Polémique

Diaspora et PIB du Gabon : un citoyen de la diaspora démontre la méprise des chiffres !

Diaspora et PIB du Gabon : un citoyen de la diaspora démontre la méprise des chiffres !
Diaspora et PIB du Gabon : un citoyen de la diaspora démontre la méprise des chiffres ! © 2020 D.R./Info241

La contribution de la diaspora au PIB du Gabon est devenue le marronnier d’une certaine presse en ligne gabonaise. La diaspora gabonaise est-elle insensible à la famille restée au pays ? Pourquoi cette faible contribution au PIB ? Yvan-Cedric Nze, un Gabonais de la diaspora, nous explique chiffres à l’appui que l’analyse des rapports évoquée par certains de nos confrères en ligne est partisane et malsaine. Analyse.

Comme c’est devenu le cas chaque année, un média gabonais en ligne publie un article sur la supposée inexistence de la participation de la diaspora gabonaise dans le PIB du pays. Après Gabonmediatime en 2018 et 2019, cette année le tour revient à Gabonreview (voir références à la fin de l’article). Cette information permet de présenter en filigrane la diaspora gabonaise comme une des plus paresseuses du continent.

Une copie d’écran de l’article mis en cause

Une diaspora uniquement présente sur le front de la contestation politique mais totalement absente sur le front social. Une diaspora en attente de prébendes venant du pays à coup de chantages politiques. Mon premier sentiment a été de me rappeler les paroles de l’Ecclésiaste « Vanitas vanitatum, et omnia vanitas  ». Si cela prête à rire dans certaines situations, cela est quelque peu insultant pour ceux et celles qui s’échinent au quotidien parfois dans des labeurs qui ne sont pas des sinécures. Non par orgueil mais pour l’honneur de ceux et celles qui se battent au quotidien et qui n’ont ni le temps ni la force de répondre à ces pamphlets, je me permets de vous répondre sur le fond et la forme.

Albert Einstein disait « Si vous jugez un poisson à sa capacité à grimper à un arbre, il pensera toute sa vie qu’il est stupide », l’idée est donc de juger sur les mêmes capacités.

Des préalables sont nécessaires pour comparer des éléments. Il faut alors toujours comparer ce qui est comparable. Le fameux rapport de la Banque africaine de développement (BAD) compare les participations des diasporas par rapport au PIB de leur pays respectif. A ce jeu, le Gabon finit dernier. Mais les chiffres ne valent rien sans interprétation, donc il faut les interpréter en toute objectivité.

J’ai choisi d’observer 2 autres pays plutôt bien classés dans le rapport de la BAD et qui ont la particularité d’avoir un nombre d’habitants proche de celui du Gabon.


Chiffres utilisés par le rapport de la BAD

D’après le tableau, lorsqu’on compare le volume global des envois venant de l’étranger des trois pays, le Gabon se classe premier. Si on rapporte ce volume financier à la taille de la diaspora, le Gabon se classe encore premier (envoi par habitant). Si par contre si on rapporte le volume de flux financiers au PIB, le Gabon est bon dernier. Ceux qui sont mal à l’aise avec les chiffres me diront : mais comment est-ce possible ? Une explication de niveau CM1, permet de comprendre qu’un pourcentage est une fraction et s’agissant des fractions plus le dénominateur est grand plus le rapport est petit.

Rapport : contribution diaspora/ PIB

Pour revenir à la contribution par rapport au PIB, le Gabon est un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Un pays avec un PIB relativement important (PIB : richesse produite par le pays). Les envois d’argent des Gabonais bien que plus importants que ceux des Gambiens et des Bissau-guinéens rapportés aux PIB sont dérisoires à cause des immenses recettes du Gabon. Ces dernières, curieusement ne permettent pas aux Gabonais d’avoir des infrastructures de niveau équivalent aux autres pays à revenu intermédiaire comme la Tunisie, le Maroc, la Guinée Equatoriale, l’Ile Maurice, le Botswana, la Namibie, etc.

La diaspora Gabonaise est présente sur tous les fronts malgré l’absence de l’Etat

Maintenant que nous avons balayé les chiffres, parlons du fond. En me limitant uniquement à la diaspora gabonaise de France, les exemples d’actions cités plus bas, montreront que qu’on ne peut pas non plus limiter, l’apport d’une diaspora à la contribution financière.

Dans la diaspora gabonaise comme dans toutes les autres diasporas africaines, il y a de nombreuses associations qui œuvrent dans le social. Je ne vais pas toutes les citer mais il me vient directement à l’esprit l’association des Femmes d’honneur qui apporte des médicaments et une assistance aux personnes au Gabon chaque année.

Je pense aussi à l’association Mognu de Dja-Tsigue Nzigou qui fait de son mieux pour venir en aide aux personnes âgées de l’hôpital de Melen (je sais qu’elle m’en voudra de la citer, elle qui pense que « quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta droite, en sorte que ton aumône demeure secrète… »).

Sur le plan scientifique je pense à l’association Gabiomed du Dr Franck Ditengou, enseignant qui s’est fixée l’immense défi de venir en appui aux chercheurs Gabonais. La diaspora gabonaise compte des enseignants-chercheurs chevronnés. Il me vient à l’esprit le Pr Bruno Ella Nguema ou le Dr Jacques Okoue Edou.

Il faut se rappeler que c’est cette diaspora qui a collecté 8000€ (plus de 5 millions FCFA) en 2 jours pour s’occuper de la jeune Evelyne que la CNAMGS avait abandonné en France. C’est cette même diaspora qui continue de mettre la pression pour que le jeune ABAGA NGOUA Rinaldi ne soit pas oublié (Merci MBA MEYONG NDONG MBA, S. ZENG, Pat Estuaire, Y. MOUTSINGA, PH MBONE NZE, BOUNDA Sosthène, BOB, Johan ZUE Malcom du mapane…).

Sur le plan culturel, la diaspora gabonaise, avec des artistes comme Lord EKOMY NDONG, Maat Seigneur lion ou François NGWA ou la jeune Vicky, ou encore la très célèbre Tita NZEBI,… est très présente. J’ai une pensée pour l’association ATGF de mon jeune frère Ermin EKIA. Je ne citerai pas tous les ouvrages qui sont produits chaque année par cette diaspora.

Je rappelle que l’on désigne par diaspora les personnes issues du même pays vivant hors de leur pays sans distinction d’opinion politique (oui les soutiens du pouvoir et les apolitiques font partie de la diaspora).

Sur le plan politique, depuis le 31 août 2016, cette diaspora Gabonaise malgré quelques couacs force l’admiration de nombreuses personnes, d’ailleurs le journal libération la qualifiait dans un article de « très organisée ».

Pour finir je veux tout de même relativiser, il y a encore des énormes manquements, il faut plus de structurations, plus de canaux vers le Gabon mais cette diaspora est très loin d’être la plus statique. Les diasporas Ouest-africaines en général ont des impacts plus importants car leurs Etats sont à leurs côtés : par exemple la banque de l’habitat sénégalaise a une agence à Paris, pareille pour l’équivalente malienne. Plutôt que de s’acharner sur la diaspora aidons-la en mettant des structures qui permettront de faciliter les investissements vers le Gabon, que notre Etat regarde ce que font les Etats maliens et sénégalais.

Sources :

Yvan-Cedric Nze, ingénieur en sûreté nucléaire (diplômé des universités de Bordeaux et de Masuku).


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