Clientélisme

Quand le maire de Libreville avoue faire du clientélisme pour la réélection d’Ali Bongo !

Quand le maire de Libreville avoue faire du clientélisme pour la réélection d’Ali Bongo !
Quand le maire de Libreville avoue faire du clientélisme pour la réélection d’Ali Bongo ! © 2020 D.R./Info241

Sous le feu des critiques, y compris des plus acerbes ces derniers temps, Léandre Nzué, le maire de la capitale gabonaise n’a pas eu autre choix que d’animer une conférence de presse le 18 juin dernier. En lieu et place d’un argumentaire convainquant s’appuyant sur des preuves d’une gestion orthodoxe de cette institution, il a plutôt servi un gratin de justificatifs d’une gestion hybride dont l’unique but serait la réélection d’Ali Bongo en 2023.

On le savait très peu éloquent. Mais de là à convier la presse nationale et internationale pour faire publiquement de tels aveux, Léandre Nzué a fait très fort. Avec un niveau de langue en deçà du familier, l’édile de la capitale Gabonaise a lamentablement échoué dans son exercice de communication qui requiert beaucoup de tact pour qui s’y adonne.

Le maire au cours de sa conférence de presse

L’écho de cette rencontre humiliante est si fort et retentissant que les réseaux sociaux et la presse en ligne notamment, continuent de s’en délecter. Tournant ainsi le premier citoyen de Libreville en dérision. Et avec lui, l’image du parti présidentiel dont l’amateurisme et la légèreté dans le choix des hommes à certaines fonctions hautement stratégiques semblent obéir à autres considérations que le mérite et la compétence. Et ils sont de plus en plus nombreux les gabonais qui le pensent.

Quelle mouche a donc piqué Léandre Nzué ? Lui qui n’avait pas plus simple à faire que d’exposer son bilan à mi-parcours de son mandat en ne restant que sur l’actif, le passif et les moyens mis à contribution à cet effet. Sur la question notamment de la masse salariale qui a explosé, conséquence d’un recrutement anarchique qui ne tienne compte ni de la capacité de son institution à tenir certains quotas, ni de la qualité du personnel engagé, le maire zélé va, sans aucune gêne, lâcher cette bombe : « En 2009, nous n’avons pas gagné à Libreville. On a gagné dans le Gabon en général. Moi je suis de Libreville. En 2016, on a pas gagné à Libreville. Je suis Pédégiste. C’est grâce à Ali Bongo que je suis là. Les gens qui ont été embauchés, ils se reconnaissent. Ils considèrent que c’est Ali Bongo qui leur a donné du travail. Ça me fait déjà un électorat sûr ». Pathétique !!!

Ainsi parle le maire d’une capitale en 2020. Visiblement irrité par l’avalanche de questions qui fusent de la presse, et conscient de son incapacité à pouvoir y apporter des réponses satisfaisantes, Léandre Nzué a trouvé plus facile de se barricader derrière son habit de militant zélé du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir depuis 1968) fidèle en toutes circonstances à son maître. Autrement dit, pour le maire de Libreville, il n’y a pas de programme d’actions à mener au profit des 800 000 habitants de la capitale qui soit prioritaires que d’en faire une officine qui prépare la réélection d’un candidat à une élection présidentielle de 2023 dont le principal concerné lui-même est de plus en plus incertain d’affronter.

« Moi je suis Pdgiste. C’est grâce au président Ali Bongo que je suis ici. Je prépare déjà 2023. Je dois sécuriser les votes d’Ali Bongo à Libreville. Je suis de Libreville ! » lance t-il. Et de poursuivre : « Pendant que je suis là, 2023, Ali Bongo ne va pas perdre à Libreville. Il va gagner ici. Et moi je suis à la mairie. Ceux qui comprennent vont comprendre ».

Si on peut néanmoins reconnaître que cette sortie ratée du maire a eu le courageux mérite de clamer tout haut, ce qui est du fonctionnement général de la République gabonaise sous l’ère de la famille Bongo, il ne demeure pas moins ce ton et ces aveux sont certainement des plus surréalistes que peuvent entendre le corps diplomatique de notre pays de la bouche d’une personnalité de ce rang. En tiennent-ils compte au PDG ? Hélas, il semblerait que non !

Dans tous les cas, l’opinion a bien été édifié. La présidentielle gabonaise est lancée. Mieux encore, ils sont avertis, les embauchés de l’hôtel de ville de Libreville. « Électeurs sûrs » de 2023 pour Ali Bongo. Voilà un maire qui ne fonde son assurance ni sur un sondage, ni sur rien. Une déclaration qui a replongé certains dans celle de Pacôme Moubelet alors ministre de l’Intérieur en 2015 : « Tant que je serai Ministre de l’intérieur, aucun opposant ne pourra être élu Président de la République ». De telles affirmations qui ont tout de même le mérite d’attirer plus de regards sur le Gabon et la qualité d’individus qui le gouvernent.


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