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Le jour d’après

Que réclamaient les jeunes militaires gabonais qui ont tenté de renverser Ali Bongo et ses institutions


Analyse
  • Que réclamaient les jeunes militaires gabonais qui ont tenté de renverser Ali Bongo et ses institutions © 2019 D.R./Info241
Publié le 8 janvier 2019 à 13h36min

La rédaction d’Info241 revient en détail sur le message prononcé hier par les jeunes militaires se réclamant patriotes, qui ont tenté hier de renverser le pouvoir d’Ali Bongo et ses institutions nationales actuelles jugées « illégitimes » et « illégales ». Leur leader, le lieutenant Kelly Ondo Obiang (28 ans) de la Garde républicaine gabonaise arrêté hier selon le gouvernement, avait appelé les citoyens et les autres militaires à occuper la rue dans une vaste opération baptisée « opération dignité ». Celle-ci visait à rendre au Gabon sa dignité en mettant en place immédiatement une « transition démocratique ».

Lire aussi >>> L’appel à la nation des militaires gabonais pour libérer le Gabon

Le Gabon a vécu hier le deuxième "coup d’Etat" de son histoire. Kelly Ondo Obiang et ses hommes dont certains étaient des gendarmes n’en pouvaient plus de voir le pays en déliquescence et de continuer à voir "les conservateurs acharnés du pouvoir" opérer "leur funeste besogne" qui consisterait à "instrumentaliser" et à "chosifier" Ali Bongo.

Contre un Ali Bongo instrumentalisé et chosifié

Un Ali Bongo qui pour les membres du coup d’Etat manqué d’hier, est "un malade dépourvu de plusieurs de ses facultés physiques et mentales" donc inapte à diriger le Gabon. Ce depuis son accident vasculaire cérébral qui a obligé Ali Bongo à s’exiler du Gabon afin de se soigner depuis le 24 octobre dernier.

C’est donc "Face à toutes ces manœuvres de manipulation et de théâtralisation" que le Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS) a dit hier "prendre ses responsabilités". Déplorant au passage "le regard complice de la haute hiérarchie militaire" qui aurait "failli à leur mission, celle de défendre les intérêts supérieurs de la Nation", a avancé Ondo Obiang.

L’action du MPJFDS visait, selon eux, à "mettre en déroute toutes les manœuvres en cours visant la confiscation du pouvoir". Ces manœuvres seraient l’œuvre de "ceux qui, dans la nuit du 31 août 2016 ont lâchement fait assassiner nos jeunes compatriotes avec le soutien des institutions illégitimes et illégales", a accusé le Kelly Ondo Obiang. Rappelant ainsi l’attaque armée du QG de campagne de l’opposant Jean Ping lors de la présidentielle d’août 2016.

La mise en place de l’« Opération dignité »

La fameuse « Opération dignité » qui n’a certes pas prospéré, visait les populations à observer trois mots d’ordre. Le premier, "les hommes de rangs et les sous-officiers " devaient se procurer "par tous les moyens une arme et des munitions". Le second, la mise sous contrôle "de tous les moyens de transport, les casernes, les postes de contrôle et de sécurité, les armureries, les soutes à munitions et les aéroports". Enfin, le troisième : "membres des forces de défense et de sécurité se trouvant hors des casernes, les militaires retraités et les déserteurs portent leur uniforme avec pour mission d’éclairer le peuple dans la rue".

Un projet qui n’a pas fait long feu, car rappelons-le, le lieutenant Kelly Ondo Obiang et ses hommes promettaient de mettre sur pied dans les heures qui auraient suivies "un conseil national de la restauration après consultation de toutes les forces vives de la Nation afin d’assurer la continuité de l’État et garantir au peuple gabonais une transition démocratique". D’où leur appel aux "dignes filles et fils de la patrie" dont certains ont été cités nommément, à les rejoindre à "l’Assemblée nationale ou s’y faire représenter dans les plus brefs délais".

Voici l’intégralité de leur déclaration lue hier matin à Radio Gabon :

Gabonaises gabonaises, chers compatriotes,

Je suis le lieutenant Kelly Ondo Obiang, commandant adjoint de la compagnie d’honneur de Garde Républicaine, président du Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS).

Chers compatriotes,

Le message à la nation du chef de l’Etat Ali Bongo visant à clore rapidement le débat sur sa santé, a plutôt renforcé les doutes sur sa capacité à assumer les lourdes charges liées à la fonction de président de la République.

Une fois encore, une fois de trop, les conservateurs acharnés du pouvoir dans leur funeste besogne, continuent d’instrumentaliser et de chosifier la personne d’Ali Bongo Ondimba en mettant en scène un malade dépourvu de plusieurs de ses facultés physiques et mentales.

Face à toutes ces manœuvres de manipulation et de théâtralisation et, devant le blocage du fonctionnement régulier des pouvoirs publics qu’elles entraînent à l’heure des défis mondiaux. Le spectacle désolant de ce discours de nouvel an à la Nation est une honte aux yeux du monde pour notre pays qui a perdu sa dignité.

Sous le regard complice de la haute hiérarchie militaire, ces officiers généraux supérieurs et subalternes qui ont failli à leur mission, celle de défendre les intérêts supérieurs de la Nation. Ces derniers ont décidé de privilégier leur intérieur personnel.

La patrie nous a tout donné ! Elle a fait de nous les personnalités que nous sommes. Nous ne pouvons l’abandonner au moment où elle a le plus besoin de nous.

Ainsi, le mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité, soucieux de sauver la démocratie, préserver l’intégrité du territoire national et la cohésion nationale, a décidé ce jour de prendre ses responsabilités afin de mettre en déroute toutes les manœuvres en cours visant la confiscation du pouvoir par ceux qui, dans la nuit du 31 août 2016 ont lâchement fait assassiner nos jeunes compatriotes avec le soutien des institutions illégitimes et illégales.

Par conséquent dans le cadre d’une opération baptisée "Opération dignité", le mouvement demande à tous les jeunes des forces de sécurité et à toute la jeunesse gabonaise de se joindre à nous en exécutant à la lettre, et dès cet instant même, les mots d’ordre suivants :
- primo, que tous les hommes de rangs et les sous-officiers actuellement dans les casernes se procurent par tous les moyens une arme et des munitions ;
- secundo, prenez le contrôle de tous les moyens de transport, les casernes, les postes de contrôle et de sécurité, les armureries, les soutes à munitions et les aéroports en fonction de vos positions respectives ;
- tertio, que les membres des forces de défense et de sécurité se trouvant hors des casernes, les militaires retraités et les déserteurs portent leur uniforme avec pour mission d’éclairer le peuple dans la rue.

Ensuite au peuple gabonais, à la jeunesse en particulier,

Chers jeunes, il est temps de prendre notre destin en main : l’heure a sonné ! Le jour tant attendu est arrivé. Ce jour où l’armée a décidé de se mettre au côté de son peuple afin de sauver le Gabon du chaos.

Alors, si vous êtes en train de manger, arrêtez ! Si vous êtes en train de prendre un verre, arrêtez ! Si vous dormez, réveillez-vous ! Réveillez vos voisins dans toutes les provinces, toutes les villes, tous les villages. Levez-vous comme un seul homme et prenez le contrôle de la rue en occupant les aéroports, les radios et télévisions, les bâtiments publics jusqu’à ce que nous mettrons hors d’état de nuire tous les ennemis de la patrie. La victoire de ce lundi 7 janvier 2019 doit être celle du peuple gabonais, soutenu par son armée.

Enfin dans quelques heures, nous mettrons en place un conseil national de la restauration après consultation de toutes les forces vives de la Nation afin d’assurer la continuité de l’État et garantir au peuple gabonais une transition démocratique.

A cet effet, pour l’intérêt supérieur de la nation, les dignes filles et fils de la patrie dont les noms suivent sont priés de rejoindre l’Assemblée nationale ou s’y faire représenter dans les plus brefs délais. Il s’agit :
- des personnalités militaires suivantes : M. le général Jean Philippe Ntumpa Lebani, M. le colonel Rapontchombo,
- les acteurs de la société civile suivants : M. Jean Rémi Yama, M. Marcel Libama, Me Paulette Oyane Ondo, Mme Laurence Ndong, M. Bertrand Zibi,
- tous les jeunes leaders des mouvements de jeunesse,
- les chefs de toutes les confessions religieuses sont également conviés à se rendre à l’Assemblée nationale,
- les personnalités politiques suivantes, les leaders des groupements de partis politiques d’opposition : Mme Lucie Milebou Aubusson, M. Marius Assoumou (délégué national de l’UJPDG), M. le secrétaire général du Parti démocratique gabonais.

Peuple Gabonais, nous allons faire ce que nous n’avons jamais fait ! Nous implorons l’éternel des armées afin qu’il libère le peuple gabonais de tout esprit de peur et de division.

Je vous remercie.

Fait à Libreville, le 7 janvier 2019.

Le lieutenant Kelly Ondo Obiang


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