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Linguistique

Les productions écrites et orales de la langue française au Gabon, au menu d’une thèse soutenue en France


International
  • L’impétrante posant aux cotés des membres du jury, hier à Metz © 2017 D.R./Info241
Publié le 6 décembre 2017 à 18h47min

La chercheuse gabonaise Dr Imeilda Ntsame Diramba a soutenu publiquement mardi avec brio et panache, sa thèse de doctorat en sciences du langage intitulée : « Analyse de productions écrites et orales recueillies dans des classes de CM2 de Libreville et de Metz - Étude linguistique et didactique », dirigée par le professeur Caroline Masseron, du centre de recherche sur les médiations, communications, langue, art, culture (EA 3476) affilié à l’École doctorale Fernand-Braudel (ED 411) de l’Université de Lorraine à Metz (France).

C’est dans la salle du conseil de l’UFR sciences humaines et sociales du site universitaire du Saulcy de l’Université de Lorraine que l’impétrante Dr Imeilda Ntsame Diramba a présenté les principaux axes, les résultats de sa longue enquête de terrain qui ont constitué ses années de recherche doctorale sur un sujet d’actualité de la linguistique textuelle, de la sociolinguistique, de la pragmatique et de la didactique : "la linguistique appliquée, l’enseignement et l’écriture de la langue française au sein de l’espace francophone" ; au regard de la richesse des sociolectes, de la diversité culturelle, du contact des langues en présence dans le parlé, les textes littéraires au sein de la francophonie.

Quelles ont été nos motivations dans le choix de cet objet d’étude, comment avons-nous procédé pour mener à bout ce projet, et quelles ont été les difficultés rencontrées ? « Nos motivations viennent d’un constat simple, depuis quelques années, nous avons eu plusieurs fois, l’occasion d’écouter les apprenants du français produire des énoncés. De là, une curiosité est née, à savoir comment ces enfants arrivent-ils à raconter une histoire ? Quels sont les mécanismes qu’ils mettent en avant pour éviter les erreurs, et comment apprennent-ils le langage ? » a déclaré la chercheuse gabonaise spécialiste en sciences du langage lors de sa soutenance publique.

Revenant sur son parcours, la native de Mouila, Dr Ntsame Diramba a relevé lors de sa prestation que : « C’est en essayant de satisfaire à notre curiosité grandissante, que nous avons élaboré un mémoire de maîtrise en psycholinguistique intitulé étude de la structure grammaticale de la phrase en français chez les élèves de CM2 d’Owendo. Puis, pour la rédaction de notre master 2 recherche, toujours en psycholinguistique nous avons élargies notre recherche en introduisant les données orales. Lorsque nous avons entrepris les travaux de doctorat, nous avons encore étendu nos recherches en introduisant de nouveaux domaines d’analyse, autre que la psycholinguistique à savoir la linguistique et la didactique ».

A la question de savoir quelle méthode de recherche nous avons utilisé, a-t-elle souligné « pour mener à bout ce projet de thèse, nous répondons que, nous sommes partis sur la base d’un recueil très restreint de 24 productions orales et écrites des élèves de CM2. Ces élèves sont scolarisés à Libreville et à Metz. Nous avons donc recueillis les productions des élèves d’abord à l’oral et ensuite à l’écrit. Notre travail est composé d’un volume d’annexe qui comprend des données empiriques et un manuscrit qui comprend les trois parties qui sont exigées pour l’élaboration d’un travail scientifique ».

Lors de la réalisation de cette recherche doctorale, a précisé la linguiste consacrée docteur de l’Université de Lorraine, «  Mesdames et messieurs les membres du jury, notre recherche comporte dans son manuscrit trois parties. Dans la première partie, nous avons circonscrit théoriquement notre objet. Pour l’élaboration de cette partie, nous avons réunis plusieurs disciplines citées plus haut qui nous ont servies de canevas d’analyse dans la seconde partie. En effet, les travaux de Labov (1993) nous ont aidés à analyser les productions orales sur le plan de structuration supérieur. La socio-pragmatique des travaux de Brès (2001) nous ont permis de compléter les travaux de Labov en complétant la définition labovienne du récit. Brès montre en effet que le récit n’est pas seulement une succession d’actions ordonnées temporellement, mais qu’il peut aussi avoir des actions dans un même récit qui surviennent au même moment ou qui régressent. Les travaux de Vincent et Perrin (2011), nous ont permis de voir les différents degrés de racontabilité et ce qui est mémorable dans un récit ».

Pour ce qui est de la linguistique textuelle, a-t-elle relevé « les travaux d’Adam et Charolles nous ont aidés à analyser les récits sous leurs différentes structurations. En effet, nous avons à l’aide des travaux d’Adam analysé les récits écrits au niveau supérieur c’est-à-dire au niveau de la séquence. Les travaux de Charolles quant à eux, nous ont permis d’analyser les récits sur au niveau intermédiaire et inférieur. Enfin les travaux de Fayol, nous ont aidé à classer par seuil de compétence les différents récits. Dans le deuxième point de notre cadrage théorique, nous avons mis un accent particulier sur la méthode de segmentation des données recueillies. Nous sommes partis d’un découpage qui commence au niveau supérieur c’est-à-dire la séquence narrative, puis un découpage au niveau intermédiaire, c’est-à-dire la période et le découpage sur le plan de structuration inférieur c’est-à-dire en clause ou en construction verbale ».
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Nous avons choisi la clause ou la rection verbale, comme unité de segmentation minimale, a expliqué Dr Ntsame Diramba « car la notion de phrase a montré ses limites dans les productions scolaires. Dans le troisième point de notre première partie, nous avons fait l’état des lieux sur les recherches en didactique au Gabon. Nous avons vu que depuis les années de l’indépendance, plusieurs réformes ont été entreprises en ce qui concerne les politiques éducatives gabonaises. Ces réformes avaient pour but d’améliorer les conditions d’apprentissages au Gabon, de rehausser le niveau scolaire, et de donner une chance de scolarisation à tous les enfants vivants au Gabon âgés de trois à seize ans. Nous avons remarqué une forte carence des travaux abordant sur la didactique du français au Gabon, nous n’avons malheureusement recensé que quatre ».

« Nous avons eu besoin d’assembler plusieurs théories hétérogènes pour analyser notre objet d’étude. Ainsi, nous avons dû solliciter, les travaux en sociolinguistique (Labov), la sociopragamtique (Bres), la linguistique textuelle (Adam, et Charolles), la pragmatique (Vincent et Perrin) et enfin la psycholinguistique de Fayol. Ainsi, nous allons entrer dans le vif du sujet. Nous allons tout d’abord vous faire une présentation du contenu de la thèse, ensuite, nous allons faire une analyse du contenu des productions orale et écrite de l’élève L18, et enfin nous conclurons cet exposé en soumettant de nouvelles perspectives de recherche liées à la didactique au sein de l’espace francophone » a-t-elle conclu.

Rappelons que le jury de thèse présidé par le professeur Anne Leclaire-Halté de l’Université de Lorraine était composé du professeur Caroline Masseron (Directrice de thèse), du professeur Auguste Moussirou-Mouyama (Examinateur) de l’Université de Libreville, de Jacques David de l’Université de Cergy-Pontoise (Examinateur), du professeur Claire Doquet (Rapporteure) de l’Université de La Sorbonne Nouvelle (Paris 3) et du professeur Marie-Laure Elalouf (Rapporteure) de l’Université de Cergy-Pontoise. Chose espérer que les autorités politiques gabonaises s’approprient cette recherche scientifique afin de faire un diagnostic essentiel sur le renouvellement des programmes pédagogiques de l’enseignement de la langue française à tous les niveaux d’apprentissage.


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