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Tribune Libre

Climat socio-politique : deux artistes gabonais invitent les citoyens à s’indigner !


Analyse
  • Climat socio-politique : deux artistes gabonais invitent les citoyens à s’indigner ! © 2016 D.R./Info241
Publié le 25 juillet 2016 à 10h58min

Les artistes slameurs poètes Amoan Pambo et Dia Alihanga invitent le peuple gabonais dans une tribune libre dont la copie est parvenue à la rédaction d’Info241, à un regain patriotique, à la résistance et à l’indignation face aux arrestations arbitraires, des chasses à l’homme, des privations des libertés publiques récurrents en terre gabonaise depuis de dépôt de la candidature d’Ali Bongo

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A l’heure où nos frères meurent, comme ce gabonais à l’agonie et littéralement en état de putréfaction avancée, laissé pour compte dans la plus sordide des indifférences ; où est passé notre humanité ? Se pourrait-il qu’elle ait , elle aussi, disparu dans les billets éhontés et les t-shirts de campagnes donnés comme dans un troc de mauvais aloi en sacrifice de nos dignités sur l’autel d’intérêts personnels ?

A l’heure où nos sœurs et nos mères sont réduites à donner la vie en pleine nature car faute de moyens ou d’infrastructures adéquats ; où nos nouveaux-nés semblent être d’emblée condamnés à une vie de misère. Où sont nos hommes de foi, ceux-là même qui sous d’autres tribunes sont les apôtres de la charité et de la bonté du cœur ?

Amoan Pambo (en casquette) et Dia Alihanga les pères du slam gabonais signataires de cette tribune libre

Sous d’autres cieux la jeunesse représente la rupture, le changement, car elle est porteuse de cette vision iconoclaste qui se joue des conventions et ose ré-inventer l’avenir. Chez nous la jeune garde semble n’avoir qu’un rêve : celui de prendre la relève d’une élite corrompue dans une nébuleuse où les pires vices sont drapés des lumineux apparats de la vertu. Où sont nos rappeurs d’ordinaire si virulents et si prompt à l’usage d’une parole décomplexée ?

La grande méchante françafrique est, à raison, souvent pointée du doigt, du fait de sa capacité à tout envisager à l’aune du profit, mais cela nous exonère-t-il de notre responsabilité personnelle et individuelle ? Où sont nos leaders d’opinion ? Où sont leurs larmes quand nos enfants sont retrouvés mutilés, éventrés, décapités, excisés ? Où sont leurs voix quand des jeunes sont arrêtés en violation évidente de leurs libertés individuelles ?

Le gabonais assiste impuissant à une militarisation tous azimuts du pays sous-couvert d’une sacro-sainte protection des citoyens ; et dans nos quartiers dévastés par une politique meurtrière nos jeunes activistes sont traqués sous l’œil ahuri d’un peuple qui participe à entretenir ces petites misères et ces grands silences. Au-delà des débats partisans entre une "jeune vieille garde" grabataire mais à l’appétit gargantuesque et une jeunesse nourrie au sein de cette Synergie, système de prédation congénitale s’il en est.

Au-delà des échéances politiques où est passé notre capacité à analyser, réfuter, s’émouvoir et s’indigner ? Loin des calculs politiques aux relents ethniques, tribalistes, maçoniques, loin des allégeances douteuses, où est passé notre humanité ?

Ce jeune homme qui meurt sans dignité devant l’hôpital de Melen aurait pu être votre ami, c’était le nôtre. Sa mort est une triste allégorie de ce pays vivant de ses deux millions d’enfants mais dont le Cœur semble s’être éteint, mort, au styx et ad patres car incapable de cette émotion qui distingue l’homme des autres créatures connues. Cet inconnu tué par balles aurait pu être votre fils, votre frère, votre père. Et c’est un père qui meurt, et c’est un enfant qui grandira sans son père, et dans le contexte de déperdition c’est un autre cas social que l’on crée.

Ce jeune barbudo qui fuit, traqué par des fantassins de fortune avait hier famille et amis ; aujourd’hui ils sont emmurés dans un silence assourdissant. Cette jeune fille dont la langue fut mutilée, les globes oculaires vidés et le corps exsangue fut retrouvé sur des rochers au bord de l’océan, est elle aussi un triste rappel de cette jeunesse sans vision et sans voix ;

La Françafrique aurait-elle fait une OPA sur notre humanité ? Où sont les mères braves, où sont les pères soucieux du devenir de leurs progénitures, où est la jeunesse gabonaise ? Ce silence fait de vous des complices. Car le pire disait un illustre fils du continent, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais. Le pire, c’est le silence des gens bien.

Antonio Gramsci écrivait pour sa part : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaitre et, dans ce clair-obscur, surgissent les monstres ». Le Gabon semble avoir atteint cet « entre-deux mondes » car il est certain que les vieilles dictatures transmissibles de père en fils font leur chant du cygne ; mais Si le Gabon d’avant se meurt celui de demain n’est pas encore né. Le moment est venu de l’enfanter car une crise cache toujours en elle la semence d’un nouveau leadership

Fini le temps de s’abriter derrière un apolitisme honteux ou une neutralité coupable, l’heure est à l’indignation. Où est la relève ? Il est temps qu’elle se lève -paraphrasant Fanon- qu’elle découvre sa mission pour y répondre ou la trahir.

Que faire lorsque le pouvoir semble plongé dans une telle insécurité qu’il se sent menacé par la moindre remise en question et ne supporte aucune contestation ? S’indigner ! Il faut rendre l’injustice et le vol ingouvernables disait le regretté Grégory Ngbwa Mintsa car tout leadership reposant sur l’intimidation s’expose à l’apparition de poches de résistances et la multiplication de foyer de contestations.

Indignez-vous ! Et tous verront comme les battements d’ailes des papillons de la libération nationale, font déjà naitre des ouragans de la libération nationale.

Amoan Pambo et Dia Alihanga, auteurs de l’Indigné, Biographie de Grégory Ngbwa Mintsa paru aux éditions Saint-Honoré et disponible au lien suivant : http://www.editions-saint-honore.com/produit/lindigne-biographie-de-gregory-ngbwa-mintsa/


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