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Dessous de table

Gabon : Ce que révèle vraiment la chute de Brice Laccruche Alihanga

Gabon : Ce que révèle vraiment la chute de Brice Laccruche Alihanga
Gabon : Ce que révèle vraiment la chute de Brice Laccruche Alihanga © 2019 D.R./Info241

Arrêté le 2 décembre dernier par des éléments de la Direction générale des recherches (DGR-Gendarmerie gabonaise), Brice Laccruche Alihanga Fargeon, jadis « grand vizir du Gabon » été placé en détention dans la sinistre prison centrale de Libreville ce 13 décembre 2019 après dix jours de garde à vue à la DGR. Que révèle vraiment la chute de celui qui fut au temps de sa splendeur le « messager intime » d’Ali Bongo ?

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Libreville, 2 décembre 2019, sur instruction du chef de l’Exécutif du Gabon Ali Bongo, le Premier ministre Julien Nkoghe Bekale procède à un profond remaniement ministériel. Ce remaniement ministériel restructure complètement le gouvernement et voit le retour en force des membres du Parti démocratique gabonais (PDG).

BLA hier dans le bus qu’il l’emmenait en prison

Illustration parfaite de ce retour triomphal, le come-back de Lambert Noel Matha au ministère de l’Intérieur qui est par la même occasion séparé du ministère de la Justice. Lambert Noel Matha est un « homme de l’Etat », un sécurocrate, « la boite noire du régime » ayant été pendant de très longues années deux décennies Secrétaire Général du Ministère de l’Intérieur.

Mais la grande nouvelle est ailleurs : l’éviction de Brice Fargeon Laccruche Alihanga, président de l’AJEV, ancien « tout puissant » Directeur de Cabinet d’Ali Bongo et de son fidèle lieutenant Tony Ondo Mba, député de Bitam, président du parti Restauration des valeurs (RV) un parti satellite de l’association des jeunes émergents volontaires et ancien ministre du Pétrole. Ce 2 décembre 2019, le « cartel Brice Laccruche Alihanga » a vécu mais la déchéance de Brice Fargeon Laccruche Alihanga ne fait que commencer.

« Je sais pourquoi vous êtes ici »

Ayant assisté au démantèlement musclé de son « cartel » et à l’arrestation de son propre petit frère Grégory Lacruche Alihanga par ailleurs maire d’Akanda et patron de Dupond Consulting qui a profité de marchés un peu trop mirifiques de la part de la Gabon Oil Company, Brice Laccruche Alihanga sait que son interpellation n’est qu’une question d’heures. A des soutiens qui lui proposent la fuite et l’exil, il refuse : « Je ne vais pas fuir mon pays, qu’ils fassent ce qu’ils ont à faire, je suis là ».

Ce 2 décembre 2019 en soirée, il rentre chez lui comme à l’accoutumée, il se sait suivi, épié, sur écoute mais ne change rien à ses habitudes. A 23h, il entend un hélicoptère au-dessus de sa résidence, aux proches inquiets, il dit sur un ton rassurant « Ah ! Ils sont là ! ». Quelques instants après, des éléments de la DGR sous le commandement du commandant de gendarmerie Géraldine Maroundou pénètrent dans la résidence et Brice Laccruche Alihanga n’oppose aucune résistance et lorsqu’on veut lui signifier qu’il est en état d’arrestation il interrompt calmement le gendarme d’élite « Je sais pourquoi vous êtes ici  ». Il tend ses poignets et respectueusement un des gendarmes dit « ce n’est pas nécessaire monsieur le Ministre, suivez-nous simplement  ». Il les suit et est conduit au Camp Roux au siège de la DGR, situé à deux pas du Palais Rénovation, la Présidence du Gabon.

Un lynchage d’Etat

Alors qu’il est détenu et interrogé par des éléments de la Direction Générales des Recherches (DGR-Gendarmerie) assistés selon des sources concordantes par des éléments de la Direction générale des services spéciaux (DGSS - Garde Républicaine), on s’acharne à démontrer « la perfidie » de cet homme « qui avait la confiance du Président », son « gout immodéré du pouvoir » et surtout son « pillage des richesses du Gabon ».

Et pour donner du contenu à tout cela, la chaîne digitale « Media241 » de Gabon 24 dont les locaux sont situés…dans l’enceinte même du palais présidentiel du Gabon, retransmet en direct sur internet la perquisition du domicile de Brice Laccruche Alihanga. Cette perquisition révèle l’existence de trois coffres-forts contenant au bas mot 3 millions d’euros ! Comment les gendarmes ont-ils eu connaissance de ces coffres-forts soigneusement enfouis au domicile de Brice Fargeon Laccruche Alihanga et recouverts d’un carrelage ? Un agent de la DGR confie sans trémolos dans la voix : « On a su le faire parler » …

Vendredi 13 décembre 2019, après un passage devant le juge qui lui notifie sa mise en détention provisoire, Brice Fargeon Laccruche Alihanga est transféré à la Prison Centrale de Libreville avec son dernier carré de fidèles.

« Leçons de pouvoir » d’Ali Bongo

La chute du « cartel Brice Lacruche Alihanga » révèle essentiellement trois choses. La première c’est que le Gabon est riche, extrêmement riche et que l’extrême pauvreté qui est imposée à plus de 600.000 Gabonais est voulue et savamment entretenue par un pouvoir prédateur. Aux arguments fallacieux d’un gouvernement prédateur sur « la crise économique », « la chute du prix du baril » s’opposent ses propres révélations : 2 milliards de Francs CFA dans deux coffres forts chez Brice Laccruche Alihanga (pour ne parler que de ça) et plus de 80 milliards de Francs CFA (des centaines de millions d’euros !) détournés par les membres de son cartel.

Comment a-t-il pu en tant que « simple » Directeur de Cabinet engranger un si grand pactole ? La réponse est toute trouvée en reprenant les arguments du régime lui-même : « en pillant les ressources du pays ». A-t-il pu le faire seul ? Bien sûr que non ! Qui a bien pu lui permettre cela ? Ali Bongo lui-même qui est soit dit en passant milliardaire en dollars selon Forbes !

L’innocence de la France

La deuxième chose que révèle la chute de Brice Lacruche Alihanga, c’est l’innocence de la France. Etant Français et « Blanc » (et ce, bien qu’il ait toujours voulu faire du racial passing mais ce n’est pas le sujet) Brice Fargeon Lacruche Alihanga a toujours été soupçonné d’être ni plus ni moins un envoyé de la France. Pas seulement de la part d’activistes dont le discours est très souvent abscons mais aussi de hauts cadres gabonais et de certains médias qui avaient fini par voir en Brice Fargeon Laccruche Alihanga un « nouveau colon » envoyé par Paris pour « régenter le Gabon ».

Faignants d’oublier que ce « petit blanc » a - en dehors d’un assez court séjour à Marseille où il a obtenu son Baccalauréat – passé toute sa vie au Gabon. Il est certes français de naissance mais gabonais à part entière car parfaitement assimilé, « un vrai bantou à la peau blanche » comme le souligne bien un de ses soutiens. Sa chute et surtout son sort montre que s’il a bien été l’envoyé de quelqu’un ce n’est pas de François Hollande ni d’Emmanuel Macron mais d’Ali Bongo.

Ali Bongo en toute connaissance de cause, en a fait son « grand vizir » en l’élevant et en concentrant entre ses mains un nombre impressionnant de pouvoirs avant de les lui reprendre et de le faire arrêter par la Direction Générale des Recherche placé directement sous ses ordres. Dans cette « Affaire Fargeon Laccruche Alihanga » La France n’est responsable de rien mais Ali Bongo est coupable de tout.

Un instrument de prédation

La troisième chose que révèle la chute de Brice Fargeon Laccruche Alihanga est qu’il n’a jamais été rien d’autre qu’un instrument de prédation d’Ali Bongo par ailleurs prédateur suprême. Ayant voulu se lancer dans le « grand jeu » en se taillant une stature « d’homme d’Etat » ayant des ambitions pas forcément saines pour son pays et en se donnant les moyens de sa politique par la mise en place de son réseau, « le cartel Brice Laccruche Alihanga », l’ancien Dircab d’Ali Bongo s’est senti pousser des ailes et avait même pris son envol. Descendu en plein vol par Ali Bongo et son clan, sa chute vertigineuse démontre une chose ultime : Toute volonté d’évolution en dehors du système monarchique de fait au Gabon sera brutalement réprimée.

Quant à la corruption, à la gabegie financière, à la prédation outrancière des richesses du Gabon, ces maux n’ont pas commencé avec Brice Fargeon Laccruche Alihanga et ne prendront pas fin après lui.

Pendant ce temps le commun des gabonais paupérisés par le régime prédateur d’Ali Bongo attendent…. « le scandale » suivant.


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