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Crise post-électorale

Le dialogue national pour l’alternance au Gabon organisé par Jean Ping : quid de son utilité ?


Politique
  • Jean Ping intervenant dans un atelier lors de l’ouverture des assises du DNA © 2016 D.R./Info241
Publié le 22 décembre 2016 à 12h07min

Le ’’Président élu de la République Gabonaise’’, Jean Ping qui revendique toujours sa victoire aux dernières élections présidentielles a décidé d’organiser un dialogue national pour l’alternance (DNA) au Gabon. Il est de coutume que les pays qui sortent d’une période trouble de leur histoire organisent ‘’le dialogue’’ pour un retour à la normale. Le jeune gabonais Whylton Leblond Ngouedi Marocko, doctorant en droit public comparé et international à l’université de Rome 1 qui plaide pour une pleine implication de la jeunesse au DNA lancé depuis le 18 décembre à Libreville par une coalition d’hommes et des partis politiques de l’opposition gabonaise.

Le dialogue national pour l’alternance (DNA) qui a été entamé le dimanche 18 décembre, au Noé Palace à Libreville initié par Jean Ping et ses colistiers, anciens candidats à la présidentielle du 27 août dernier qui font bloc autour de son leadership a suscité plusieurs réactions diverses et variées. Plusieurs citoyens s’interrogent sur l’opportunité et l’efficacité de cette action politique sachant que la crise post-électorale n’a pas encore entérinée. Quid de ce DNA, c’est l’objet de l’analyse faite par le jeune juriste gabonais Whylton Leblond Ngouedi Marocko dont nous vous livrons le point de vue in extenso.

Une vue des citoyens, 6.000 selon les organisateurs qui ont pris d’assaut les assises du DNA

Le dialogue national après une crise profonde qui a secoué une nation n’est pas un fait nouveau dans le monde. Ce fût le cas de la Colombie où le Président Santos a instauré un dialogue en 2016, pour instaurer une paix durable avec la guérilla des FARC après 52 ans de conflit et plus de 220.000 morts. Il se déroule souvent sous la houlette d’une troisième partie : le négociateur ou les médiateurs. Toutefois, selon le schéma classique, le dialogue politique est souvent une discussion qui vise la recherche d’un compromis entre deux parties adverses, des protagonistes ayant des divergences sur un précèdent.

L’exemple le plus récent pour illustrer ce cas de figure est la République Démocratique du Congo où le pouvoir et l’opposition ont entamé un dialogue sous l’égide de l’église catholique après un désaccord sur le report des élections pourtant prévues en fin 2016, selon les délais constitutionnels. Or, le cas du Gabon et du dialogue politique initié par Jean Ping sont atypiques et inédits puisque Jean Ping ne s’adresse pas à un adversaire et ne rend compte ni à un négociateur, ni à un médiateur.

Il s’adresse à un peuple, l’écoute et consulte sa coalition. De ce fait, on a plutôt l’impression d’assister à un dialogue national souverain de type unilatéral, un nouveau type de dialogue qui ne tienne en aucun cas compte de l’existence d’autres factions politiques en dehors de la Coalition de la Nouvelle République. Cela dit, qu’est ce qui peut justifier une telle attitude de la part de Jean Ping ? Quelle peut donc être la portée et l’utilité d’un tel choix politique ? Tout d’abord, ce choix qui peut paraitre hasardeux cache en réalité une grande maturité politique et témoigne d’une certaine habilité stratégique du camp Jean Ping.

En effet, le ‘’Président élu’’ veut sortir de l’inaction et apporter une réponse acceptable à tous ces gabonais qui s’impatientent de le voir prendre ses bureaux au palais du bord de mer. C’est une réponse claire à ceux-là qui chaque jour disent ‘’ Président tu fais quoi ? Oui, c’est dosé mais nous on veut déjà te voir au palais afin que tu viennes résoudre nos problèmes’’.

Ensuite, ce dialogue est d’une symbolique très forte car il s’est ouvert par un hommage aux victimes de la crise post-électorale. Le Président Jean Ping a d’ailleurs tenu à discuter avec les parents des victimes. En agissant ainsi, l’ancien Président de la Commission de l’Union Africaine se révèle être un homme politique sensible, au grand cœur avec le souci primordial des martyrs gabonais tombés pour revendiquer le choix du peuple exprimé dans les urnes. Cette posture lui permet d’ailleurs de court-circuiter le pouvoir en place qui à l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations chercherait à gagner le cœur des gabonais en distribuant des présent aux enfants et en faisant des dons.

En fait le régime dictatorial s’apprêterait appliquer une vielle formule, celle de ‘’du pain et des jeux’’ sans pourtant reconnaitre le bilan tragique de la crise post-électorale, afin d’éviter que cet événement (la coupe d’Afrique) ne soit un fiasco. Or, en ayant opté pour cette architecture du dialogue, Jean Ping a convaincu les familles des victimes que leurs proches n’ont pas eu tort de le choisir lui comme leader. Au final le dialogue apparait comme une tribune qui permet aux gabonais d’extérioriser leurs frustrations, C’est une sorte de ‘’dégel social’’, sauf que ce dégel renforce la stature d’un homme, Jean Ping et de sa coalition qui apparaissent désormais comme de véritables hommes d’Etat et se rapprochent d’avantage du peuple.

Il faut ajouter que l’initiative d’un dialogue national, qui s’ouvre par des témoignages démontrant la barbarie et la cruauté du régime vis-à-vis de son peuple après la publication du rapport de l’Union Européenne et à la veille du sommet de l’assemblée parlementaire UE/Afrique Caraïbe Pacifique (ACP) qui s’est tenu à Nairobi de lundi à mercredi ACP-Union Européenne à Nairobi au Kenya est un véritable moyen de pression contre le gouvernement usurpateur du Palais du Bord de mer car en cette période sensible, les médias et le monde entier auront les yeux rivés sur Libreville et Nairobi.

En définitive, ce dialogue qui va sans doute une fois de plus renforcer la légitimité de Jean Ping, est une véritable patate chaude pour le gouvernement usurpateur de facto du Gabon, un régime acculé de toute part, qui perd jour après jour sa crédibilité sur le plan interne et aussi à l’international. Après la débâcle essuyée après le diagnostic accablant que révèle le rapport détaillé de la Mission d’Observation de l’Union Européenne qui a épinglé la fraude grossière du régime dictatorial d’Ali Bongo et qui a jeté un discrédit reconnu dans le monde entier sur l’intégrité de l’élection contestée du vrai candidat malheureux de la présidentielle du 27 août dernier.


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