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Entretien

Serge Dibangou Yangari : « il faut que notre génération propose une autre offre politique »


L’invité d’Info241
  • Serge Dibangou Yangari : « il faut que notre génération propose une autre offre politique » © 2019 D.R./Info241
Publié le 15 janvier 2019 à 08h54min

La rédaction d’Info241 a rencontré pour vous Serge Dibangou Yangari, récent démissionnaire du parti de Jean de dieu Moukagni Iwangou : Union et solidarité (US, opposition modérée). Ce citoyen de la diaspora gabonaise et ancien membre de la commission des affaires extérieures de l’US, revient sur les raisons de sa démission, la déception de l’entrée au gouvernement de Moukagni-Iwangou, les perspectives politiques de la jeunesse gabonaise et la nécessité d’œuvrer tous ensemble pour le rayonnement du Gabon.

Vous avez démissionné du parti Union et solidarité le 13 janvier. Quelles fonctions y occupiez-vous et pourquoi maintenant ?

Serge Dibangou Yangari : A l’US, j’étais en charge des affaires étrangères au sein de la commission des affaires extérieures. Je démissionne maintenant, car en politique nous sommes face à l’histoire. Il faut savoir prendre les décisions qui s’imposent dans le timing qu’on estime loin de la précipitation. Je veux dire par là, que le Président du parti avait estimé qu’en l’absence d’une des chambres du parlement notamment la chambre haute qui sanctionne la formation d’une majorité, il n’y avait pas matière à refuser l’appel de la nation qui consistait dans l’urgence à organiser et veiller ensemble à la bonne tenue des élections législatives.

Or, ce processus étant épuisé, une majorité parlementaire issue des urnes vient d’être officialisée par la cour constitutionnelle, la formation du gouvernement qui en découle est connue de tous. Quel motif aujourd’hui peut encore motiver un homme à demeurer dans un gouvernement de loups. Quel argument, le chef d’une bergerie peut-il donner aux brebis pour faire équipe avec la horde de loups qui sévit sur le territoire gabonais ? Je m’interroge.

Deuxièmement, il y’a la relation avec l’homme. Un homme qui avait quitté des hautes fonctions pour se retrouver sans rien du jour au lendemain à cause de son engagement politique puis se retrouver à nouveau rejeté par l’opposition qu’il est censé aider à cause de ses propositions ou ses points de vue différent tant il reste le seul ayant sacrifié sa carrière d’éminent juriste. Fallait-il que je tire à ce moment-là sur un homme déjà mis au tapis par ceux qui l’ont toujours détesté ? Non !

Bien que nous faisons de la politique une lutte de jungle mais à travers cette vitrine chacun y expose le minimum de sa personnalité et sera jugé dans le fond comme dans la forme, voici-là une raison qui m’avait imposé à la retenue.

Comment expliquez-vous l’entrée du président Iwangou, fervent opposant, au gouvernement d’Ali Bongo ? Avez-vous été déçu par les contours de cette entrée au gouvernement du régime qu’il combattait ?

Serge Dibangou Yangari : Je ne peux y répondre car c’est à lui seul de répondre de ces actes, enfin s’il habite toujours à Akanda bien évidement (rires). Pour la déception, je ne suis pas le seul. C’est tout le peuple gabonais et surtout l’opposition qui même dans la haine ou la guerre d’égo, doit reconnaître à minima son apport de juriste et d’homme d’actions lors de son passage dans le Front Uni (de l’opposition, ndlr).

Quel que soit le scénario, je vais vous dire que le Gabon aura toujours besoin de Moukagni Iwangou. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de reconstruire le Gabon sans son apport en matière grise et d’ailleurs je ne vois pas qui peut demain vouloir reformer le Gabon profondément sans l’avoir à ses côtés. On commet tous des erreurs mais reconnaissons le talent de chacun, je suis bien placé pour ça.

Quelle lecture faites-vous de l’échec du parti aux dernières élections ? Moukagni Iwangou est-il encore légitime à la tête du parti qui a déjà accusé de nombreuses défections ?

Serge Dibangou Yangari : L’échec aux législatives relève de toute l’opposition qui a oublié que même dans la petite transparence issue des accords d’Angondjé, on ne combat pas le PDG avec les règles ordinaires mais avec ses propres règles. Mandela disait que c’est à l’adversaire de définir l’origine de la lutte.

Le manque d’un sérieux travail préalable qui consiste à convaincre les gabonais de s’inscrire sur les listes électorales, puis s’assurer qu’ils vont aller voter quitte à mettre des moyens de transport à leur disposition dans une échéance qui n’a toujours entraîné que très peu d’engouement à chaque lendemain de présidentielle marquée constamment par des bains de sang de nos enfants et un résultat final opposé à la volonté souveraine du peuple.

Pour ce qui est de la légitimité du président de l’US à demeurer à la tête dudit parti, cela relève des militants et non du démissionnaire que je suis désormais.

Comment votre démission a-t-elle été accueilli par les autres membres de votre ancien parti ? Y a-t-il une crise de confiance ou de ligne politique au sein de l’US ?

Serge Dibangou Yangari : Il y’a eu une déception de part et d’autre c’est clair. Mais l’US n’est pas le seul parti politique gabonais à manquer de ligne politique. Le Gabon est à refaire et je pense qu’il faut que notre génération propose et impose au peuple une autre offre politique différente qui inclue le peuple au travers d’une démarche de socialisme participatif afin qu’il sorte de la maladie du bongoïsme dont souffre chacun d’entre nous à des degrés respectivement différents.

Vous avez appelé dans votre lettre de démission à la fin du « nomadisme » en politique. Pouvez-vous nous dire en plus ?

Serge Dibangou Yangari : (Rires) Je me suis bien sûr inspiré du professeur Mouang Mbading qui dénonçait le nomadisme politique dans son entretien avec le peuple lors de sa conférence de presse du 10 octobre 2018. Ce nomadisme est cette nouvelle façon de faire la politique dont la séparation entre l’opposition et le régime ne tient qu’à un fil de coton.

Ainsi les bourreaux d’hier, peuvent se retrouver dans l’opposition. Et les anges d’hier, peuvent se retrouver dans le régime des bourreaux sans que cela n’amène le peuple à réfléchir ou à se poser les bonnes questions. Mais notre soif d’alternance est tellement aiguë qu’elle nous remplit d’émotions au point où l’ambiance finit par occuper toute la place dans le cerveau.

Ce nomadisme doit être rejeté par le peuple. La place d’un ancien bourreau dans l’opposition doit être soumise à rude épreuve et la porte qui mène vers le régime doit s’ouvrir en un seul sens d’un départ sans retour. Nous devons nous faire respecter dans ce combat. C’est le combat de nos ancêtres et ils ne nous donneront pas le pays tant qu’on a pas fait l’effort spirituel d’élévation cognitive.

L’opposition ne doit pas être une maison de retraite pour ceux et celles qui après avoir fait longue carrière à cimenter dans les ténèbres notre avenir et celui de nos enfants puis, pour se donner une bonne image ou bonne conscience de fin de vie, viennent occuper les espaces dans l’opposition. Et de facto, créer l’immobilisme qui permet de se couler une bonne retraite paisible et mourir en martyr sans passer par la justice de la République sur les délits commis lors de l’exercice de leurs fonctions. Le nomadisme, c’est cette belle arnaque qui trompe le peuple et ralenti l’alternance depuis 1964.

Un mot de fin ?

Serge Dibangou Yangari : Je salue, tous les compatriotes qui même dans l’adversité, continuent de mener ce combat dans le respect des uns et des autres. Car notre génération ne gagnera ce combat qu’en refusant de reproduire les mêmes tares du régime dont on est censé combattre et rejeter.

Apprenons à travailler ensemble quels que soient nos ego. Le travail doit se faire avec une fixation des objectifs bien définis, une répartition des taches en fonction des acquis intellectuels de chacun. Car chacun a son talent et le même amour pour notre pays le Gabon, notre bien commun que l’on doit léguer à nos enfants et petits-enfants avec le sentiment du devoir accompli.

Je vous remercie.


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