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Démocratie

Le Centre gabonais des élections face au défi de la maturité démocratique


Analyse
  • Le Centre gabonais des élections face au défi de la maturité démocratique © 2018 D.R./Info241
Publié le 17 avril 2018 à 17h52min

Le calendrier politique depuis l’élection présidentielle de 2016 semble fortement perturbé. Non seulement les reports des élections législatives s’érigent en norme constitutionnelle, mais en plus, la persistance de l’agenda politique écrit en août 2016 continue de chevaucher toutes les perspectives de sortie de crise hâtivement entreprises par le pouvoir en place.

En effet, Alors que beaucoup pronostiquaient sur l’idée que la tenue du dialogue d’Angondjé viendrait doucher les activités de la résistance et imprimer un nouvel agenda politique marqué à l’horizon par l’organisation des élections législatives. Or, deux ans après, c’est le cas de le dire, on n’est pas sorti de la crise ! Mieux : l’on s’achemine même vers un énième report des élections législatives.

Ces reports présentés comme le fait de quelques couacs techniques et administratifs pourraient masquer un blocage plus abyssal : la preuve même que la crise post-électorale est bien devant nous. Et pour cause !

Plongée dans le louvoiement intellectuel habituel, une bonne partie de la classe politique continue de se convaincre qu’il suffit d’organiser un dialogue politique et de le décréter manu militari la fin crise électorale pour que cela soit une réalité. Et, à y regarder de plus près, la tenue des élections législatives, loin de venir solder la crise née en 2016 pourrait plutôt l’aggraver.

Parmi les ingrédients justifiant cette hypothèse on peut citer l’érection du Centre Gabonais des Elections (CGE). En décidant de changer la nature de l’institution en charge de l’organisation des élections au Gabon, le Dialogue d’Angondjé ignorait peut-être les conséquences de cette nouvelle donne. L’élection du président du CGE ne viendrait-elle pas pourfendre et remettre en cause les pratiques et les habitus politiques si chers au pouvoir Bongo-PDG ? Puis que désormais, comme le stipulent les conclusions du Dialogue d’Angondjé, la désignation des membres - celle de son président en particuliers- se ferait de façon démocratique. En instaurant des élections au sein du CGE, le Dialogue d’Agondjé a manifestement injecté le contentieux permanent au sein même de la première institution chargée de promouvoir la démocratie.

Ainsi, chaque camp politique (Majorité/Opposition) est invité à désigner ses représentants, tels des grands électeurs qui eux éliront le président du CGE et ses adjoints pour un mandat de deux ans. Toutefois, si l’on peut se réjouir de cette initiative en faveur de la démocratie, dans les faits, elle contraint le pouvoir et l’opposition à adopter radicalement le paradigme de la transparence et de la crédibilité, par conséquent à la maturité politique. Mais au regard de ce que nous avons connu et vécu jusqu’ici, ce bond démocratique est-il possible ? On peut en douter.

Car, disons-le d’emblée, du point de vue fonctionnel, cela s’annonce peu tenable en l’état actuel des choses. D’abord, dans un pays qui compte une centaine d’associations politiques et dans lequel la notion d’opposition présente des ambiguïtés incommensurables, il n’est pas exagéré de penser que la formation d’un groupe à partir du critère « Opposition » au sein du CGE constituera une véritable équation à plusieurs inconnues. Entre l’opposition dite « responsable », « républicaine », « modérée » et l’opposition dite « radicale », le consensus souhaité pour chaque groupe est de fait difficile à asseoir.

Et quand l’on sait que cette configuration pourrait s’appliquer également à l’identique aux organisations de la société civile, il n’y a pas de quoi être optimiste. En l’absence d’un critère objectif de représentation politique proportionnel au nombre d’élus ou de militants, l’on est en droit d’imaginer que le pouvoir et une certaine opposition n’hésiteront pas à recourir à des acrobaties approximatives pour faire fonctionner le CGE.

Ensuite, à cet écueil s’ajoute celui de la transparence du vote. Pour le moment, même sans vouloir être pointilleux sur la procédure, il appert que les conditions d’un scrutin irréprochable ne soient pas encore remplies. Dans une telle situation, le CGE n’augure pas d’un fonctionnement démocratique et apaisé, gage, faut-il le rappeler d’une maturité politique pour le pays tout entier.

Cette paralysie électorale s’étend aussi hors du champ purement politique notamment au sein des instances sportives, gagnées elles aussi, par un mode électif parasité par la mainmise du politique, notamment de la présidence de la république.

Il faut en effet se souvenir des élections au sein du Comité Olympique National il y a quelques années, ou plus récemment les nombreux blocages et contentieux qui ont émaillé l’élection du président de la FEGAFOOT depuis l’époque de Placide Engandzas à nos jours. Actuellement, comme on peut aisément le constater, l’élection du président de la FEGAFOOT fait de nouveau l’objet de manœuvres visant à biaiser le scrutin. Voilà certainement à quoi il faudra déjà s’attendre avec l’élection du président du CGE.

Plus en profondeur, au-delà des cas du CGE ou de la FEGAFOOT, la vérité c’est que ces petites élections bancales et tolérées sont révélatrices des maux qui minent et paralysent le Gabon depuis 1945. Ces maux, pour l’essentiel, ont un seul nom : le mépris de la démocratie.

On peut donc continuer de fuir ou vouloir contourner la question du verdict des urnes de l’élection présidentielle d’août 2016, elle finira toujours par ressurgir là où on ne s’y attend pas. Ce dont il est finalement question ce n’est point la réorganisation administrative de quelques institutions mais plutôt de basculer vers une maturité démocratique porteuse d’un nouvel ethos politique antinomiques des pratiques et des mentalités de fraude et de corruption.

La démocratie est en grande partie une question de culture. Or beaucoup sont encore réfractaires à la culture démocratique qui président à toute élection. Et ce défi ne peut être relevé avec succès que si l’on commence par respecter la souveraineté du vote des citoyens. Alors, si le président de la république est la clé de voûte des institutions, il faut en conclure que l’élection présidentielle constitue le verrou sacré de toute démocratie moderne. Quelle peut être la légitimité d’une institution comme le CGE si la légitimité même de ses membres repose sur des fondements grossièrement problématiques ?

Par Évivi Nguema


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