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Tribune libre

Reforme des bourses aux étudiants : des leaders estudiantins appellent à l’annulation de la mesure


Analyse
  • Reforme des bourses aux étudiants : des leaders estudiantins appellent à l’annulation de la mesure © 2019 D.R./Info241
Publié le 3 avril 2019 à 21h39min

Décidément la reforme Moukagni Iwangou visant à corser les conditions d’attribution des bourses aux étudiants de l’Etat gabonais n’est définitivement pas du goût des principaux intéressés. Dans cette tribune, Jean-Mariole Kombila Kebe, Oswald Mihindou, Ben Loïc Doukaga, Geoffroy Foumboula Libeka et Franck Mbadinga s’insurgent contre la reforme envisagée lors du conseil des ministres du 29 mars par le gouvernement gabonais. Les auteurs réclament l’annulation pure et simple du projet de décret visant à octroyer la bourse pour le supérieur qu’aux élèves ayant à la fois 19 ans au plus et au moins 12/20 de moyenne annuelle. Lecture.

Par cette tribune, nous souhaitons interpeller le gouvernement gabonais sur la nécessité d’annuler cette mesure qui ne l’honore pas.

Le gouvernement de la République Gabonaise a-t-il seulement compris que le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ? Essayons d’esquisser un bref rappel historique de ce texte réglementaire pour tenter de comprendre les conditions qui ont rendu possible l’adoption du fameux décret no 404 du 26 septembre 2012.

En effet, en Janvier 2012, des associations d’étudiants avaient haussées le ton en raison du cahier des charges devenu classique depuis au moins trois décennies, à savoir : modernisation de la bibliothèque, revalorisation des bourses, réhabilitation du restaurant universitaire, etc. A ces revendications classiques s’ajouta la contestation de la limite d’âge à 22 ans comme l’une des conditions d’attribution de la bourse d’études. Par souci d’équité et de justice sociale, des étudiants invitèrent alors le gouvernement à reconsidérer l’âge moyen des bacheliers gabonais qui fut de 23 ans en ce temps-là.

Ainsi, de ce point de vue, la majorité des bacheliers ne se sentiraient pas marginalisée socialement compte tenu du taux d’échec déjà très élevé aux différents examens nationaux. Alors que le mouvement de contestation ne faiblissait pas en raison du statu quo du gouvernement d’alors et la Coupe d’Afrique des Nations 2012 se déroulant au Gabon, les autorités rectorales et gouvernementales décidèrent d’imposer l’accalmie sur les campus en portant entorse à un calendrier académique déjà peu respecté : ce fut l’instauration des très excentriques « Vacances de la CAN 2012 ». Au terme de cet événement sportif continental, la manœuvre dilatoire n’eut guère le succès escompté.

C’est ainsi que, sans réelle études prospectives, le gouvernement décida, presque démagogiquement, d’aller au-delà des espérances des associations d’étudiants en dérégulant complètement le filtre méritocratique que constituaient les notes obtenues en classe de terminale, le critère d’âge contesté, mais surtout la mesure populiste de l’augmentation des allocations d’études á hauteur de 11%. Cette dérégulation a pour conséquence une nette augmentation du nombre de boursiers que l’Agence Nationale des Bourses du Gabon estime à 68% entre 2009-2015.

Dans une époque marquée par des conceptions fondamentalement matérialistes dans lesquelles le devoir de l’État à former ses citoyens s’inféodent aux contingences économiques sans finalité intrinsèquement académique et intellectuelle, les études supérieures et la recherche scientifique, s’avilissent considérablement pour ne devenir que des simples variables d’ajustement des politiques d’emploi, sapant ainsi leurs missions originelles de production et de diffusion des savoirs.

Le contexte étant évoqué, on comprend aisément que ces modifications (voir dispositions des articles 2, 4, 7, 8, 9,12, 13,16, 17, 28 ,29 et 41 du décret n° 0404/PR/MENESTFRSCJS du 26 septembre 2012 fixant les conditions d’attribution, de transfert et de suspension de bourses) sont en réalité un ensemble de mesurettes dont l’iniquité peine à masquer son impertinence manifeste. Brandir le contexte économique et politique du pays comme argument n’est, à la vérité, qu’un aveu d’échec d’une gestion opaque dictée par des exigences du seul instant présent : une proposition surtout indécente au regard de la précarité dans laquelle est engluée la large majorité de gabonais.

Ces mesures s’articulent autour l’âge de l’élève fixé désormais à 19 ans au plus au moment de la demande, l’obtention du baccalauréat ou d’un diplôme équivalent reconnu par l’Etat gabonais, avec une moyenne générale supérieure ou égale à 12/20 à l’examen, l’allocation qui est une prise en charge financière partielle pour les études supérieures accordée au mérite, aux étudiants en dépassement des conditions d’âge, remplissant les critères de moyenne, et optant pour une orientation libre dans les établissements reconnus au Gabon, et enfin le prêt étudiant qui est une aide financière remboursable.

Dans le contexte du Gabon actuel, ramener l’âge d’obtention de la bourse à 19 ans s’apparenterait à une pensée irrationnelle qui nous plongerait ainsi dans ce que Joseph Tonda conceptualise comme étant de l’Afrodystopie. Ce vocable traduit « un lieu du malheur et le Gabon devient dans ce contexte un « lieu du malheur » qui programme le génocide intellectuel de sa jeunesse. Si on saisit le Gabon par la métaphore de la mère patrie, alors nous sommes en présence d’un infanticide, une des violences les plus cruelles en Afrique et au Gabon dont le sceau de la République est le symbole de la mère allaitante.

Le Gabon se décline comme une scène de violence par l’entremise des mesures d’austérité qui discriminent, expulsent, laissent sa jeunesse sur le carreau, à la lisière de l’humanité. Cette jeunesse qui au gré des intérêts est sacrée ou sacrifiée sur l’autel des postures. Fixer l’âge d’obtention de la bourse en République Gabonaise à 19 ans, dans un pays où les effectifs par salle de classe sont en moyenne de 60 élèves voire plus, est une crudelitas qui s’apparente à un cesarisme avant la lettre. Rappelons par ailleurs que le Ministre de l’Enseignement Supérieur est Président d’un parti politique dont la dénomination est Union et Solidarité (US), un parti qui se réclame de la grande famille socialiste, donc d’une école non discriminante, drôle de paradoxe.

Parlons maintenant du prêt bancaire, cette drôle d’innovation indigeste. Sous nos cieux, comme ailleurs, un prêt bancaire repose sur des critères que sont la disponibilité des revenus, les charges personnelles et surtout la capacité de solvabilité. Si l’Etat, comme le laisse entrevoir la mesure, en devient l’un des principaux garants, la famille elle ne peut véritablement assurer la garantie de solvabilité car nous savons, d’une part, que le taux de pauvreté est évalué à 33% de la population (2007 banque mondiale) au Gabon, et que depuis 2014, 61% des salariés gabonais sont agents de l’Etat contre seulement 39% de salariés employés dans le secteur privé formel et parapublic d’autre part. Les salaires moyens des agents du public et du privé varient alors sensiblement entre 150.000 et 700.000 francs CFA. À cela, ajoutons les charges inhérentes à la gestion d’une cellule familiale.

Dès cet instant, on peut s’apercevoir que cette idée de prêt bancaire se présente comme une absurdité, une proposition irrespectueuse pour les familles gabonaises qui souffrent déjà en raison de la faiblesse de leurs revenus. Au Gabon, les politiques d’attribution des prêts bancaires ne sont pas flexibles : les taux d’intérêts et l’existence de nombreuses barrières marginalisent certaines familles. Il faut donc créer un système attractif et souple qui faciliterait l’accès au crédit. Cette mesure peut avoir plusieurs conséquences.

L’engagement quinquennal pourrait devenir caduc. S’étant autofinancé, cela n’oblige plus l’étudiant, surtout après le remboursement de son prêt, de le respecter à la lettre et à l’esprit. Le phénomène de la fuite des cerveaux pour les étudiants vers l’étranger pourrait aussi substantiellement s’accroître. En clair, il faut savoir que la bourse, pour un étudiant issu de familles économiquement faibles représente, en quelque sorte, une autre forme de redistribution des richesses dont la classe dirigeante semble s’en approprier comme d’une propriété privée relevant de son patrimoine familial. En somme, ce serait finalement une grave erreur politique et sociale de recourir à ce type de politique.

Loin d’être en accord avec ce fonctionnement, nous appelons le gouvernement au sens de la responsabilité sociale de l’État tel que le prévoit notre Constitution et demandons sans condition l’annulation de ce projet de réformes qui n’honore pas notre pays et qui détruit l’espoir des jeunes. Gouverner c’est prévoir, c’est aussi penser l’avenir de son pays. Lorsqu’on est plus en mesure de proposer un projet politique statuant sur l’avenir, il faut avoir l’intelligence de partir !

Signataires :

  1. Jean-Mariole Kombila Kebe (doctorant en histoire France),
  2. Oswald Mihindou (docteur en anthropologie sociologie UOB Gabon),
  3. Ben Loïc Doukaga (doctorant, germaniste - Allemagne),
  4. Geoffroy Foumboula Libeka (président ONG educaf Gabon),
  5. Franck Mbadinga (doctorant-France).


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