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Sécurité alimentaire

La dangerosité de la consommation de « nikes », révélée par une étude gabonaise


Santé
  • Une vue de nikes, prisés par les Librevilllois © 2017 D.R./Info241
Publié le 29 mai 2017 à 05h45min

Nous sommes nombreux à consommer régulièrement ces ailes de poulet braisées communément appelées « nikes ». Jean Placide Ebang Oke et Brice Mvou Lekogo, deux enseignants-chercheurs gabonais ont récemment révélé les résultats de leur enquête sanitaire sur ces « fast-food » qui écument les rues de la capitale gabonaise. Selon les chercheurs, la consommation de « nikes » provoquerait d’énormes ennuis de santé du fait du manque d’hygiène et de rigueur entourant cette activité commerciale échappant à toute fiscalité.

Les deux experts à l’origine de l’enquête

Au terme de 6 mois d’enquête, Jean Placide Ebang Oke et Brice Mvou Lekogo sont particulièrement alarmistes. Ils avaient entrepris d’enquêter sur ces aliments à base de viande, poisson et autres eaux de boisson qui écument les trottoirs de Libreville. Et le résultat des scientifiques est celui que l’on soupçonnait déjà.

Des conséquences sanitaires évidentes

Pour ce qui est précisément des très consommées ailes de poulets, communément appelées "nikes" par les amateurs, les experts en santé alimentaire sont formels : leur consommation « peut provoquer des gastro-entérites, des diarrhées sanglantes, des méningites encéphalites ». Pire, la consommation de ces produits, par les femmes, « peut entraîner la naissance d’enfant souffrant de malformation (toxoplamose), peut causer des avortements, des naissances prématurées et des morts-nés (listériose) », ont indiqué les chercheurs.

Jean Placide Ebang Oke et Brice Mvou Lekogo avaient conduit leurs enquêtes auprès de 39 commerçants de rue de Libreville, Gabonais à 97%. Le rapport note que 100% de ces commerçants réutilisent les invendus de volaille de la veille. Aussi, aucun d’entre eux ne porte-t-il de gants, de protection respiratoires, et ne dispose de matériel de désinfection.

Des règles d’hygiène élémentaires non-respectées

Pour ne rien arranger à la situation, aucun de ces vendeurs de "nikes" ne porte de vêtements appropriés durant leur service. 13% d’entre eux se t’offre même le luxe d’arborer des bagues et des bracelets durant la manipulation d’aliments. L’hygiène des locaux n’est pas en reste : les seaux en plastique, les glacières et les cuvettes sont les récipients de conservation d’aliments dominants. Les tables de découpe sont faites en bois (100%) et pas en matériaux recommandés (inox, par exemple).

Une vue du matériel (bois et plastiques) utilisé par les "nikeurs"

Les chercheurs déplorent également le fait que ces commerces soient situés trop près de la voie publique (3 mètres en moyenne). Pis, un commerce sur dix est situé à proximité d’un point de ramassage de poubelles. Que dire des Bonnes pratiques d’hygiène (BPH) dont aucun d’entre eux n’a jamais entendu parler ? Pour finir, aucun de ces 39 commerçants inspectés ne dispose d’une fiche sanitaire ou d’un carnet de vaccination.

Une nécessité d’encadrement des autorités urgente !

Jean Placide Ebang et Brice Mvou Lekogo promettent d’autres enquêtes dans le même sens, dans les jours à venir. Mais déjà, l’on peut dire que celle-ci suffit à éclairer les consommateurs de "nike" sur les dangers qui les guettent. Mieux, cette enquête se révèle comme une invite aux commerçants à se conformer aux bonnes pratiques d’hygiène pour leur activité.

L’étude devrait, enfin, amener les pouvoirs publics, en charge de la protection des consommateurs, à accompagner ces commerçants au respect de la sécurité alimentaire. Et, pourquoi pas, à la régularisation de ce secteur, aujourd’hui "en dehors de toute fiscalité". Il faut souligner, pour finir, que la prévention de ces "toxi-infections alimentaires" va dans le sens de la médecine préventive prônée par les pouvoirs publics, en lieu et place du curatif, jugée chère ?


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