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Débat

Franc-maçonnerie et pouvoirs politiques au Gabon, thème d’une conférence de la CDG le 17 juin à Paris


International
  • Une vue de l’intronisation d’Ali Bongo à la tête de la Grande Loge du Gabon © 2017 D.R./Info241
Publié le 9 juin 2017 à 12h02min

La diaspora gabonaise semble vouloir briser les tabous qui confisquent leur pays. A cet effet, La Convention de la Diaspora Gabonaise (CDG) organise une conférence le samedi 17 juin 2017 à Paris (Hôtel du Collectionneur 51-57 Rue de Courcelles, 75008 Paris ) , autour du thème : Franc-maçonnerie et pouvoirs politiques en Afrique : incompatibilités ou duplicité ; exigences et complaisances. Le cas du Gabon.

Pour enrichir ce débat la CDG a invité d’une part un philosophe, le Pr. Bonaventure Mve Ondo, spécialiste de sciences politiques, ancien recteur de l’université Omar Bongo, il a été directeur du bureau régional de l’Afrique de l’Ouest à l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) de 1994 à 2005 et vice-recteur chargé de la régionalisation de l’AUF ; et d’autre part deux francs-maçons, dont Jean-Pierre Cordier, expert-comptable, diplômé commissaire aux comptes, et Charles M’Ba, expert-comptable, ancien ministre des Finances.

En effet, selon les organisateurs « parmi les maux dont souffre l’Afrique des intellectuels s’accordent à dire que de nombreuses croyances (religions, sectes, écoles ésotériques etc.) participent à inhiber l’éveil d’une véritable conscience citoyenne. Pourtant ce phénomène observé, est si peu abordé sur la place publique. Or pour sortir l’Afrique de son sous-développement il est indispensable de briser certains tabous et emprunter une démarche rationnelle pour y construire un avenir radieux ». 

Parce que le doute persiste, ont-ils indiqué«  il nous a paru important d’ouvrir un échange, un débat, pour une rencontre entre des francs-maçons établis et des citoyens responsables. Si l’homme est capable de détruire ce que la nature a construit, c’est qu’il est capable de reconstruire ce qu’il a contribué à bâtir lui-même. Il est des valeurs universelles et donc fondamentales pour lesquelles on ne doit pas transiger au gré des intérêts d’esprits d’une autre époque. Ces esprits ne correspondent nullement à ce qui fonde les grands courants philosophiques progressistes ».

L’affiche officielle de l’événement

C’est dans cette perspective explique la CDG« qu’est organisée une conférence sur la franc-maçonnerie, un courant qui semble avoir porté tant de progrès en Europe et en France, et qui cependant défraye la chronique en Afrique et au Gabon en particulier. L’image négative véhiculée en Afrique par ce courant de pensée et les réflexions qu’il suscite semblent principalement renforcés par des croyances particulières. Le contraste du statut d’autorité morale consultée, interrogée, et fréquentée en France par les plus hautes autorités publiques, et la méfiance voire la défiance constatée en Afrique impose l’étude et une discussion cartésienne ».

La volonté de la Convention de la Diaspora Gabonaise (CDG) « est donc de contribuer à faire se rencontrer ceux qui ne savent pas mais qui souhaitent savoir et ceux qui savent et qui demeurent dans une forme de mutisme. Ce silence conforte des soupçons de complicité, de duplicité, ou d’acceptation. Notre volonté de comprendre est d’autant plus légitime dans le contexte actuel d’impasse sociopolitique sans précédent où le Gabon a été conduit. Les références et les motivations des acteurs concernées par cette crise méritent d’être éclairées, elles déterminent leur efficacité sociale individuelle et collective ».

Interrogé par Info241 sur les objectifs de cette rencontre, le président de la CDG, Bruno Ella Nguema a expliqué : « Il nous faut comprendre pour nous trouver en situation de mieux faire. Nos constats font ressortir trois points récurrents qui interpellent nos intelligences et nos consciences : premièrement, des atrocités sont commises. Des crimes humains parmi les plus abominables sont commis en Afrique en général et au Gabon en particulier. L’opinion publique générale semble les imputer aux dirigeants de l’État qui, pour la plupart seraient membres des obédiences maçonniques. Et pourtant tout cela semble incompatible avec les valeurs humanistes prônées et proclamées haut et fort par l’ordre maçonnique. Est-ce possible ? Qu’en est-il réellement ? ».

Un autre visuel de l’événement de la CDG

Deuxièmement, a-t-il ajouté« l’Afrique est caractérisée par des régimes autocratiques non démocratiques, c’est le cas du Gabon depuis près de cinquante ans. Pourtant, dans ces pays le pouvoir est exercé par des femmes et des hommes, déclarés ou non, reconnus d’obédience maçonnique. L’idéal maçonnique de libertés n’emporte-t-il pas automatiquement l’exigence démocratique ? Troisièmement, les droits humains fondamentaux, inviolables et inaliénables dont nous avons la jouissance en Europe y ont souvent été revendiqués, obtenus et promus dans les pays occidentaux, avec la contribution significative voire déterminante et exemplaire des courants philosophiques et maçonniques notamment depuis le siècle des « Lumières ».

Les franco-africains, les franco-gabonais et les gabonais notamment ne semblent pas déterminés à obtenir les mêmes progrès de l’humanité dans leurs pays d’origine. Quelles en sont les causes et les motivations ? Devant ce triangle paradoxal, il est légitime et humain d’interpeler tous les acteurs d’une société civilisée. La porosité entre Politique – Fétichisme et Franc-maçonnerie, n’accentue-t-elle pas la dangerosité des femmes et des hommes ignorant les outils qui leur sont transmis ? Ne remettent-elles pas en cause la place de la valeur du travail dans la construction sociale ?
Incompatibilités ou duplicité ? Exigences ou complaisances ?
 
Ce paradoxe conscient ou inconscient est probablement une des causes du chaos observable dans la sphère sociale et politique sur le continent et particulièrement au Gabon. Pourtant, il apparaît indiscutable que des grands tournants de l’histoire de l’humanité aient été réalisés avec la contribution de la philosophie maçonnique. Le professeur Albert Ondo Ossa, au cours des Assises nationales et démocratiques de la société civile en aout 2015, pointa clairement les franc-maçons du Gabon : « Je voudrais ensuite précisément m’adresser aux « fraters », car pour construire notre pays, nous avons besoin de nous parler et de nous dire des vérités.

Vous, les « fraters » du Gabon, vous êtes en grande partie responsables de la situation actuelle, car votre solidarité vous a conduit à des cooptations malicieuses, contraires à vos principes. Vous êtes devenus pour la plupart des affairistes véreux et le pays en souffrent puisque depuis un demi-siècle c’est vous en fait qui êtes aux affaires. » Nous sommes fondés à nous interroger sur l’existence d’une franc-maçonnerie des « lumières » progressiste en Europe et d’une autre fondée et basée sur un syncrétisme « obscurantiste et fétichiste » installée en Afrique en général et au Gabon en particulier.


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