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Littérature

Le roman « Malvo » de Yannick Nambo enrichit le paysage de la littérature monde !


Culture
  • Couverture du roman. CR photo@Arnaud Galy-Agora Francophone © 2017 D.R./Info241
Publié le 26 février 2017 à 22h02min

Le jeune écrivain franco-gabonais Yannick W. J. Nambo a présenté son roman ’’Malvo" publié en janvier 2017 aux ’’Fauves Editions’’, mercredi dernier dans un lieu atypique, une boutique de ventes de costumes chic, sis au boulevard Saint Germain de Paris. L’auteur revient dans une interview accordée ce dimanche à Info241 sur son univers romanesque en s’exprimant autour des thématiques centrées sur le Mystère, l’Anticipation, la Lucidité, les Valeurs et l’Obsession, déclinaison des lettres composant le patronyme de son personnage principal.

L’émergence aujourd’hui d’une « littérature monde » en français est plus que manifeste. Le développement d’une francophonie littéraire conçue non pas comme l’espace sur lequel la France dispenserait ses lumières, mais un vaste ensemble mondial, divers, où tous les Artistes dialoguent dans des rapports d’échange et d’égalité est certain. Comme le défendait le prix Renaudot 2006, Alain Mabanckou dans un article retentissant publié dans le journal le Monde et Abdourahman Waberi dans le Magazine Littéraire, au printemps 2006. Le roman ’’Malvo’’ du jeune écrivain franco-gabonais Yannick W. J. Nambo participe à cette ouverture de l’acte d’écriture en questionnant le monde.

« Si les jeunes me prenaient en exemple, je refusais d’en être un. La société est faite de codes. Mon code à moi c’est de n’obéir à aucun code. C’est de vivre ma propre vie, de vivre dans ce monde que je me suis créé. Je ne suis peut-être pas capable de vivre selon un idéal, de servir d’exemple à qui que ce soit. J’essaie de me convaincre que mon monde est idéal, que je suis le maître de ce monde et je suis persuadé que je ne pourrais jamais m’en échapper... » - Questionnement, tiraillement, fierté, regrets… Malvo se parle à lui-même, se questionne, nous questionne.

Echange avec les invités en présence de la préfacière Julie Dénès/ CR photo@Arnaud Galy-Agora Francophone

Le chemin d’un homme, l’assurance, la griffe, le costume continuellement ajusté, ce costume, symbole de contrôle, de son obsession du contrôle. - Malvo explique l’écrivain Yannick W. J. Nambo, «  nous montre au fil de son parcours à quel point nous sommes guidés par un conditionnement mental, ce conditionnement que l’on s’impose par confort, pour se rassurer, pour oublier, pour décider, pour décider de ne pas décider, pour contrôler, pour s’engager. »

Selon l’auteur Malvo « n’existe pas, mais il semble être si réel... Tel un hologramme, il s’installe dans notre imaginaire car il prend un petit peu de vous, un petit peu de nous. Et puis, mince ! Si seulement il pouvait exister ! - Un premier roman à la frontière du polar, porté par une plume audacieuse. » Trouvez dans les lignes qui suivent l’intégralité de l’interview que l’auteur accordé à Info241 ce dimanche à Paris.

Sandra en maîtresse de cérémonie présentant l’auteur Yannick Nambo. CR photo@Arnaud Galy-Agora Francophone

Info241. Vous venez de publier le roman Malvo aux Fauves Éditions à Paris, en mettant la notion de valeurs en lumière. Quelle lecture faites-vous des rapports humains dans notre société actuelle. Dans ce contexte de conflit et de haine en présence dans la société contemporaine quelles sont les valeurs véhiculées dans votre roman ?

Il y a aussi ceux qui sont dépourvus de toutes formes de valeurs et qui dans un sentiment d’impunité totale se permettent d’afficher leur absence totale de considération pour l’humain. Je pense ici à Ali Bongo Ondimba".

Yannick W.J. Nambo. Je crois que les valeurs sont trop souvent mis en retrait dans cette période ou l’instantané et la spontanéité emboitent le pas à la réflexion. Cela impacte directement les rapports humains. C’est un souci universel aujourd’hui, la peur est un sentiment instantané, la méfiance aussi, et les pourfendeurs de l’unité, de la solidarité et de la construction collective s’en donnent à cœur joie. C’est ce qu’a compris Donald Trump et ce sur quoi Marine Le Pen prospère encore.

Le souci vient aussi du fait que ceux qui avaient la responsabilité de rassembler autour des valeurs qui nous ont fait grandir et qui ont fait évoluer notre société n’ont pas su traduire les paroles en actes. Les inégalités ont prospéré en parallèle de la méfiance, de la défiance vis-à-vis de l’autre. Cela a donner lieu à ce manichéisme dangereux à mon sens : « je suis le bon – ils sont les mauvais et ils sont responsables de tous mes maux ». Il faut dépasser ça.

Je crois que les valeurs sont trop souvent mis en retrait dans cette période ou l’instantané et la spontanéité emboitent le pas à la réflexion. Cela impacte directement les rapports humains".

Il y a aussi ceux qui sont dépourvus de toutes formes de valeurs et qui dans un sentiment d’impunité totale se permettent d’afficher leur absence totale de considération pour l’humain. Je pense ici à Ali Bongo Ondimba. Passé ces constats, je peux affirmer que oui, dans mon roman, bien que l’univers de Malvo soit controversé, j’essaie de montrer la nécessité de dépasser ces constats, de prouver que la haine n’est et ne peut pas être une fatalité et que finalement, avec la volonté de construire, avec un esprit de responsabilité, on a tous les moyens de construire. Ceux qui choisissent la haine plutôt que l’amour ont toujours tort.

Votre roman est un hymne au "changement possible" au dépassement, face aux jeux de pouvoir politiques. Quelle analyse donnez-vous à lire dans votre roman Malvo ?

Le changement est possible dès lors qu’on arrive à s’en convaincre. C’est une question de choix, d’avoir le courage de ses choix".

Difficile de répondre à cette question sans spoiler Malvo, je crois que le décor politique est prenant mais pas exclusif dans cet ouvrage, il touche à des questions philosophiques que l’on peut retrouver ailleurs qu’en politique. Le changement est possible dès lors qu’on arrive à s’en convaincre. C’est une question de choix, d’avoir le courage de ses choix.

Info241.Parlant de votre style d’écriture la dimension de scénarisation filmique aux consonances de polar est très pesante. Êtes-vous un héraut de l’intermedialité et de la connexion des arts ?

Yannick W.J. Nambo. Oui, je milite pour les passerelles que l’on peut construire entre les arts, entre les disciplines, entre les talents. C’est ainsi que l’on créé je crois une émulation qui favorise l’élévation collective.

Peut-on espérer à une reconversion filmique de votre roman ?

Je suis surtout un acharné de travail. Une reconversion filmique ? Disons que ce qui était un rêve est devenu un objectif".

Yannick W.J.N. Merci pour cette question qui traduit le fait que Malvo est un roman très visuel, il a été écrit comme ça. Pour y répondre, je suis un ambitieux pragmatique mais je n’oublie jamais d’être humble en toutes circonstances. Je suis surtout un acharné de travail. Une reconversion filmique ? Disons que ce qui était un rêve est devenu un objectif. Mais procédons surtout étape par étape, il y a le livre, le roman, tout dépendra forcément du succès de ce dernier. Je suis très heureux des quelques premiers retours. Oui, je souhaite secrètement qu’un jour on puisse dire : Il y a « James Bond », mais il y a aussi « Malvo »…

Selon vous comment peut-on questionner la société sachant que vous avez dans le roman le facteur du conditionnement mental très présent à nos jours.

Malvo, c’est aussi le moyen d’affirmer que l’on ne doit pas forcément se conformer aux destins préétablis par notre société".

Yannick W.J.N. Je crois qu’il y a plusieurs manières de questionner la société. Le conditionnement mental que l’on s’impose, que la société nous impose, nous contraint parfois à foncer sans réfléchir. Malvo, c’est aussi le moyen d’affirmer que l’on ne doit pas forcément se conformer aux destins préétablis par notre société.

Il est possible de se déterminer autrement que par le regard des autres, de rejeter les cases, les étiquettes et les parcours imposés. De par nos choix, nous nous questionnons et nous questionnons in fine cette société.

Je crois qu’il y a plusieurs manières de questionner la société. Le conditionnement mental que l’on s’impose, que la société nous impose, nous contraint parfois à foncer sans réfléchir".

Actualité oblige. Votre roman est un clin d’œil subtil au désir de Justice du peuple Gabonais. Vous êtes très actif dans le combat de Résistance. Quel est le message que vous souhaitez délivrer à la diaspora et au peuple Gabonais dans son ensemble.

Je ne suis ni politique, ni activiste, je me considère comme un citoyen libre, un homme de culture qui tente de s’accomplir dans son métier et dans ses créations, mais aussi de partager des valeurs".

Yannick W.J.N. Je suis né au Gabon et j’ai grandi et tout fait ici en France. Ce combat pour la liberté m’a rapproché de ma terre natale. Je ne me sens pas comptable du passé mais acteur de l’avenir. J’ai la chance d’être un peu écouté, je ne peux donc pas me dédouaner de cette responsabilité, j’essaie donc d’apporter ma modeste contribution et j’invite tous les esprits éclairés à faire pareil. Je ne suis ni politique, ni activiste, je me considère comme un citoyen libre, un homme de culture qui tente de s’accomplir dans son métier et dans ses créations, mais aussi de partager des valeurs.

Le Gabon est une dictature pure et dure, dans la pire des formes. Chacun le sait, n’en déplaise aux quelques agités qui s’accrochent aux petites branches qui leurs restent, tels des condamnés à mort".

C’est dans ce sens que nous avons créé avec des proches une ONG : « Diplo21 » dont vous entendrez parler très prochainement. La situation du Gabon nous a inspiré pour accélérer sur ce projet en gestation depuis des mois. Le Gabon est une dictature pure et dure, dans la pire des formes. Chacun le sait, n’en déplaise aux quelques agités qui s’accrochent aux petites branches qui leurs restent, tels des condamnés à mort.

Que les gabonais continuent de s’armer de bravoure pour secouer cet arbre et faire tomber ce fruit… Ce « pouvoir » est totalement cerné, aux abois, sur la fin… La liberté est proche".

Comme d’autres tyrans, il est nécessaire de mettre Ali Bongo Ondimba hors d’état de nuire et faire en sorte qu’il réponde de ses crimes. Il a fait beaucoup trop de mal à ce pays. Il a été vomi par le peuple gabonais, on ne peut pas demander au peuple gabonais de ravaler ce qu’il a régurgité… Comme je l’ai dit récemment, ce dictateur sanguinaire est un fruit amer, un fruit néfaste, un poison. Ce fruit est désormais mûr et prêt à tomber de l’arbre.

Que les gabonais continuent de s’armer de bravoure pour secouer cet arbre et faire tomber ce fruit… Ce « pouvoir » est totalement cerné, aux abois, sur la fin… La liberté est proche. Plus que le volubile mythomane qui sert de porte-parole peut l’affirmer.


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