Portrait

Vincent de Paul Nyonda, d’homme politique à virtuose du théâtre gabonais

Vincent de Paul Nyonda, d’homme politique à virtuose du théâtre gabonais
Vincent de Paul Nyonda, d’homme politique à virtuose du théâtre gabonais © 2020 D.R./Info241

L’authenticité du villageois, l’homme politique et du théâtre se résument en cet homme du sud du Gabon : Vincent de Paul Nyonda (1918-1995). Il tombera en amour de l’écriture mais plus encore des rédactions de pièces de théâtre, outil de retranscription de l’histoire de son peuple de par sa tradition et ses aspects communautaires.

Naissance, tradition et parcours scolaire

Vincent de Paul Nyonda est né en juillet 1918 à Bouranga-Dibouanga près de Mandji dans la province de la Ngounié. Il commence très tard l’école française comme tous les jeunes africains de l’arrière-pays. Nyonda se forme à la pratique de la langue et des traditions ancestrales comme le Bwiti. Cette période de sa vie est bien longue car ses parents veulent qu’ils s’imprègnent totalement des rites et des traditions de son peuple.

De surcroît, ils ne veulent pas se séparer de leur fils car la mission de Sainte-Croix des Eshiras à Mandji et Notre Dame des Trois Épis de Sindara, à côté de Fougamou, ne proposent qu’un régime d’internat pour les enfants. Nyonda s’est alors approprié les principes et les valeurs de l’école traditionnelle qu’il appliquera tout au long de sa vie. C’est en effet à 15 ans, âge où le jeune gabonais sait défricher une plantation, poser des pièges et conter les épopées de son peuple, qu’il débute l’école. Il ira bien plus loin que ce qu’il avait imaginé notamment en pays Apindzi.

En 1933, il commence d’abord au catéchuménat puis à Saint-Martin des Apindzi au sud de Mouila. Il est bien sûr attristé d’être loin de ses parents mais la découverte du monde des "blancs" attise sa curiosité par la lecture des livres des missionnaires. Magnant aisément les arcanes et contours du pays "Ghisira", il intègre de nouvelles cordes à son arc avec la maîtrise de la religion des colons, leur pays mais aussi la langue française. Puis, il débarque à l’école Mont-Fort dirigée par les frères de Saint-Gabriel. Après arrivera le plus illustre de tous, le frère Macaire arrivé au Gabon en 1935. Nyonda fréquentera cette école très célèbre qui forme à l’époque les cadres moyens tels que les instituteurs ou les écrivains-interprètes pour le compte de l’administration coloniale. En 1941, il poursuit ses études secondaires au petit séminaire Saint-Jean avant de terminer en 1946 au grand séminaire de Brazzaville.

Vie professionnelle et parcours politique

En 1951, il annonce à ses parents son envie d’enseigner alors qu’eux pensaient qu’il allait devenir le quatrième prêtre Ghisira après les abbés Bakenda, Guibinga et Kwaou. Il avait pour objectif de rendre aux missionnaires les opportunités offertes et de remercier de cette manière son cher pays. Il entre dans la vie active en 1951 en tant qu’enseignant à l’école de Saint-Martin des Apindzi, prémices de sa formation scolaire. L’urgence de cette période obligeait les lettrés et aux “intellectuels“ de s’engager en politique pour hisser vers le haut la prochaine nouvelle république du Gabon.

C’est ainsi que Nyonda intègre l’arène politique en mars 1957. Il se présente aux législatives et est élu député de la Ngounié sur la liste des “indépendantes“ qui vont rallier plus tard le Bloc démocratique gabonais (BDG), formation politique de Léon Mba. Cette élection lui permet d’intégrer le premier gouvernement du Gabon en mai 1957, occupant la fonction de ministre des Travaux Publics. En 1958, il est appelé à rejoindre un nouveau parti politique lancé par Réné Paul Sousatte et Jean Jacques Bouvavel baptisé PUNGA.

Il refuse l’offre, ne voulant pas faire dans le tribalisme au vu des membres de la même ethnie qui constituent cette nouvelle formation politique. Il a souvent joué la carte de l’apaisement et de la stratégie politique pour décourager les guerres de pouvoir et les frictions d’ego entre Paul Gondjout et Léon Mba en 1961 par exemple ou entre Sousatte et Mba. Il est réélu député dans la Ngounié en 1961. En 1966, il est nommé ministre d’Etat à la Culture et au Sport.

L’année d’après, en mars 1967, il perd son siège à l’Assemblée nationale en lieu et place de Paul Malekou, étoile montante de l’administration gabonaise et nouvelle attraction politique de la Ngounié. Il restera dix ans à l’assemblée nationale et dix ans au gouvernement avec pour dernier poste ministériel, celui de ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles, la Jeunesse, des Sports et de l’Organisation nationale.

Vie théâtrale

La rencontre entre Vincent de Paul et le théâtre a lieu en 1950 à Brazzaville. Ce jour-là, il assiste à une représentation qui le séduit vivement et le pousse à écrire ses premières pièces. Elles sont destinées à ses élèves mais rencontrant un franc succès, son public s’agrandit et est pressenti d’être un futur grand comédien. C’est vrai que plus jeune, il s’y était déjà mis et de temps à autres, il en faisait dans la maison de ses parents.

Enclin à la tradition et à sa transmission orale, il savait qu’il fallait s’adresser aux peuples par l’oralité même pour traiter les thématiques les plus sérieuses. Ainsi en 1954, il est invité à une représentation devant les autorités politiques et administratives de la colonie du Gabon et réussit à faire rire aux éclats le gouverneur Digo dont sa réputation d’homme froid est un secret de polichinelle. La pièce qu’il joue ce jour-là est “le mauvais soldat“. Nyonda rencontre un véritable succès et le gouverneur est terriblement enchanté.

Les succès s’enchaînent avec toujours plus d’humour. Il prendra pour devise "Massieva ma Ntsayi gu mana" qui signifie "celui qui corrige les mœurs en riant". Il aimait le théâtre mais encore plus, il s’évertuait à faire rire les spectateurs. Il accepte d’occuper en 1971, la modeste fonction de directeur du théâtre national, lui l’ancien ministre d’Etat. Il a produit une trentaine d’œuvres mais seuls quelques-unes de cette riche activité d’écriture ont été publiées : La mort de Gykafi (1965), Le saoulard (1969), Le combat de Mbombi (1970), Deux albinos à la Mpassa (1973), Bonjour Bessieux. Emergence d’une société (1974), L’épopée Moulombi (1988) et Le roi Mouanga (1990).

Décès

A l’entrée de sa propriété sise au carrefour de la démocratie, une grande pancarte annonce aux visiteurs : "Tout est théâtralité dans la vie". Voilà un adage qui résume parfaitement le personnage de Vincent de Paul. En 1994, Vincent de Paul Nyonda lègue aux générations futures une dernière œuvre qui retrace son parcours atypique d’un villageois ayant atteint les hautes marches de l’Etat : "Autobiographie d’un gabonais : du villageois au ministre". Il meurt le 26 janvier 1995, trois ans avant d’être octogénaire.


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