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Autosuffisance alimentaire

Projet Graine : les solutions cosmétiques d’Ali Bongo pour doper l’agriculture gabonaise


Analyse
  • Projet Graine : les solutions cosmétiques d’Ali Bongo pour doper l’agriculture gabonaise © 2017 D.R./Info241
Publié le 11 février 2017 à 10h52min

Dans le cadre de la mise en œuvre du programme Graine qui vise à émanciper le Gabon de la dépendance alimentaire, Ali Bongo Ondimba a décidé de poursuivre la subvention des activités des membres des coopératives agricoles, en vue de les aider à soutenir leur engagement dans ce programme qui tarde toujours à l’allumage. En octroyant la colossale somme de 1,8 milliard de FFCA aux paysans pour les inciter à retourner à la terre. Ce qui pose avec acuité le problème de l’efficacité et l’utilité d’un tel investissement au frais du contribuable gabonais. A quand le bilan de tous les investissements consentis à travers l’institut Gabonais d’Appui au Développement (IGAD) ?

La gouvernance illégitime d’Ali Bongo Ondimba n’a pas finis d’étonner plus d’un. Au lieu de penser à une véritable politique agricole, l’heure est à l’investissement à coût de milliards avec le fameux projet ’’GRAINE’’ pour des primes visant à parer l’épineuse question d’autosuffisance alimentaire au Gabon. Il faut rappeler que cette prime d’incitation ’’à l’effort agricole’’ est instituée depuis un an et s’élève à la modique somme de 100 000Fcfa par membre de coopérative. Et le gouvernement se vante qu’elle a été versée jusqu’ici à 108 coopératives des six provinces où le programme a déjà été lancé.

L’attribution de cette récompense au nom de quels enjeux à un soit disant ’’effort agricole’’ n’a pas toujours été sans problème. Malgré son institution, du fait de la situation économique difficile que traverse le pays, les engagements de l’Etat ont pris du retard. Ce qui n’a pas manqué de courroucer quelques-uns. Une politique agricole rocambolesque qui a conduit Yves Fernand Fernand Manfoumbi, ministre de l’Agriculture en charge du programme Graine, à apporter des assurances quant à la mise en route du règlement définitif de cette question.

Car, seule la performance argue-t-il, devra désormais ouvrir la voie à l’attribution de cette prime. « Désormais, toutes les distorsions liées à cette subvention sont totalement maîtrisées, permettant ainsi à cette prime d’avoir l’effet stimulateur recherché, notamment auprès des jeunes », souligne le ministre qui poursuit : « les malentendus nés de l’octroi de cette prime d’incitation ont été aplanis. »

Où avons-nous vu un pays développer son agriculture pour assurer son autosuffisance alimentaire par l’attribution d’une prime d’incitation à l’effort agricole ? Le Cameroun voisin est un exemple de réussite agricole, pourquoi investir à l’aveuglette comme le font Ali Bongo Ondimba et son ministre Yves Fernand Mamfoumbi au lieu de procéder à une coopération agricole sous-régionale afin d’importer les politiques qui réussissent à côté de chez nous ? D’ailleurs, si on fermait pour quelques les semaines frontières camerounaises le Gabon pourrait être asphyxiée du point de vue de son alimentation.

Après 55 ans d’indépendance, l’analyste économiste Mays Mouissi précisait que la production agricole du Gabon couvre moins de 20% des besoins nationaux. Et que le secteur agricole qui représentait encore 44% du PIB en 1963, et assurait aux populations l’autosuffisance alimentaire, ne représentait plus que 3.6% de la richesse nationale en 2014. Le Gabon est ainsi passé du statut d’exportateur net de produits alimentaires à celui d’importateur structurel. Ce constat traduit l’échec des politiques agricoles menées par les gouvernements successifs.

Créé en 1992 l’institut Gabonais d’Appui au Développement (IGAD) est en charge de favoriser la création d’espaces agricoles autour des grands centres urbains. En dépit de l’appui des compagnies pétrolières et du financement de bailleurs internationaux comme l’Agence française de développement (AFD) l’agriculture périurbaine gabonaise demeure symbolique. Sans bilan réel des retombées de cette structure louable, Ali Bongo Ondimba a fabriqué une autre pompe à sous à travers ce pseudo projet ’’GRAINE’’.

Ainsi, le Projet de Développement et d’Investissement Agricole au Gabon (PRODIAG), principal projet en cours de l’IGAD, est loin d’avoir atteint l’objectif qui lui était assigné. Lancé en 2011 et financé à hauteur de 13 milliards FCFA, le PRODIAG était sens ramener à 56% le ratio qui mesure le volume des importations des denrées alimentaires au Gabon dès 2016. Cependant, à quelques mois de l’échéance, une note de l’Oxford Business Group datée de janvier 2015, confirme que le Gabon continue d’importer 80% de ce qu’il consomme.

Le développement d’un tissu agricole peri-urbain doit être structurant dans la définition d’une stratégie de réduction de la dépendance alimentaire dans un pays où la majorité de la population est citadine comme le Gabon. Alors que le PRODIAG annonçait vouloir créer 1090 unités de productions susceptibles de produire 13 600 tonnes d’aliments et ainsi créer 3 000 emplois sur la période 2011-2016, on peut s’étonner que seuls 13 milliards FCFA sont affectés au projet dont seulement 2.6 milliards provenant de ressources nationales. Par ailleurs, il faut déplorer que les actions de l’IGAD en général et du PRODIAG en particulier soient décorrelées des autres programmes agricoles du gouvernement, notamment le programme de construction de fermes agropastorales et le projet Graine.

Selon Mays Mouissi, l’analyse des stratégies agricoles déployées par les autorités gabonaises au cours des 5 dernières années laissent apparaître des incohérences, des objectifs de productions annoncés mais jamais atteints et surtout une absence de coordination entre les programmes. En dressant un tableau de ce projet, de ses objectifs et des moyens qui lui sont attribués, l’analyste économiste gabonais nous éclairait la lanterne en ces termes : ’’Contrairement à son voisin le Cameroun dont l’excédent de production agricole est écoulé dans la sous-région d’Afrique centrale, le Gabon a accumulé un retard dans le secteur agricole.’’.

Le Gabon consacre toujours 250 à 300 milliards FCFA à l’importation des denrées alimentaires. Alors que le PRODIAG et le programme des fermes agropastorales n’ont pas à ce jour produit les résultats escomptés, le gouvernement gabonais pense pouvoir résoudre le problème de la dépendance alimentaire au travers d’un nouveau programme dénommé GRAINE.

Rappelons que démarré le 22 décembre 2014, le Programme GRAINE vise à atteindre l’autosuffisance alimentaire en même temps qu’on offre à de nombreux chômeurs un emploi stable et pérenne. Ce programme comme ses prédécesseurs aurait vocation à favoriser la réduction de la pauvreté, l’amélioration de la sécurité alimentaire et la diversification de l’économie gabonaise. Mais ses résultats probants sont quasiment invisibles à nos jours, après 3 ans d’investissement compulsif des deniers publics.


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