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Entretien

Hachedeuzo’o : « nos artistes écrivent en pensant à des publics en particulier »


Culture
  • Hachedeuzo’o, patron du label Poz’L-Flow Underground dans leurs locaux de Metz (France) © 2016 D.R./Info241
Publié le 5 novembre 2016 à 11h43min

La rédaction d’Info241 a rencontré pour vous le producteur gabonais Hachedeuzo’o. Le patron du label Poz’L-Flow Underground basé en France, répond sans détour aux questions autour de la structure à l’origine de la découverte du groupe PSYA. Il en profite pour annoncer l’écoute en avant-première pour Info241, du single "A contre siècle" des crooners éclectiques du PSYA.

M. Hachedeuzo’o, quelques mots pour vous présenter au grand public ?

Hachedeuzo’o : Je suis à l’origine de Poz’L-Flow Underground. Une structure indépendante de musique qui a pour ambition de durer et proposer de bonnes choses aux mélomanes. En signature, la structure a le collectif PSYA et M-L, une artiste solo.

Comment on en vient à fonder Poz’L-flow underground ?

Hachedeuzo’o : J’ai été rappeur moi-même pendant des années. J’évoluais dans un groupe Première division, lui-même membre du collectif Un-dan-G au Gabon, précisément à Oyem. Toutes ces expériences ont forgé en moi une vision de la musique et un amour de ce milieu par rapport à son fonctionnement. J’ai eu envie de proposer au plus grand nombre des œuvres dans lesquelles je me reconnais, et que j’estime authentiques d’où notre structure. Officieusement Poz’L-Flow Underground existe dans ma tête depuis près de 6 ans. Officiellement, elle existe depuis deux ans.

Un bilan ?

Hachedeuzo’o : Un bilan positif et encourageant. Huit mois après l’officialisation du label, nous avons mis sur le marché un disque intitulé Auréole. C’est le EP du PSYA disponible en physique par commande via notre page facebook (Poz’L-Flow underground) et notre adresse mail (pozmusique@yahoo.fr). Il est aussi téléchargeable sur 200 plateformes légales. Grâce à ce produit, nous avons eu des dates de spectacles, des rencontres avec ceux qui suivent le PSYA.

Financièrement êtes-vous rentables ?

Hachedeuzo’o : Oui. Le disque de PSYA a rapporté de l’argent qui a couvert les investissements. Cela permet d’ailleurs de repartir avec eux pour un second EP. Ce disque génère aussi de l’argent par les lives qu’il occasionne. La preuve, PSYA n’a joué qu’une seule date gratuite ; une date que nous avons organisé pour donner plus d’écho à leur travail. Le reste du temps, tout le monde passe à la caisse. Je reconnais que ce n’est pas la côte d’azur, mais comme dit Lion Kass (PSYA), le meilleur est avenir. Nous sommes en indépendant, il n’y a personnes derrière nous en dehors de notre argent, nos idées, le talent de nos artistes et nos partenaires.

Est-il facile d’évoluer en France ?

Hachedeuzo’o : Non ! Et ce n’est facile pour personne. Il faut savoir que l’industrie de la musique a pris un coup depuis près de 10 ans. L’espace francophone rencontre plus de difficultés que d’autres. Il faut redoubler de courage et d’intelligence pour exister. Sachez qu’en France, il y a d’abord les majors qui font tout pour construire et garder le monopole, ensuite les labels en licence, donc qui traitent avec les majors et enfin les initiatives purement indépendantes. Nous sommes de la dernière catégorie, celle qui fait tout en comptant que sur elle-même. Exister et avancer est une victoire pour nous.

Certains vous reprochent de ne pas être surexposé, qu’en dites-vous ?

Hachedeuzo’o : Si pour eux la surexposition est conditionnée par les passages sur les grosses chaînes de télévision, les grosses radios... je dis d’accord. Mais, ils doivent faire une observation pas un reproche. Beaucoup d’artistes de renom, des chanteurs confirmés ne jouissent pas de cette couverture médiatique. Tout n’est pas aussi simple. Je ne me rappelle pas de la dernière fois que j’ai vu Singuila à la télévision, pourtant ce n’est pas le dernier des mohicans à ce que je sache. Etre en major n’est pas une garantie d’exposition, mais en plus, faire de la musique en indépendant et hors des codes consacrés par l’industrie est encore plus compliqué. Skyrock par exemple, traite plus avec leurs partenaires, les majors, et oblige les artistes à signer avec eux pour espérer entrer en playlist.

Pensez-vous que vos artistes ont le talent nécessaire pour mériter d’être sur les ondes en France ?

Hachedeuzo’o : Le talent pour passer sur les ondes bien sûr. Le titre "Vers Eden" (PSYA) n’a pas intégré la playlist de RFI parce qu’il porte un message spirituel. Ils ont apprécié le titre mais sont contrains à des règles. Donc, le talent y est. D’ailleurs, en Allemagne, PSYA a tourné sur Radio Francfort avec des noms célèbres du rap français. Le titre "tête haute" a bien tourné là-bas ! Ce n’est peut-être pas les meilleurs, toutefois, ce ne sont pas les derniers des mohicans. Vous constaterez que pour M-L qui est en studio est dans la même optique, le talent.

Au Gabon, vous ne semblez pas jouir d’une grande exposition aussi ?

Hachedeuzo’o : Je vous le concède. Toutefois, laissez-moi préciser quelque chose. La structure est installée en France. Nous utilisons les moyens de communication pour contacter les institutions sur place. Hey ben, sachez que plusieurs ne jouent pas le jeu. Vous envoyez des mails, vous passez des coups de fil sans retour, vous tentez des rapprochements facebook sans succès... cela est très difficile. En dehors de quelques-uns qui ont été très classe, merci, j’espère travailler avec les autres pour la suite (rire). Je profite de l’occasion pour remercier les chaines qui font tourner les clips sans notre permission. Faites-vous plaisir les gars ! (rire).

Certains disent que PSYA n’est pas un groupe gabonais ?

Hachedeuzo’o : PSYA est un collectif composé de deux gabonais avec une musique qui s’adresse à tout le monde. Je ne suis pas dans leur tête, mais je ne crois pas que nos artistes écrivent en pensant à des publics en particulier. Au Gabon, il y a des artistes qui viennent d’ailleurs qui ont un succès évident, c’est la musique. Ne conditionnez rien, car le plus important c’est que la musique croise des sensibilités qui s’y reconnaissent. Des gabonais qui se reconnaissent en PSYA, j’en connais beaucoup dont la plus évidente est une certaine Clémentine au Kenya. Merci à toi.

On dit aussi que beaucoup d’artistes gabonais sont noyés en France et retournent au Gabon pour exister. L’exemple pris est celui Movaizhaleine et quelques-uns se posent la question sur PSYA. Un mot ?

Hachedeuzo’o : Ceux qui viennent en France pour les études et retournent au Gabon faire les stars et prétendant tourné en France, on les connait ; du moins ceux qui suivent le rap en général et le rap gabonais en particulier, savent les détecter. Pour ce qui est des artistes de Poz’L-Flow Underground, nous vendons des disques par commande, nous pratiquons également la vente direct (dans la rue, après les concerts...). Nous ne sommes pas des stars mais on se bouge pour exister. Allez-y sur notre page Facebook, on y met nos lives, nos séances studios...

Maintenant pour Movaizhaleine, je recommanderais à plusieurs d’analyser sans passion. Quand vous parlez de ce groupe, souvenez-vous qu’ils ont plusieurs albums (Most high, Mission Accomplie, On détient la harpe sacré 1 et 2), c’est un succès continental évident à travers des scènes et des passages télés. En France, c’est un groupe qui a fait une salle comme l’Elysée Montmartre dont la capacité est de plus de 1300 places. Il faut savoir qu’être programmé dans une salle en France, implique une crédibilité par ses gestes artistiques. Movaizhaleine tourne et fait les choses eux-mêmes. Respect !

Poz’L-Flow Underground, c’est quoi la suite ?

Hachedeuzo’o : Nous sommes en préparation de deux projets, celui de PSYA et de M-L. Prochainement, le premier extrait de PSYA "A contre siècle" sera disponible dans un mois. Leur disque est repoussé pour décembre. Il était prévu pour Novembre, mais certains détails techniques font qu’on le repousse d’un mois. A contre siècle (la version audio) sera disponible en exclusivité sur Info241 le 10 novembre. Le premier projet de M-L sera disponible en 2017.

Le mot de la fin...

Hachedeuzo’o : Tout ne fait que commencer !


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