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Héritage politique

Les « enfants » de Pierre Mamboundou et leur faux complexe d’Œdipe


Analyse
  • Les « enfants » de Pierre Mamboundou et leur faux complexe d’Œdipe © 2019 D.R./Info241
Publié le 12 février 2019 à 11h04min

Ses idées, son intelligence, son éloquence, son aura et son charisme ont fait de Pierre Mamboundou l’un des hommes les plus brillants de sa génération et respecté même par ses adversaires politiques. L’homme était sans conteste très populaire, intransigeant et fidèle à ses idées. Il aura marqué d’une certaine empreinte la scène politique gabonaise.

Près de sept ans après son décès, on peut se demander que reste-t-il de son œuvre alors que plusieurs personnalités du « théâtre politique » actuel se réclamaient ou se réclament toujours, parfois de manière éhontée et pathétique, en être qui tantôt des filleuls, qui tantôt des « héritiers » ou, avec un peu plus de prétentions, ses « enfants » politiques. Sans risque de se tromper ou au risque de choquer certains, on pourrait répondre que rien, sinon presque.

Les symboles

L’un des symboles qui rappelle à tout observateur la disparition physique et même politique du défunt député-maire de Ndéndé, est assurément l’état actuel de la villa qui a longtemps abrité le siège de son parti, l’Union du Peuple Gabonais (UPG), à Awendjé. Pour ceux qui ont connu, les couleurs, l’ambiance et l’affluence enregistrées en ce lieu notamment à partir de 2005, il suffit de s’y rendre actuellement pour bien réaliser que Pierre Mamboundou est décédé, et l’UPG avec lui.

L’autre symbole et non des moindres est assurément la présence, côte à côte, au sein du gouvernement actuel de David Mbadinga et de Moukagni Iwangou. Ils succèdent respectivement Mathieu Mboumba Nziengui et Bruno Ben Moubamba sur cette même table. Tous les quatre ont la particularité de s’être longtemps déchirés sur la place publique pour réclamer, chacun à son niveau et à sa façon et ce, parfois avec un opportunisme et un machiavélisme des plus déconcertants, tout ou partie de l’héritage de l’illustre disparu.

Certains ont prétendu être les plus « loyalistes », d’autres se sont présentés comme étant les plus « légalistes » quant d’autres tendances ou « ailes » ne se faisaient passer pour les plus politiquement « oints » par le défunt. Poussant l’imposture encore plus loin, l’un d’eux ira jusqu’à prétendre avoir hérité de l’agenda politique de Pierre Mamboundou.

Certainement pour tenter de s’écarter de cette guerre de clocher pour ne pas parler de guerre de chiffonniers, un autre bloc a dernièrement vu le jour. Celui-ci a choisi de se faire appeler les « Mamboundouistes », comme pour réclamer une filiation directe à l’homme et ainsi légitimer aussi sa part de « l’héritage ».

Un héritage bradé

Or quoi qu’il en soit, il est clair aujourd’hui que tous autant qu’ils sont, ont littéralement bradé tout ce qu’ils ont souvent brandi ou prétendu détenir ou défendre de l’œuvre de Pierre Mamboundou Mamboundou. Leurs sièges respectifs au gouvernement – d’ailleurs très éphémères pour certains - ont chaque fois constitué des actes de décès supplémentaires du fondateur de l’UPG et de ses idées.

En effet, celui qui présentait son parti comme un « parti de gouvernement » à terme et justifiait son rapprochement progressif du régime par « l’allégorie du tailleur de pierre », a toujours rejeté toute participation personnelle à tout « gouvernement d’ouverture ».

Même lorsqu’il se disait disposé à envoyer les membres de son parti y siéger, il précisait que cela ne pouvait pas se faire sans condition : « J’ai décliné l’offre d’entrer au gouvernement parce que nous (UPG) ne pouvons pas collaborer avec le PDG sans conditions. Nous aussi avons un programme de société et des idées claires à faire valoir pour le pays », déclarait-il par exemple lors d’une conférence de presse donnée en 2008 au siège de son parti.

« On ne peut pas aller au gouvernement pieds et points liés, sinon ce serait aller à la soupe, comme beaucoup l’ont fait ! », ajouta-t-il ce même jour. Et tout était dit !

Or à ce jour il est difficile de percevoir et encore plus de savoir quelles sont les conditions posées par ses prétendus « fils » avant leurs entrées respectives au gouvernement, si ce ne celles tournant autour de leurs intérêts et avantages personnels. Aucune explication ni consultation de leurs « bases » respectives.

Certains se sont contentés de se réfugier derrière l’argument bateau et à forte connotation démagogique qui prétexte très souvent « l’intérêt supérieur du peuple » ou « l’appel de la Nation », se découvrant même subitement une certaine identité et des valeurs bantu (sic) à défendre. En d’autres termes, ils ont simplement renoncé, voire renié les principes fondamentaux de leur maître à penser, ignoré les consignes et le testament politique de leur prétendu « père » spirituel politique.

« Honte au fils qui ne fait pas mieux que son père »

« Honte au fils qui ne fait pas mieux que son père ». On connait tous cet adage. Et tous ces « enfants » de Pierre Mamboundou ont souvent prétendu vouloir faire comme, sinon mieux que leur « maître », leur « père ». Autrement dit, lui donner une sorte de mort symbolique « positive ».

Or leurs œuvres, leurs actes et leurs itinéraires politiques actuels participent plutôt à une espèce de double mort et de double enterrement de la personnalité à laquelle ils ont longtemps dit s’identifier. Donc à l’effacement total et la disparition entière tant de l’homme que de son œuvre de la scène politique nationale et même de la conscience collective. On pourrait ainsi parler à juste titre d’un « faux complexe d’Œdipe ».

L’UPG de Pierre Mamboundou ayant réussi en son temps à faire élire 8 députés à l’Assemblée Nationale, les dernières législatives ont servi baromètre pour mesure l’onction politique reçue ou héritée par chacun. Leurs scores et résultats récoltés individuellement ou par leurs différents partis parlent d’eux-mêmes.

En comme, à l’observation actuelle des faits, on peut conclure qu’Œdipe n’était apparemment pas à l’UPG encore moins dans les UPG et que, conséquence, le parricide politique et symbolique n’aura pas lieu. Du moins pas avec ses (ou ces) « enfants-là »


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