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Tribune

Yvan Cédric Nze : Et si le Covid-19 remettait de l’égalité entre les élèves du Gabon ?

Yvan Cédric Nze : Et si le Covid-19 remettait de l’égalité entre les élèves du Gabon ?
Yvan Cédric Nze : Et si le Covid-19 remettait de l’égalité entre les élèves du Gabon ? © 2020 D.R./Info241

Yvan Cédric Nze, Gabonais, ingénieur dans la sûreté nucléaire (diplômé de l’université de Bordeaux et de Masuku) et cadre dans une société française d’énergie, observateur de la vie politique et sociale, revient pour Info241 sur l’un des effets du Covid-19 sur l’éducation au Gabon : l’impossibilité pour les élèves issus et fréquentant les écoles de la nomenklatura du Gabon à passer le Bac français. Un juste retour des choses selon lui.

A l’heure où le monde vit au rythme du décompte macabre des victimes du Covid-19, beaucoup d’observateurs ont commencé à faire des projections sur le jour d’après. Loin de moi l’idée de m’associer à ces érudits, je vais me contenter d’être factuel. Dans cette observation qui veut mettre en lumière une injustice sociale dont très peu de personnes parlent mais que le coronavirus et son cortège de désagréments va probablement régler.

De quoi s’agit-il ? Je parle des établissements privés qui ont fleuri à Libreville et qui proposent à leurs apprenants de passer le bac le français en candidat libre. Je ne parle pas de Blaise Pascal qui est un lycée directement associé à l’académie de Bordeaux et qui fait partie des établissements français de l’étranger mais des autres dont je refuse de mentionner les noms.

Ainsi depuis une dizaine d’années, le gouvernement gabonais a ruiné la réputation et le niveau du bac Gabonais. Bien évidemment avec la complicité des enseignants et des populations qui ont renoncé à se battre pour l’intérêt général.

Le bac français pour les enfants de la bourgeoisie gabonaise

Les classes aisées du Gabon scolarisent désormais leurs enfants dans les établissements qui proposent de passer le bac français en qualité de candidat libre pour les moins chanceux, les plus chanceux étant à Blaise Pascal. Cette pratique qui ressemble à une ségrégation de classe est poussée à son paroxysme par ceux qui passent à la fois le bac français et gabonais ayant ainsi deux chances plutôt qu’une d’avoir votre bac.

Ils étaient un peu plus de 3000 candidats libre l’année dernière. Je serai d’ailleurs curieux de savoir de quelle tutelle ces établissements tiennent leurs agréments. Des établissements non homologués par la France mais par le Gabon mais suivant les programmes, les examens, et les rythme de la France.

Un si contrariant virus…

Mais voilà le coronavirus est passé par là, ce vendredi 03 avril 2020, Jean-Michel Blanquer a annoncé que les candidats n’auraient pas à passer d’épreuves finales et seraient évalués via le contrôle continu. Ce qui va assurément venir contrarier les projets de tous les établissements privés Gabonais qui ne sont pas homologués par la France. Les évaluations des candidats libres devenant difficiles pour des établissements non homologués par l’éducation nationale française. Connaissant les propriétaires de ces établissements nul doute qu’ils trouveront une solution, s’ils ne peuvent pas passer le bac français, ils se rabattront sur le bac gabonais qu’ils ont rabaissé depuis plus de 10 ans.

Cette affaire concerne également un établissement public, le Prytanée militaire de Libreville dont les élèves supposés être l’élite, utilisent le bac gabonais comme examen de rattrapage puis que ces derniers passent les deux bacs au mépris de toute équité.

Bac gabonais pour tous !

Passer le bac français et le bac gabonais est certes un surplus de travail mais c’est assurément une injustice, une de plus. Les « Makayas » s’échinent avec une unique chance d’autres « enfants de Tétés » eux ont deux chances d’avoir leur bac mais le Coronavirus vient visiblement de siffler la fin de la récréation pour certains privilégiés.

Si tout le monde s’accorde sur le fait qu’à la sortie de cette pandémie mondiale plus rien ne sera pas comme avant. Une chose est sûre : le bac va redevenir commun à tous les enfants car Blaise Pascal n’absorbera jamais les 3000 candidats libres. Jean-Michel Blanquer en décidant pour la France ignorait que l’onde de choc se ferait ressentir jusqu’au Gabon.

Une leçon à retenir !

Le premier enseignement qu’on pourra tirer de cette pandémie, je la tiens d’un ami qui au détour d’une conversation m’a glissé « Cette pandémie nous obligera à des solutions durables pour tous car les pseudos avantages s’effondrent en périodes de confinement  »

Les avantages des puissants se trouvent malheureusement souvent à l’étranger : nourriture de qualité, hôpitaux de hautes performances, supermarchés, systèmes éducatifs de qualité… Jean-Michel Blanquer vient de priver certains de leur bac français, bien malin qui pourra prédire le prochain privilège à tomber.

Il est temps que les parents d’élèves, les enseignants et surtout les gouvernants se penchent sur le système éducatif du Gabon.

Pour finir, il faut préciser que jusqu’en 1992, les enfants d’expatriés français étudiaient dans les établissements Gabonais et n’étaient pas moins bien formés donc il ne tient qu’à nous de retrouver ce niveau.


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