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Dictature médiatique

En mal de reconnaissance, Ali Bongo bannit d’antenne ses opposants irréductibles


Analyse
  • Ali Bongo et son fidèle ministre de la Communication © 2017 D.R./Info241
Publié le 30 août 2017 à 09h26min

Le Gabon garantit pourtant par sa Constitution (article premier), qu’a juré de protéger et défendre Ali Bongo, la liberté de pensée et d’opinion à tous ses citoyens. Cependant, le ministre de la Communication, le tristement célèbre, Alain-Claude Bilie By Nzé, vient expressément d’interdire d’antenne tout Gabonais ne reconnaissant pas Ali Bongo comme « président ». Drôle d’apaisement social. Dictature, vous avez dit dictature ?

Pourtant jouissant déjà de la "légalité" que lui a conféré la Cour constitutionnelle dirigée par sa belle-mère, Ali Bongo veut désormais une télévision publique épurée, loin des médisances d’opinion de ses opposants les plus farouches. Bien qu’élu sur une lame de rasoir par 3 des 9 provinces que comptent le Gabon, Ali Bongo est bien officiellement le "président" du Gabon. Les réfractaires à cette donne "républicaine" se verront privés des médias publics, déjà considérés comme des caisses de résonance exclusive du parti au pouvoir.

Les difficiles lendemains d’une victoire étriquée

Ali Bongo et ses plus fervents sous-fifres, faute de n’avoir pas réussi à faire avaler la pilule amère de sa réélection, entendent désormais priver de parole tout citoyen non "républicain" de l’espace public gabonais. Une montée de ton qui semble s’imbriquer dans la nouvelle stratégie de bâillonnement des opposants ne s’étant pas encore ralliés à la "victoire" étriquée d’Ali Bongo à la présidentielle d’août dernier.

Bien que cette ségrégation médiatique implicite ait toujours existé dans les médias d’État, c’est le ministre de Communication lui-même qui a fait cette semaine le tour du propriétaire des radios et télévisions publiques pour porter le message "urgent" du bannissement systématique des opposants ne reconnaissant toujours pas, malgré les efforts du régime, Ali Bongo comme "président" du Gabon. Avec les audiences de la télévision publique gabonaise, difficile de contraindre une parole qui a depuis bien des années, quittée la presse publique.

Des médias publics à la solde d’un homme-Etat

Selon nos confrères de Gabonreview, c’est ce lundi de passage à Gabon Télévision que Bilie By Nze connue pour être un mordu d’Ali Bongo, a annoncé la mesure inique. Sans langue de bois et sans détour, il aurait lâché aux journalistes : « Je le répète encore une fois : il est hors de question, sur les chaînes publiques, de donner la parole à quelqu’un qui ne reconnaît pas les autorités en place. Il ira s’exprimer ailleurs que sur les chaînes publiques ». Signe que la directive avait été donnée auparavant mais qu’il n’était plus question d’y déroger à l’avenir.

Clairement, les médias publics gabonais pourtant financés par l’argent public et bientôt par une redevance imposée aux contribuables dès le mois prochain, devront prendre soin de porter à l’écran que les soutiens du régime ou les acteurs de l’opposition modérée, prompts à faire les louanges d’Ali Bongo. Contesté de toute part, le régime d’Ali Bongo tente de faire asseoir une "victoire" présidentielle pourtant mis en doute par de nombreuses institutions internationales telles que l’Union européenne et l’Organisation internationale de la Francophonie.

Le dialogue et le verdict de la Cour constitutionnelle ne suffisent toujours pas !

Après avoir organisé un dialogue conçu comme la panacée à la crise post-électorale, le régime de Libreville ne sait plus comment contraindre ses opposants à passer l’éponge sur cette réélection toujours controversée. D’où l’idée du ministère de la Communication de verrouiller encore plus les médias publics. Désormais pour passer dans les médias publics, les citoyens et hommes politiques devront d’abord indiquer en préambule qu’ils reconnaissent bien qu’Ali Bongo est le "président" du Gabon. Car à ce qu’il semble, le verdict de la Cour constitutionnelle rendue en sa faveur n’a plus une once de valeur publique.

Une hérésie de plus qui souligne bien le malaise qui atteint le régime au pouvoir et sa désormais vocation à tordre le coup et la parole à des opposants de en plus farouches. Car cette mesure d’Etat ne vise que les partis membres de la Coalition pour une nouvelle république de l’opposant Jean Ping. Celui-ci continue même an après, à donner de nombreuses sueurs froides à ce pouvoir demi-centenaire qui, bien qu’ayant militarisé le pays, n’arrive toujours pas à étouffer les germes d’une résistance qui ne faiblit pas.


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