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Crise post-électorale

Le Gabon n’a pas de sous pour sa démocratie mais en a pour sa CAN


Analyse
  • Le Gabon n’a pas de sous pour sa démocratie mais en a pour sa CAN © 2016 D.R./Info241
Publié le 5 décembre 2016 à 07h58min

C’est la conclusion que l’on pourrait tirer de la dernière décision de la Cour constitutionnelle gabonaise, renvoyant à plus tard le renouvellement des députés du pays pour cause de "force majeure". Cette force majeure est l’absence de devises pour organiser des élections démocratiques pour les 120 sièges à pouvoir que comptent le pays. Ceci après une présidentielle elle aussi, loin d’avoir réussie à faire parler la démocratie.

Le Gabon est en crise. Une crise qui l’oblige à différer l’organisation des législatives prévues ce mois de décembre parce que le pays a du faire face à des "dépenses imprévues". Ce qui est paradoxale tenez-vous bien, c’est que le pays d’Ali Bongo a bien les ressources financières suffisantes pour abriter dès le mois prochain, la 31e coupe d’Afrique des nations de football. Vous l’aurez compris, la démocratie attendra dans un pays qui se remet à peine d’une présidentielle toujours contestée, remportée au forceps par un Ali Bongo qui lui, comme hérité du pouvoir et de l’allégeance des instututions du pays après le décès prématuré de son père, mort au pouvoir.

La démocratie attendra !

Selon une décision de la Cour constitutionnelle n°064/CC du 22 novembre 2016 (connue du public que 10 jours plus tard) qui invoque un cas de force majeure après les violences post-électorales qui confirme la Cour, a engendré des dépenses imprévues à l’Etat pétrolier. Il semble que la grande fête du football que s’apprête à célébrer le Gabon n’ait aucunement fait les frais de ces mêmes violences post-électorales.

Quand on regarde de près la coloration politique (114 députés au seul Parti démocratique gabonais, au pouvoir) des 120 députés siégeant actuellement dans la seconde chambre du parlement gabonais, on comprend que procéder à leur renouvellement ne soit pas une priorité budgétaire pour le régime. Surtout devant la crise politique née de la réélection d’Ali Bongo, il est plus que judicieux pour le gouvernement de calmer le jeu, en appelant d’abord les acteurs politiques à une table au lieu de convoquer des électeurs mécontents que leur vote n’ait une nouvelle fois pas servi à faire bouger les lignes politiques d’un pays dirigé de main de fer depuis un demi-siècle par la seule famille Bongo et le parti présidentiel qui s’éternise au pouvoir depuis 1968 avec l’onction inavouée de la France.

Le sport plutôt que de nouveaux députés

Donc oui, le Gabon n’a pas besoin de renouveler ses députés. Ceux en place font déjà bien le job ! Si renouvellement y a, ce ne sera pas avant juillet 2017. Le temps pour le régime d’Ali Bongo de gagner une légitimité hypothétique, celle qu’il n’a pas réussi à obtenir malgré les 47,85% puis les 50,66% soigneusement réajustés par Marie Madeleine Mborantsuo, présidente de la Cour constitutionnelle gabonaise et précieuse belle-mère du président controversé.

Le cas de force majeure a d’abord été relevé d’abord par le gouvernement puis confirmé par la Cour constitutionnelle. Les électeurs gabonais qui souhaitaient renouveler à l’heure leurs députés devront donc attendre au moins que la grande messe du football continental soit derrière eux et surtout que les acteurs de l’opposition conviennent avec le régime de la façon avec laquelle ils comptent bien se repartir politiquement le pays. Toujours au grand dam du peuple qui sera comme depuis bientôt 50 ans, convoqué pour confirmer l’hégémonie du parti au pouvoir qui dirige sans discontinuité sa vie depuis plusieurs décennies.


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