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Diplomatie

Rivalité Gabon vs Congo : quand un match de football créé des émeutes meurtrières inter-Etat

Rivalité Gabon vs Congo : quand un match de football créé des émeutes meurtrières inter-Etat
Les deux présidents Léon Mba (Gabon, à gauche) et Fulbert Youlou (Congo) ont dû gérer une crise sans précédent entre les deux pays © 2020 D.R./Info241

Le Gabon et le Congo n’ont toujours pas été les voisins paisibles que l’on connait aujourd’hui. Au cours des festivités de l’Indépendance du Gabon en 1962, une rencontre de football entre les deux pays frères et voisins vire au conflit ouvert. Le Gabon et le Congo sont surpris par de violentes émeutes nourries par une animosité meurtrière inter-Etat. Une crise diplomatique qui a duré de longs mois et fait plusieurs morts entre les deux pays en raison de la « chasse » au Congolais ou au Gabonais voire à l’étranger qui était devenue légion dans les deux pays. Récit.

Genèse des tensions

Pour le compte de la Coupe des tropiques, l’équipe nationale de football du Gabon affronte, au stade Pierre Lefebvre, l’insaisissable équipe du Congo, surnommée les « Diables rouges » en 1962. Créant la surprise, les Gabonais d’Azingo remportent la rencontre sur le score sans appel de 3 buts à 1. Vexés et amers, les Congolais comptent bien prendre leur revanche lors du match retour prévu le 16 septembre de la même année à Brazzaville.

Animosité en terre Brazzavilloise

Le jour du match, le stade Eboué qui refusent du monde, semble trop petit pour contenir tout ceux qui désirent assister à cette confrontation. L’ambiance est à son comble et les spectateurs, tassés sur les gradins, huent copieusement les Gabonais et l’arbitre Camerounais qui dirige la rencontre. En dépit de la supériorité des Diables rouges qui mènent au tableau d’affichage, les joueurs Gabonais sont sifflés et insultés par les Brazzavillois qui veulent plus qu’une victoire sur le terrain.

L’équipe des Diables rouges du Congo de l’époque

Les 25 000 spectateurs Congolais prennent à partie les footballeurs Gabonais et l’arbitre qui pourtant a été impartial durant toute la rencontre. La police est obligée d’intervenir pour veiller à ce que l’intégrité physique dudit arbitre soit intacte. Les joueurs gabonais sont pourchassés et ne doivent leur salut qu’en trouvant refuge sous les gradins où ils devront patienter plus de deux heures afin que la foule se disperse et qu’ils regagnent leur camp de base.

Démarrage des violences au Gabon

De retour sur Libreville le lendemain, les Gabonais ayant participé ou assisté rendent compte de l’accueil hostile qu’ils ont subi. La tension est à son comble dans les quartiers notamment dans les débits de boisson. Des expatriés Congolais sont injuriés et parfois passés à tabac. Des hordes de jeunes surchauffés arpentent les artères de la ville. La police mène des interventions et arrête une soixantaine de manifestants. Ils sont par la suite relâchés lorsque la nouvelle faisant état de l’agression de trois Gabonais, blessés à coups de hache, par des Congolais se répand.

La sélection d’Azingo du Gabon, en 1962

La chasse à l’homme est lancée et les forces de police se retrouvent dépassées par la tournure des événements. Le président Léon Mba donne alors injonction à la gendarmerie nationale d’intervenir tout en imposant un couvre-feu à partir de 19h. Il décide aussi du rapatriement de tous les Congolais souhaitant rentrer chez eux par voies terrestre, maritime ou aérienne dans le but de les protéger des actes de violence dont ils pourraient être victimes.

Mais cette décision est considérée comme une expulsion de la part du président gabonais car on parle d’une centaine de ressortissants congolais nourris par le fait que 205 Congolais aient été licenciés de la Comilog et ce, à quelques jours de l’inauguration officielle de la mise en exploitation du gisement de manganèse de cette compagnie.

Représailles au Congo

Par ailleurs, au Congo, la situation s’est aggravée. Les ressortissants gabonais y vivant sont pourchassés, molestés, au pire tués. Leurs maisons sont en proie aux incendies, aux pillages et à la destruction. Le train qui les transportaient à Brazzaville est arrêté. On signale que le « chasse aux Gabonais » se déroule Dolisie, à Pointe-Noire et dans certains quartiers de la capitale dont Poto-poto et qu’il y aurait au moins quatre gabonais décédés. La violence est hors de contrôle. Les belligérants congolais s’en prennent aussi aux autres étrangers tels que les Camerounais, les Togolais, les Béninois…

Le président Youlou décrète à son tour un couvre-feu à 19h30, regroupe les communautés étrangères à la base aérienne de Brazzaville sous la protection des forces de la communauté. Plusieurs jours après, les Congolais évacués par voie maritime arrivent à Pointe-Noire en présence du président Youlou. Ils sont près de 800 et certains relatent qu’ils « auraient été parqués dans un camp pendant 48h et traités comme des prisonniers de guerre » ou encore : « il y a longtemps que tout cela était préparé et que le match à Brazzaville n’était qu’un prétexte ».

Tous les congolais interrogés disent avoir subi des violences de la part de la police gabonaise et de la population. En entendant les témoignages de leurs compatriotes, les militaires et les policiers chargés de protéger les étrangers, qui attendent sur les quais pour être rapatriés, se retournent contre eux et leur tirent dessus. On dénombre des morts et de nombreux blessés parmi lesquels plusieurs gabonais. Les relations diplomatiques entre le Gabon et le Congo sont rompues.

Arbitrage et « retour au calme »

La tension entre les deux pays est très vive. Amadou Ahidjo, président camerounais, entreprend une médiation qui parvient à réunir à Douala au début du mois de novembre, une conférence qui verra la participation de Léon Mba et de Fulbert Youlou mais aussi d’autres pays frères. Le 16 septembre 1982, au sortir de plusieurs jours de discussions, les deux Etats scellent leur réconciliation en acceptant d’indemniser, chacun en ce qui les concerne, les victimes de ces heurts dramatiques.

Ce qui n’arrangera pas dans les faits les relations de ces deux pays qui resteront tendues pendant encore plusieurs années. Certainement dues aux litiges coloniaux ou encore à la différence des régimes politiques que connaîtront le Gabon à l’économie libérale et le Congo, prônant un socialisme dit scientifique.


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