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Dialogue sans tabou

L’aphonie septennale d’Ali Bongo et son soudain besoin de dialogue national


Analyse
  • L’aphonie septennale d’Ali Bongo et son soudain besoin de dialogue national © 2016 D.R./Info241
Publié le 18 novembre 2016 à 15h00min

Ali Bongo a gouverné bon gré malgré le Gabon durant les sept dernières années. Sept années durant lesquelles l’ancien ministre de la Défense et fils d’Omar Bongo, a toujours refusé le moindre soupçon de dialogue ou de concertation à une classe politique gabonaise affolée qui voyait d’un mauvais œil son accession soudaine à la tête du pays. Au terme là encore, d’une présidentielle contestée.

Ali Bongo et son mépris septennal pour la concertation politique

Aujourd’hui, après une énième présidentielle vivement contestée et contestable avec à la clé la mort de citoyens gabonais, Ali Bongo n’a pas faibli dans son ambition de demeurer à tout prix le maître du pays. Auréolé cette fois de la majorité absolue (50,66% contre 41,73% en 2009), le voilà tout de même en quête de dialogue avec la même classe politique qu’il feint depuis 7 ans, d’ignorer les revendications.

Après un septennat entier à refuser tout dialogue à son opposition et à la société civile qui appelaient à des nécessaires reformes pour asseoir la démocratie dans notre république balbutiante, confiée depuis les indépendances à une unique famille politique. Si ce n’est à la seule famille Bongo, le Gabon est désormais en quête de dialogue pour ligaturer les plaies béantes d’un régime à bout de souffle et sans la moindre légitimité électorale.

L’aphonie septennale qui semblait caractériser le président Ali Bongo semble soudainement guérie après une présidentielle gabonaise dont la légitimité attribuée sans coup férir par la Cour constitutionnelle de sa tendre belle-mère, continue de faire prospérer une crise post-électorale qui elle, freine tout de moyen de relance d’un Gabon meurtri par la 10e victoire consécutive du parti au pouvoir à une échéance capitale de type présidentiel.

Le CND, cette autre coquille cosmétique

A maintes reprises et malgré avoir mis sur pied le sacro-saint Conseil national de la démocratie (CND), Ali Bongo est demeuré sourd à la relance de la démocratie et à la confiance nécessaire du peuple aux institutions dites républicaines mais fortement inféodées à ses bonnes grâces. Aujourd’hui le Gabon est plus que jamais dans l’impasse politique et sociale après l’indigeste victoire d’un pouvoir hégémonique qui chasse à grands coups de distorsions constitutionnelles toute chance d’alternance, de renouveau politique d’une classe politique demi-centenaire.

Depuis la mise en place du CND, confié à l’opposant modéré, il y a eu deux sessions plénières qui bien que boycottées par l’opposition radicale, avaient accouchées de plusieurs recommandations qui sont depuis restées lettres mortes sur l’autel du désormais homme du dialogue qu’est aujourd’hui devenu Ali Bongo. Contesté de toute part, dans les urnes et par les acteurs sociaux, le second mandat du fils prodige de la françafrique a plus que du plomb dans l’aile. En effet, contesté sans relâche depuis 11 semaines par la diaspora gabonaise qui crie à l’indigestion capitale son nouveau passage en force anti-démocratique, Ali Bongo n’a plus que la présidence de la grande loge du Gabon pour se consoler.

Des solutions pourtant connues de tous

Le dialogue politique auquel le seul tabou sera de destituer un Ali non-élu, est mis sur la table des adeptes de la facilité politique, de la république du fait accompli et des affamées d’une paix politique qui ne profite qu’à ses participants, qui s’en mettent à chaque fois plein les poches. Pourtant l’appel à un retour à un scrutin à deux tours, au mandat présidentiel quinquennal mais aussi à une limitation des mandats présidentiels à deux non renouvelables avaient déjà été formulées par les conclusions des précédentes plénières hautement rétribuées de la coquille décorative qu’est le CND.

Des propositions qui étaient depuis la nuit des temps sur les starting block d’Ali Bongo. Lequel a toujours traité avec un mépris cosmétique pour éviter de faire connaitre au pays, l’once de démocratie et d’égalité de chances qui sont pourtant devenus à tort des slogans creux de propagande condamné à vivre au rayon médiatique. Une situation trouble qu’on se serait bien passé de vivre tant la crise politique actuelle est sans pareille et a causé une nouvelle fois de de nombreuses pertes en vies humaines de gabonais qui aspiraient à un meilleur Gabon.

Quand la guérison soudaine s’empare de l’aphonie résiduelle d’Ali Bongo

On est là devant un président une nouvelle fois mal élu, qui veut conserver son pouvoir en vendant au plus crédules des reformes auxquelles lui-même n’aurait jamais voulu voir l’aboutissement. Le Gabon est ainsi gouverné par un régime sans légitimité démocratique qui n’a aucun respect pour les normes et valeurs républicaines qui fondent pourtant l’exercice du pouvoir. Nous voilà une nouvelle fois, devant un énième gâchis de temps et d’énergie pour des résolutions qui étaient déjà sur la table d’un gouvernant qui a recouvré une soudaine lucidité circonstancielle.

Celle de ne pas voir lui échapper un pouvoir qu’il a hérité de son père avec le soutien inexorable de la françafrique qui désormais joue la carte de une non-ingérence masquée mais qui appelle tout de même à l’apaisement pour que son poulain puisse à nouveau gouverner un Etat qui n’a de démocratique que l’embellissement outrageux qui caractérise la nature des nouvelles relations de la France avec ses anciennes colonies. Anciennes colonies qui sont toujours meurtries par le manque de démocratie et d’esprit patriotique de ses dirigeants, toujours enclins à voir en l’ancienne puissance coloniale, le parfait rempart à toute contestation souveraine d’un peuple désabusé par l’insouciance complice de la communauté internationale.


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