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Crise post-électorale

L’affligeant silence de la France d’Emmanuel Macron sur le hold-up électoral d’Ali Bongo au Gabon


Analyse
  • L’affligeant silence de la France d’Emmanuel Macron sur le hold-up électoral d’Ali Bongo au Gabon © 2017 D.R./Info241
Publié le 19 octobre 2017 à 11h26min

Emmanuel Macron avait promis un « jugement circonstancié » sur le Gabon et sa crise post-électorale alors en campagne pour la présidentielle française. Cinq mois après son arrivée à l’Elysée, le président français reste muet telle une carpe. Le président de la République française et sa diplomatie continuent de minorer l’oppression que subit le peuple gabonais de la part de la famille Bongo et leurs obligés. Une posture inquiétante qui laisse plus que jamais penser à une connivence tacite avec les dictatures africaines que la France elle-même, reconnaissons-le, a installé et semble contribuer à leur pérennisation.

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La France condamne les Gabonais au diktat de la famille Bongo

Les Gabonais manifestent depuis près de 60 semaines et autant de jours en France pour appeler au respect des résultats des urnes issus de la présidentielle gabonaise du 27 août 2016 à laquelle plus de 60% du suffrage universel ont été accordés à Jean Ping, candidat unique de l’opposition.. Présidentielle tropicale où grâce au soutien indéfectible de sa belle-mère, Marie Madeleine Mborantsouo, Ali Bongo s’est de nouveau fait déclarer vainqueur malgré les réserves émises par les observateurs de l’Union européenne, de l’Union africaine, de la Francophonie, des Nations Unies, sur la sincérité des résultats annoncés par des institutions viscéralement inféodées à la famille Bongo qui règne sur le pays depuis un demi-siècle sur ce peuple d’Afrique centrale.

Depuis cette date, la France des droits de l’homme, de la démocratie et des libertés a perdu sa langue. Elle semble aveugle et aphone aux cris et aux maux du peuple Gabonais pris en étau dans la confiscation institutionnelle du pouvoir par la famille Bongo et ses affidés. D’abord avec François Hollande qui s’était fait très discret sur ce dossier brûlant et aujourd’hui par son successeur Emmanuel Macron. Le jeune président français de 39 ans avait pourtant promis sur le cas gabonais, un "jugement circonstancié" le 28 juin, interrogé par nos confrères de RFI. Depuis, silence radio ! A contrario, le peuple gabonais a eu droit à une poignée de main entre Macron et le dictateur gabonais Ali Bongo qui terrorise les citoyens et les opposants, nommé président la République gabonaise par le président français à l’occasion d’un sommet informel portant sur le climat.

Le climat avant la souveraineté des peuples

Au contraire, le jeune président français féru de la démocratie s’est même offert une poignée de main chaleureuse avec le dictateur gabonais lors de la dernière conférence des Nations-Unies. Une autre façon de dire aux gabonais que le respect de leur souveraineté électorale peut bien attendre. Mieux, elle ne surclasse aucunement les questions du climat cherres aux nations occidentales alors que les peuples d’Afrique subissent des dictatures mortelles qui freinent tout espoir de développement durable et partagé. Ainsi, la nécessité de sauver les animaux, les végétaux, la faune et la flore est bien plus grande qu’un hold-up électoral mortel qui tue les citoyens, comme il y en a à la pelle en Afrique francophone.

Un silence qui conforte le régime de Libreville dans sa répression de la moindre contestation ou de manifestations citoyennes. Tout ceci dure déjà près de 13 mois. 13 mois durant lesquels les parlementaires de l’Union européenne ont clairement indexés la France dans cet adoubement tacite de la dictature de la famille Bongo au Gabon. Un silence insupportable pour les familles de centaines de gabonais tués lâchement à l’arme lourde par le régime d’Ali Bongo dans la nuit du 31 août 2016 et les jours qui ont suivi. Pendant ce temps Ali Bongo est devenu le curieux écologiste africain d’Emmanuel Macron avec qui le pacte mondial de l’environnement va se dessiner lors de la Cop23 de Bonn en Allemagne.

Et le vote démocratique du peuple gabonais ? Et le respect des droits de l’homme et des citoyens ? Et la justice pour les citoyens martyrisés lors des massacres du 31 août 2016 ? Et la fin de la corruption et des détournements massifs des deniers publics au détriment du développement du Gabon ? Chut, nous dis la France sous l’ère Macron, ça peut entendre, le sang du peuple gabonais peut et doit encore couler, les nombreuses familles gabonaises doivent être davantage plus endeuillées. L’essentiel est que les intérêts économiques des entreprises du CAC40 français, Total, Bolloré, Eramet, Veolia, Rougier, Air France, Géant Casino Mbolo...soient minutieusement préservés avec la famille Bongo au pouvoir depuis 1968 au Gabon !

Silence ! Ici prospère la Françafrique !

Une inaction qui fait dire à beaucoup que la France aurait conclu un pacte avec plusieurs familles de dictateurs africains qu’elle a installé au pouvoir au lendemain des indépendances octroyées à ses anciennes colonies. Le pacte entre la famille Bongo et la France semble supplanter le droit du peuple gabonais à s’autodéterminer, au nom des intérêts économiques incestueux qui lient les grandes dictatures africaines à la Françafrique. La souveraineté gabonaise et le vote démocratique sont mis au placard.

Emmanuel Macron semble marcher sur les traces de tous ses prédécesseurs de droite comme de gauche en tête de toutes les présidences françaises de la Ve République en cherchant le moins du monde à offusquer cette nébuleuse françafrique, puissant terreau économique de la France dans ses anciennes colonies africaines. Au nom de la françafrique donc, le nouveau locataire de l’Elysée veut garder intactes ses relations avec les dictatures africaines francophones qui font les beaux jours de nombreuses multinationales françaises telles que Bolloré dernièrement qui a obtenu la gestion du port de son concurrent aux larges des côtes de Libreville.

Ainsi va la France et les espoirs de renouveau de la politique étrangère française au sein de l’espace francophone pourtant promise par Emmanuel Macron. Un président qui se targue pourtant de faire ce qu’il dit et ce qu’il a promis lors de la campagne présidentielle. Si cela semble se vérifier pour sa politique interne, sur le Gabon, l’exception semble être la règle au nom des lourds intérêts économiques et secrets qui lient la France à la famille Bongo. Au grand dam de la démocratie en Afrique francophone, des valeurs qu’incarne officiellement une France plus que jamais françafricaine. Cela, peu importe le locataire qui occupe le fauteuil présidentiel français.


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