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Crise post-électorale

Irruption à l’ambassade du Gabon en France, tout un symbole !


Analyse
  • Irruption à l’ambassade du Gabon en France, tout un symbole ! © 2018 D.R./Info241
Publié le 2 juin 2018 à 15h05min

Ce 1er juin 2018 pourrait bien rentrer dans les annales d’histoire du Gabon. En effet, par le biais d’un coup d’éclat magistral, la diaspora communément appelée "La Résistance", s’est illustrée, une fois de plus, en s’introduisant au sein de l’ambassade du Gabon à Paris, décrochant, piétinant et « destituant » la photo officielle d’Ali Bongo, photo remplacée par celle du président Jean Ping.

La plupart des articles et des commentaires se sont contentés d’y voir un acte d’intrusion, de provocation, de défiance ou de vandalisme. Il nous a paru plus opportun et plus pertinent de proposer une lecture herméneutique de cette action politique, car tout porte à croire nous sommes bien face à un acte inédit de la vie politique gabonaise.

Une histoire symbolique ancienne

Le 13 avril 1967, le gotha politique gabonais et la Cellule Afrique de l’Elysée au complet sont réunis dans les locaux de l’ambassade du Gabon à Paris, Rue Greuze à l’époque : le président Léon Mba, sorti de l’hôpital pour la circonstance et son vice-président prêtent serment devant le président de l’Assemblée Nationale gabonaise.

Fait inédit à l’époque qu’un président de la république et son vice-président prêtent serment dans une ambassade hors du territoire national. Si ce fait choqua certains à l’époque, il inaugurait une certaine centralité de l’ambassade du Gabon à l’époque. Dans ce sens, il n’est pas inintéressant de rappeler que pendant plusieurs années le poste d’ambassadeur du Gabon en France fut couplé à un poste de ministre du gouvernement, notamment occupé par Georges Rawiri.

C’est donc dire à quel point l’ambassade du Gabon à Paris constitue un lieu symbolique du pouvoir

Animés d’une volonté de marquer le coup, les Résistants ont marché et piétiné, allant jusqu’à mettre la photo d’Ali Bongo dans les toilettes au cœur même de ce lieu du pouvoir, désacralisant de fait un peu plus le pouvoir d’Ali Bongo. Et ce n’est pas tout. Ce 1er juin, en destituant Ali Bongo de la tête de l’Etat gabonais, la diaspora résistante de France s’inscrivait pleinement dans un double registre symbolique.

D’abord, parce qu’il est communément admis que la France place à la tête du Gabon les présidents de son choix au détriment du choix du peuple. De ce fait, commettre cet acte en France même mérite une plus grande attention des exégètes de la vie politique gabonaise. On peut s’en douter, d’une certaine façon, l’action de la diaspora résistante visait aussi à reconquérir la souveraineté du Gabon - fut-il symbolique -, à l’égard de l’ancienne puissance coloniale dont l’ingérence est régulièrement dénoncée. Après avoir déroulé le tapis rouge à Jean Ping lors du mémorable meeting sur le parvis des droits de l’homme du Trocadéro en 2016, la diaspora vient une fois encore de réaffirmer son attachement au vote des gabonais et sa volonté d’installer le vainqueur de la présidentielle au pouvoir.

C’est précisément le sens du deuxième registre symbolique traduit dans l’action de la diaspora. En investissant Jean Ping président de la République ce 1er juin 2018 au sein même de l’ambassade du Gabon à Paris, la diaspora résistante explore inconsciemment les origines frauduleuses du pouvoir Bongo-PDG. En quelque sorte, l’action de destitution de la diaspora résistante tente de corriger le péché originel du pouvoir en place. D’où sa volonté d’extirper le mal à la racine, c’est-à-dire en coupant symboliquement le cordon ombilical du régime Bongo établi lors de la parodique prestation de serment orchestrée par la France en 1967.

Cette action n’a pas qu’une portée symbolique. Elle est une action politique et devrait être analysée comme telle.

Les prolongations d’une crise

C’est une évidence, le pouvoir en place ne n’hésitera pas à condamner et à recourir à la violence, y compris celle des voyous des Mapane pour répondre pour répondre à l’action de la Résistance.

Mais au-delà des condamnations et de l’usage de la violence dite légitime contre les auteurs de ce qu’il considère simplement comme du vandalisme et de l’intrusion, cette énième action de la diaspora résistante, après celle de l’hôtel Pozzo di Borgo, ne dit-elle pas autre chose ? La question n’est-elle donc pas de savoir, de quoi cette destitution symbolique d’Ali Bongo est-elle le nom ?

Il faut de prime abord l’inscrire dans une stratégie politique de défiance adoptée par cette diaspora depuis des années déjà. Une stratégie qui s’est accélérée et radicalisée depuis l’élection présidentielle d’août 2016 sans que personne ne veuille en comprendre les logiques qui la sous-tendent.

La diaspora résistante de Paris, comme celle des USA ou du Canada tente de rompre d’avec le fatalisme ambiant martelé et résumé par l’expression « On va encore comment ». A quoi cette diaspora résistante répond par un slogan radicalement opposé et devenu célèbre : « On pousse, on serre et on ne lâche rien » et d’ailleurs, souvent accompagné du leitmotiv « on ira jusqu’au bout », popularisé par Jean Ping lui-même.

Cette témérité ou cette forme renouvelée de l’action politique au Gabon ne rappelle-t-elle pas Germain Mba et le MNRG qui un temps avaient opté pour le recours à la violence en empruntant les maquis algérien et Brazzavillois ? A tous les coups, cette action démontre, s’il en était encore besoin, que l’élection présidentielle et la crise politique ne sont pas derrière nous comme le prétendent et le clament les partisans d’Ali Bongo.

Au moment où le pouvoir en place tente d’imposer son agenda des élections législatives, cette diaspora par ses multiples actions, montre non seulement qu’elle n’abdique pas mais surtout que le dialogue politique d’Angondjé reste un échec patent.

Au lieu donc d continuer à esquiver la crise qui couve toujours, les actions subversives de la diaspora invitent à l’humilité et à reconnaître qu’aucune sortie de crise crédible ne peut se passer de Jean Ping. Tout entêtement contraire n’ouvrirait-il pas la voix à une radicalisation de cette jeunesses avec des conséquences incalculables ?

En voulant de façon permanente et cavalière ignorer le nœud gordien de la crise politique, à savoir la souveraineté du peuple, la diaspora continue d’exprimer de façon foncière que pour cette génération, la prééminence de l’action sur les longs et pompeux discours et les conférences de presse soporifiques des leaders politiques de l’opposition. C’est peut-être là l’intérêt de lire autrement les actions de la diaspora résistante. Car cette nouvelle approche finira par s’imprimer sur le territoire national si le pouvoir et l’opposition complaisante continuent à se murer derrière des louvoiements habituels qui consistent depuis l’indépendance à organiser des dialogues politiques et intégrer des opposante au gouvernement afin de se partager le gâteau. N’est-ce pas la preuve que cela ne marche plus ?

Par Evivi Nguema


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