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Egalité des chances an 4 : l’école gabonaise, ses questions et ses deux vitesses

Egalité des chances an 4 : l’école gabonaise, ses questions et ses deux vitesses
Egalité des chances an 4 : l’école gabonaise, ses questions et ses deux vitesses © 2020 D.R./Info241

Réagissant à la rentrée des établissements scolaires français et écoles conventionnées ce mardi alors que celle de l’école publique gabonaise n’est prévue que pour novembre, Yvan-Cedric Nzé s’interroge dans cette tribune sur l’égalité des chances des apprenants au Gabon. Pour cet ingénieur en sûreté nucléaire, l’Etat entretient même malgré lui, un cratère entre ceux qui « ont les moyens de scolariser leurs enfants dans des écoles privées arrimées au système français » et la large majorité des écoliers gabonais qui devront « déambuler sans activité comme c’est le cas depuis mars 2020 ». Lecture.

Ce mardi 1er septembre 2020 une frange des jeunes Gabonais a repris le chemin de l’école conformément à un communiqué du ministre de l’éducation. En effet, l’Etat gabonais, pour permettre à ceux de nos compatriotes qui ont les moyens de scolariser leurs enfants dans des écoles privées arrimées au système français, a permis que ces derniers reprennent le chemin de l’école. Pendant que la large majorité des jeunes Gabonais vont continuer à déambuler sans activité comme c’est le cas depuis mars 2020.

(Ndlr : à l’exception de maths sup du LNLM qui est un établissement publique les autres établissements qui ont fait leurs rentrées sont privés et (très) payants).

Une première question se pose à nous, «  quel genre d’état facilite autant la tâche à des gens qui ont choisi de boycotter le système éducatif qu’eux même ont mis en place ?  » En France par exemple, il y a-t-il des privilèges de ce genre pour ceux qui apprennent dans les lycées américains ou anglais ? Pareil du côté britannique ou américain, l’éducation nationale offre t’elle des privilèges aux établissements français sur leurs territoires ?

Le gouvernement Gabonais va jusqu’à menacer (mots à peine voilés) ceux des autres établissements ne bénéficiant pas du blanc-seing de ne pas tenter d’ouvrir les portes à leurs apprenants avant la date indiquée même pour des cours de soutiens ou de remise à niveau.

Une question qu’on pourrait légitimement se poser est « pourquoi les autres établissements que fréquentent les enfants de familles moins huppées ne peuvent pas ouvrir ? ». « Vous me direz crise sanitaire », je répondrais moi que « non » car il aurait fallu, que le ministre exige de chaque établissement désirant ouvrir la mise en place des mesures liées à la Covid-19. Dans ce cas les établissements auraient pu choisir si oui ou non ils en étaient capables. Je rappelle malgré l’épidémie qui sévit toujours en France, ils ont ouvert tous les établissements sans exception.

Cette décision du ministre de l’éducation, nous emmène à nous interroger sur ce qu’est le vivre-ensemble chez nous aujourd’hui. 10% des élèves de terminale Gabonais passent le bac français (plus de 3000 candidats libres au bac français 2019). Plus généralement les enfants de famille huppées vivent en marge de l’éducation nationale gabonaise : ils suivent les programmes français, sont en vacances aux mêmes périodes que la France, passent les examens français, diplômes français...

Des questions se posent à ce niveau où, quand et comment commence l’indépendance du Gabon ? Ces jeunes gabonais formés à l’école françaises sont-ils formés pour aimer le Gabon ou la France ? Sont-ils formés pour servir le Gabon ou la France ? Quels liens ont-ils avec leurs compatriotes qui sont dans le système éducatif gabonais ? Comment les perçoivent-ils ? Etc.

Le 23 février 2016 Ali Bongo lançait son concept de l’égalité des chances dont l’axe 1 était tourné sur l’éducation, quatre ans après, cette égalité des chances se traduit comment ? Loin de moi l’idée de faire le bilan, je n’en ai ni la compétence ni l’envie. Mais tous ceux qui ont des yeux peuvent faire un constat : il y a un apartheid social dans le secteur de l’éducation au Gabon. Les familles huppées dans le système éducatif français (voire britannique) et les autres soumis au système Gabonais.

Est-ce-que les enfants qui apprennent de septembre en juillet ont autant de chances que ceux qui apprennent de novembre à juin (parfois à mi-temps, avec des effectifs pléthoriques, des grèves à n’en point finir…) ?

Que contient exactement notre pacte républicain aujourd’hui ? Il y a-t-il encore un universalisme républicain au Gabon ? Ces questions ne sont pas uniquement à l’endroit de ceux qui dirigent le Gabon mais à l’ensemble de nos compatriotes. Doit-on en plus des aléas de la vie créer une telle fracture (cratère) entre nos enfants ?
Qu’est ce qui sera le trait d’union de nos enfants demain ?

Pour finir des questions se posent sur les enfants qui vivent dans l’hinterland. Pourquoi le ministre Mouguiama Daouda n’a-t-il pas permis une reprise des cours dans l’arrière-pays vu que ce sont ceux qui ont le moins accès aux NTI ?

Je finirais mon interpellation par cette phrase de Lionel Jospin : “L’école est le berceau de la République.” Il faut penser le Gabon, le penser en tant que république une et indivisible mais visiblement 60 ans après la fameuse déclaration d’indépendance un fossé toujours plus grand se creuse entre les différentes classes de la société. A bon entendeur salut

Yvan-Cedric NZE, citoyen Gabonais, ingénieur en sûreté nucléaire (diplômé des universités de Bordeaux et de Masuku)


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