme c’est le cas selon lui d’Yves Fernand Mamfoumbi et des tenanciers du MOGAB qui sont prêts dit-il « à vendre leur âme » et à se voir « couper les couilles » pour se maintenir ministre. Remerciant à maintes reprises Ali Bongo de l’avoir invité à prendre part au premier gouvernement d’Issoze Ngondet afin de marquer selon Moubamba « une volonté de réconcilier la nation », l’ancien candidat à la présidentielle 2016 est revenu sur son choix d’avoir accepté la main tendue, cadeau empoisonné du régime de Libreville.

En effet, depuis ma nomination, a affirmé Moubamba «  j’ai déjoué et bloqué de nombreux trafics fonciers, empêchant certains de s’enrichir de façon démesurée au détriment de la Terre gabonaise. Il a donc été tenté, en vain, de me faire sortir du gouvernement lors du récent remaniement. Je n’ai du mon maintien qu’à la seule volonté du Président de la République. N’ayant pas pu se débarrasser du gêneur que je suis, le seul moyen de continuer le pillage foncier était donc de retirer au Ministre de l’Habitat sa capacité de protection de notre territoire national, ce qui n’a pas tardé : deux semaines après le remaniement ».

Tout en expliquant les raisons qui l’ont poussé à contraindre Issoze Ngondet à le démettre : « La circulaire 14-49 retire la plupart des pouvoirs du ministère de l’Habitat, de la Ville et de l’Urbanisme et les donne à un Ministre délégué dépendant directement du Premier ministre. Le ministère de l’Habitat devient donc une coquille quasi vide. Je précise ici que cette circulaire retire également des prérogatives liées aux affaires foncières au ministère de l’économie pour les remettre également à la Primature. En l’absence de tout dialogue et de concertation avec le premier ministre qui ne m’a jamais reçu depuis un an pour une séance de travail, j’ai choisi de prendre mes responsabilités en contestant le management du Chef du Gouvernement afin de le pousser à me démettre et donc à se dévoiler publiquement ».

Les amis d’Ali Bongo nourrissent le rêve éveillé de sa chute programmée

Depuis son élection contestée en 2009, va-t-il curieusement expliquer « le président Ali Bongo Ondimba a démontré, à la grande stupeur du système en place depuis des décennies, qu’il voulait réellement mettre fin à certaines pratiques et développer le pays. Cela n’a pas été très visible de l’extérieur car le système en question s’est rebellé contre cette volonté de changement et a cherché à la bloquer par tous les moyens. Ainsi s’est mis en place jusqu’en 2016 un complot intérieur, avec des ramifications internationales, visant à déstabiliser l’État et ses institutions. Pendant que le pays n’était pas mis en chantier et que les populations souffraient, les comploteurs continuaient de vider les caisses de l’Etat dans le but de préparer l’« après Ali  ».

Mais attention, a averti Bruno Ben Moubamba « non pas un ’’après Ali’’ qui verrait le Gabon se développer et les gabonais s’enrichir, mais au contraire un « après Ali » qui leur permettrait de maintenir le système servant si bien leurs intérêts et leur enrichissement personnel. Certains de ces comploteurs sont toujours au gouvernement et au pouvoir. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, six ans avant la fin du second septennat certains veulent encore s’enrichir sur le dos de l’Etat, notamment sur celui du ministère de l’Habitat et du Ministère de l’Economie pour préparer encore une fois l’ « après Ali » et le maintien de leur « Système PDG », du nom du parti au pouvoir depuis 50 ans ».

Pour contrer cette prise du pouvoir a –t-il scandé « par des personnes qui ne cherchaient qu’à bloquer le pays à nouveau, et pour longtemps, quitte à faire couler le sang des gabonais pour leur intérêt personnel, j’ai décidé en mon âme et conscience, et contre l’opinion manipulée, de préférer la stabilité de l’Etat en soutenant l’Institution du Président de la République et en « prenant acte » des résultats contestés mais bel et bien proclamés par la Cour Constitutionnelle. J’ai compris le 31 août 2016, lors des émeutes, que le chaos était proche et que lorsqu’on met à terre les Institutions d’un Etat, au premier rang desquelles les Institutions du Président de la République et de la Cour Constitutionnelle, comme en Somalie, en Lybie ou ailleurs, la destruction et la terreur s’installent puis il faut des décennies pour se relever ».

Tout cela selon Bruno Ben Moubamba « pour maintenir le système ? Non. Trop de sang a déjà coulé à cause de ces gens et je rends hommage aux innocents qui ont sacrifié leur vie ou qui sont emprisonnés pour leur pays. Le bilan reste flou mais est déjà trop lourd, il aurait pu l’être bien davantage, ce que souhaitaient certains pour que le pays soit placé sous tutelle internationale et pour préserver le système. Quelques semaines plus tard, il m’était proposé d’entrer au Gouvernement pour servir le pays avec les idées qui sont les miennes dans le cadre d’une alliance objective, toujours intacte aujourd’hui, entre le chef de l’Etat et le président de l’ACR que je suis ».

Avant de se confier sur son renoncement : « J’ai accepté car je savais que je pouvais aider les gabonais et que j’étais prêt pour cela. Cette nomination comme numéro deux du gouvernement ne signifiait pas ma soumission au PDG, Parti Démocratique Gabonais, parti majoritaire à l’Assemblée nationale. Bien au contraire, je suis resté opposant au système. Néanmoins, nous formions une opposition responsable, capable de reconnaître les actions gouvernementales positives comme de condamner les mauvaises. Je ne suis pas entré au gouvernement pour défendre un système vieux de 50 ans et qui a failli ». Pour quels résultats concrets sur le terrain si ce n’est un enrichissement, des avantages et cadeaux personnels du clan Bongo-Ondimba ? Ali Bongo n’est-il pas le symbole avilissant du système Bongo-PDG dont BBM prétend combatte ? Pour quelle leçon de la morale et des convictions politiques si tant est existent-t-elles en terre gabonaise ?


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