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Présidentielles gabonaises

Voter sert-il encore à quelque chose au Gabon ?


Analyse
  • Voter sert-il encore à quelque chose au Gabon ? © 2016 D.R./Info241
Publié le 5 octobre 2016 à 06h31min

Le citoyen Ricky Nguema-Eyi, à la lumière des faits têtus de la récente présidentielle gabonaise, partage dans cette analyse ses inquiétudes sur le fatalisme des présidentielles au Gabon, remportées à chaque scrutin par le seul Parti démocratique gabonais, sous l’œil complice de la « communauté occidentale ». « Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour mériter ça ? », s’interroge-t-il à haute voix avant d’ouvrir le débat sur les autres moyens à finalement envisager pour faire entendre la vérité des urnes confisquée et l’alternance réclamée inlassablement par les populations gabonaises. Lecture.

Nous ouvrons aujourd’hui un débat qui devrait logiquement interpeller les citoyens, les acteurs politiques, sociaux et associatifs sur la nécessité et l’intérêt des élections au Gabon. Depuis 1990, les Gabonais ont eu la naïveté (pour parler pudiquement) de croire que le changement viendrait des urnes, que l’alternance politique était possible sous l’Equateur et que le vote du peuple pourrait être pris en compte. Foutaise !

Les événements récents nous ont bien démontré le contraire… Alors, le citoyen lambda que je suis s’interroge. Le vote sert-il encore réellement à quelque chose aujourd’hui au Gabon ? Après avoir longtemps cru, depuis 1990, à la probabilité d’un changement véritable par les urnes, quels sont les autres moyens de recours dont disposent les Gabonais, abusés par cet enfumage électoral ? Après cette énième mascarade électorale typique de certains pays africains francophones (tels que le Cameroun, le Togo, le Tchad, le Congo-Kinshasa, le Congo-Brazzaville,…), est-il encore nécessaire d’organiser les élections au Gabon ? Je m’interroge…

Depuis un quart de siècle, sous les cieux du Gabon, nous assistons à des parodies d’élections savamment organisées et soigneusement orchestrées par le régime en place (avec la complicité bienveillante de la prétendue communauté internationale). A chaque coup d’état électoral le peuple descend dans les rues, manifeste, réclame sa victoire, crie son désespoir, interpelle la communauté internationale (on devrait plutôt parler de communauté « occidentale »)… Et pourtant, rien n’a changé depuis. Malgré une forte mobilisation internationale, sans précédent.

Finalement, que faut-il faire pour que la voix du peuple gabonais (exprimée par les urnes) soit prise en compte ? Que faut-il faire face à un adversaire dépourvu de toute morale, un régime sans éthique, sans dignité ni scrupules ? Comme à chaque élection, le dernier mot est revenu à une Cour constitutionnelle aux ordres du palais présidentiel. Comment continuer à accorder du crédit à des institutions gabonaises foncièrement corrompues qui n’ont de sens que pour ceux qui y croient encore ? Je m’interroge.

Je fais partie de ces centaines de milliers de Gabonais qui ont naïvement pensé qu’on pourrait changer les choses par le vote ; que le changement véritable dont notre pays a besoin s’obtiendrait par les urnes. Aujourd’hui, je déchante un peu. Et je m’interroge. Nous avons cru que l’alternance démocratique qui se vérifie et se vit dans certains pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Mali, Sénégal, Ghana, Nigéria,…) était loin d’être un mythe inaccessible.

Depuis 1990, nous tournons en rond avec quasiment les mêmes acteurs politiques (qui changent de camp, selon leurs humeurs et leurs intérêts du moment) et les mêmes institutions qui, finalement, nous font perdre notre temps « cadeau ». Alors, je m’interroge !

J’entends autour de moi de nombreux compatriotes dire qu’ils ne voteront plus jamais. Des jeunes et des moins jeunes dont les espoirs ont été brisés une fois de plus (et une fois de trop) n’attendent plus rien des institutions gabonaises. Résignés, démotivés, ils ne croient plus en rien. Ils se sentent une fois de plus (et une fois de trop) abusés, floués, trahis, violés et couillonnés par les institutions de leur pays (Gouvernement, CENAP, Cour Constitutionnelle) qui, sans aucune pudeur, proposent un spectacle pathétique et désolant, devant le monde entier.

En effet, « grâce » à la médiocrité de ses dirigeants (des apprentis sorciers qui ne savent même pas tripatouiller des résultats électoraux), le Gabon est en passe de devenir un sujet de moquerie dans les médias étrangers. Alors, je m’interroge ! Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour mériter ça ? Qu’avons-nous fait pour mériter des dirigeants sans vision d’avenir, sans réel projet de société, sans éthique, sans morale ; des irresponsables peu soucieux du sort de leurs compatriotes et de leurs administrés ? Des dirigeants assoiffés de pouvoir et uniquement animés par leurs intérêts personnels… Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? Certains pays africains sont parvenus à une alternance politique sans violence, sans effusion de sang. Pourquoi pas le Gabon ?

Après 5 mascarades du même genre (1993, 1998, 2005, 2009 et 2016), les citoyens gabonais vont finir par se détourner des élections, désavouer leurs dirigeants et même la prétendue opposition. Et à force d’accumuler les frustrations et les vexations,… à force de se faire entuber par les institutions de la République (et même par une partie de l’opposition), leur soif de changement risque de s’orienter vers d’autres formes d’expression, plus « radicales ».

En effet, si la communauté internationale ne dénonce pas clairement l’imposture ; et si les élites politiques et intellectuelles gabonaises ne rejettent pas fermement la dictature en refusant formellement de s’associer à un régime déloyal et illégitime, la confiance des Gabonais risque de se tourner vers des extrémistes, démagogues et autres chefs de guerre.
1). Certains « illuminés » (qui sont loin d’être fous) proposent le boycott pur et simple des élections comme moyen d’expression. L’histoire nous enseigne cependant que le boycott n’a jamais entrainé l’alternance politique nulle part dans le monde.

A ce jour, toutes les tentatives de boycott en Afrique se sont soldées par un échec cuisant. Ceux qui pratiquent le boycott ont pour objectif de faire invalider un scrutin électoral ou, au moins, d’utiliser le chiffre des taux d’abstention pour enlever toute légitimité au président élu par défaut. Pour le citoyen, le boycott est une façon, parmi d’autres, d’exprimer son rejet des institutions et du personnel politique, et son scepticisme à leur égard. A quoi sert de participer à une élection truquée d’avance pour la contester par la suite ? Certains optent pour un « boycott actif » qui consiste à empêcher le déroulement des élections au motif d’un code électoral antidémocratique.

2). Pour d’autres « analystes politiques de bistrot », il vaut mieux éviter la marginalisation et participer aux élections, quelles que soient les circonstances, quitte à protester par des voies légales (devant des institutions aux ordres du pouvoir en place) contre les probables fraudes et autres tripatouillages. Face à un régime fourbe et tout-puissant qui use et abuse de méthodes déloyales, l’opposition doit garder espoir de le prendre un jour à son propre jeu.

Pour cela, il faut donc éviter la résignation, laisser le temps au temps et faire preuve de patience, de ruse et d’optimisme. S’opposer à la tenue d’élections devient dès lors une faute grave car il faudra expliquer à la communauté internationale pourquoi, après avoir longtemps revendiqué des élections, on s’oppose désormais à leur déroulement.

Mais pourquoi participer à des élections si les dés sont truqués ? Pourquoi apporter une quelconque caution si les résultats de ces élections sont déjà connus ?

S’agissant du Gabon, il est évident que les dés étaient pipés d’avance ; les conditions et préalables à l’organisation d’une élection transparente n’étant pas réunis :
- Un état-civil incontesté ;
- L’établissement des listes électorales et leur révision par consensus des protagonistes ;
- Le libre accès de tous les candidats aux médias publics ;
- La suppression des votes groupés des soldats et forces de l’ordre ; etc.

Certains « esprits éclairés » vous diront qu’en réalité, le véritable pouvoir se négocie et se décide ailleurs, à l’abri des regards indiscrets, dans des endroits inaccessibles au commun des mortels.

Dans le cas du Gabon, on reste très perplexe et on s’interroge. Devons-nous continuer à cautionner cette farce électorale ? Jusqu’à quand allons-nous participer à cette parodie ? Comment continuer à faire confiance à des institutions qui valident la tricherie et une communauté internationale qui « prend acte » ?

Comment continuer à faire confiance à une classe politique dont les acrobaties n’amusent plus personne ? Les Gabonais doivent-ils se contenter d’une démocratie au rabais avec des acteurs politiques de piètre qualité ? Il suffit de regarder les prestations télévisées et les déclarations inconvenantes de nos hommes politiques pour juger de leur qualité.

Loin de moi l’idée de faire l’apologie de la violence et sans être un adepte ni un partisan de la brutalité gratuite, ne serait-il pas temps d’utiliser d’autres moyens (éventuellement plus radicaux) pour nous faire entendre ? Je m’interroge…

Il s’agit désormais d’étudier toutes les options possibles. La perturbation de meetings et autres manifestations politiques, l’inondation de messages des comptes twitter et facebook des personnalités publiques (politiciens, journalistes, people, syndicalistes, leaders d’opinion, acteurs socio-associatifs…), le « harcèlement » des responsables de grandes entreprises traitant avec les dirigeants du pays (certaines entreprises ne supportant pas de voir leur réputation salie sur les réseaux sociaux ni dans les médias), l’organisation de sit-in devant des lieux de pouvoir (les institutions de la république)… sont des méthodes « radicales » parmi d’autres.


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