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Crise post-électorale

Dialogue politique : l’inaudible discours d’ouverture d’Ali Bongo Ondimba


Analyse
  • Ali Bongo hier, au palais de la présidence de la République © 2017 D.R./Info241
Publié le 29 mars 2017 à 15h07min

La crise post-électorale gabonaise prend un virage qui inquiète plusieurs observateurs politiques. Le président controversé du Gabon, Ali Bongo Ondimba a officiellement ouvert hier à Libreville, son dialogue national. Ce, sans observer la moindre minute de silence en hommage aux nombreux citoyens tués à l’arme lourde au QG de l’opposant Jean Ping et dans les rues lors de la contestation citoyenne après la proclamation des résultats bondés d’irrégularités. Le locataire du Palais du bord de mer a tenté de banaliser la crise qui paralyse le pays en affirmant qu’il s’agit d’une « querelle de familles » inscrite dans la « culture » politique gabonaise.

Dans son discours d’ouverture avec une mise en scène d’autocratie, Ali Bongo Ondimba a déclaré sans observer une minute de silence : « Je voudrais, en liminaire à mon propos, saluer chaleureusement tous ceux qui ont répondu favorablement à l’invitation qui leur a été adressée pour prendre part, ce jour, à la cérémonie marquant l’ouverture du Dialogue Politique. Votre présence témoigne de l’intérêt manifeste que vous portez à l’évolution de notre pays, engagé résolument sur le chemin de la modernité politique  ».

Avant d’ajouter en absolutiste « Permettez-moi, ensuite, de féliciter tous les membres du Comité ad’hoc paritaire pour la qualité des travaux préparatoires à ces assises dont les principales conclusions viennent d’être déclinées par le Premier Ministre qui en a assuré la présidence. J’aurais l’occasion de revenir sur les grandes lignes que vous avez arrêtées, puis soumises à mon appréciation  ».

Selon le journaliste Chamberland Moukouama, « L’histoire retiendra que c’est ce mardi 28 Mars 2017 à la présidence de la république gabonaise qu’Ali Bongo a officiellement ouvert le dialogue national inclusif et sans tabou. Mais, n’eut-il pas été moralement décent d’observer une minute de recueillement en signe d’hommage aux gabonais décédés pendant les violences qui ont suivi la proclamation des résultats de la présidentielle d’août 2016 ? ».

Avant de s’interroger en ces termes : « Même si c’était un seul et quidam gabonais mort, il fallait observer la minute de silence car la vie n’a pas de prix. Nos us et coutumes, fondement de la culture gabonaise ne nous le recommandent-ils pas ? Même si pour Ali Bongo "ce que d’aucuns nomment aujourd’hui crise n’est et doit rester qu’une querelle de famille dont nous devons trouver ensemble l’issue", et à ce propos que nous enseigne la sagesse contenue dans nos 9 provinces ? Qu’avons-nous entendu comme sagesse exprimée si ce n’est une série de citations et autres axiomes en référence à des auteurs outre atlantique pour meubler une réalité conjoncturelle gabonaise énoncée dans leurs différents discours...Quelques timides applaudissements" des dialoguistes" en forme d’acquiescement pour tromper le faux-semblant. Triste tropique ».

Pour l’ancien animateur des chaînes publiques gabonaises « Comment dans ces conditions peut-on garantir l’apaisement et la réconciliation des fils et filles de la maison Gabon si l’oubli et le déni de la mémoire de nos défunts sont permanents. Les morts ne sont pas morts dit la sagesse africaine. Pourquoi s’étonner alors que certains projets ou bonnes intentions sont comme frappés du sceau invisible du blasphème qui conduit droit vers l’échec. La vie est faite de symbole et la politique aussi. Ce même 28 Mars 2017 marquera aussi dans l’histoire du Gabon ce grand et lourd manquement visible et audible comme une fausse note du chant de notre hymne La Concorde  ».

Un déni de la crise post-électorale : la contestation des résultats soviétiques du Haut-Ogooué

Ali Bongo Ondimba en feignant d’avoir perdu la mémoire a indiqué ce qui suit : « Je voudrais au préalable situer le contexte politique dans lequel se tiennent ces assises. Comme chacun peut le constater, ce Dialogue politique s’ouvre sept (7) mois après la tenue de l’élection présidentielle du 27 août 2016, à l’issue de laquelle certains de nos compatriotes optèrent d’emprunter le chemin de la violence pour exprimer leur désaccord. J’avais déjà eu l’occasion, lors de mon discours d’investiture, de souligner l’impasse dans laquelle mène ce choix, car la violence dans notre pays a toujours été un chemin qui n’a jamais mené nulle part, sauf à la désolation et au malheur collectif  ».

Pour Ali Bongo ce dialogue se tint à cause de l’opposition gabonaise qui souhaite mettre le chaos dans le pays. Or, il feint d’omettre que la crise politique post-électorale fait suite à la contestation citoyenne réprimée dans le sang du fait des résultats dits officiels qui contiennent des « irrégularités » selon le rapport de la Mission d’observation de l’Union européenne. Faisant de lui le vainqueur contesté de l’élection présidentielle du 27 août 2016. A cette occasion, accentue l’ancien challenger de Jean Ping, « j’avais appelé, comme cela vient d’être rappelé par le Premier Ministre, à la tenue d’un Dialogue politique que j’ai voulu inclusif et sans tabou, donc ouvert à l’ensemble des forces vives de la Nation. Mais ; si cet appel peut être tenu à juste titre pour le fait générateur, il n’en est pas l’origine. Car cette préoccupation fut clairement exprimée dans nombres de mes interventions précédentes ». Pour quels résultats probants ? L’établissement du blocage du pays.

Le président rejeté qui refusa ostentatoirement durant tout son septennat d’organiser un dialogue national inclusif en battant en brèche tous les cris d’alarme des parlementaires de son parti, des hauts cadres de l’administration gabonaise qui ont fini par démissionner s’est enorgueilli de son soudain esprit d’ouverture en affirmant : «  ce fût par exemple le cas lors de mon dernier discours aux députés et sénateurs réunis en Congrès le 28 juin 2016, où j’avais notamment esquissé les pistes des réformes institutionnelles à entreprendre. Ce fut aussi le cas lors de la réforme, en 2015, du Conseil National de la Démocratie (CND) pour en faire le cadre approprié du Dialogue politique et celui de la concertation permanente entre acteurs politiques de notre pays ».

Ali Bongo Ondimba a enfoncé le clou de son déni de la réalité en osant affirmer ce qui suit : « Il s’agissait, s’il en est encore besoin, du témoignage de ma fidélité à ce qui constitue une constance dans l’histoire politique de notre pays, à savoir la nécessité du dialogue et du consensus pour surmonter les contradictions inhérentes au pluralisme politique. C’est pourquoi, au moment où nous envisageons de tracer les contours de la nouvelle architecture institutionnelle de notre pays, il ne serait pas sans intérêt de rappeler quelques séquences de notre passé, pour ne pas laisser aux plus jeunes l’illusion de la nouveauté et aux révisionnistes le plaisir d’écrire l’Histoire à leur guise  ».

Tout en évoquant des faits historiques, morceaux choisis, sortis de leurs contextes pour tenter de justifier sa forfaiture qui a endeuillé de nombreuses familles gabonaises. Tout au long de son discours il n’a pas mentionné les morts avérés, même si le nombre demeure incertain. Mais n’y a-t-il pas eu des victimes suite à la répression militaire durant la nuit du 31 août au 2 septembre 2016 ? L’existence des charniers à Libreville est une vue de l’esprit ? La fermeture durant ces jours précités à la presse nationale et internationale des morgues nationales ne constitue-t-elle pas une réalité implacable ? La coupure d’internet et de l’électricité, le déploiement des forces armées dans tout le pays durant ces jours sont-t-elles des pratiques courantes dans un Etat de droit après une élection présidentielle ?

Rappelons à toutes fins utiles les faits : Ali Bongo a contesté, le 30 août 2016, les résultats qui donnaient victorieux 7 provinces sur 9, la coalition des partis de l’opposition menée par Jean Ping. En alléguant un hacker ivoirien, mais, curieusement, en refusant un recomptage transparent par confrontation des PV des bureaux de vote, tout en exigeant au Garde des Sceaux Vice-premier ministre en charge de la Justice qui a notamment refusé, parce que les résultats électoraux sur PV supports papiers ne peuvent être piratés électroniquement , de dénoncer à la télévision ce hacker ivoirien et d’instruire conséquemment le Parquet pour engager des poursuites pénales contre ledit hacker imaginaire.

Lorsque le lendemain, le 31 août 201, le ministre de l’Intérieur a expliqué Séraphin Moundounga qui jadis fut ministre de la Justice « rend public les résultats falsifiés, avec des taux de participation 99% à la soviétique dans le Haut-Ogooué, extrajudiciairement, par la Commission Nationale Electorale, sur la base des seules allégations du président sortant Ali Bongo, la contestation populaire s’empare de toutes les rues et se transforme en graves émeutes à Libreville et à l’intérieur du pays. La répression militaire se solde par plusieurs morts, des milliers des blessés et des centaines de disparus jusqu’à ce jour ; ainsi que des cas de tortures, enlèvements et assassinats  ».

Exigée par les institutions africaines, européennes et onusiennes Jean Ping a été contraint de s’aligner à l’étape des recours, avec un grand étonnement : la Cour constitutionnelle refusa le recomptage transparent exigé par le peuple gabonais et par la communauté internationale. Les actions en rectification et en révisions ont été aussi rejetées par la dite cour constitutionnelle. Mais il reste à l’évidence que jamais en Afrique et au Gabon, un Chef d’État n’aura été autant pris en flagrant délit de fraude électorale. Les faits son têtus.

« Palabres postélectorales » de familles au lieu de crise post-électorale gabonaise

Comble du comble Ali Bongo Ondimba souhaite faire rentrer le Gabon dans la modernité en reculons. En se réappropriant des faits historiques le fils adoptif d’Omar Bongo a tenté d’exprimer sa « vérité des faits est que les palabres postélectorales au Gabon ne datent pas d’aujourd’hui. Elles sont aussi vieilles que l’histoire des élections dans notre pays. En prenant en son compte les exemples d’Emile Issembè au lendemain de la seconde guerre mondiale face à Jean Félix Tchikaya lors de l’élection à l’Assemblée constituante de novembre 1945, puis à Jean Hilaire Aubame, lors des législatives de novembre 1946 ; des récriminations politiques de Jean-Hilaire Aubame au surlendemain des élections de mars 1957, plus précisément de l’issue de l’élection du Conseil du gouvernement, le 21 mai 1957 ? ».

Tout en sortant de sa bibliothèque coloniale, des idéologies farnçafricaines du forestier Roland Bru, à travers son article paru dans le numéro 90 de la même revue, avec un article au titre instructif selon Ali bongo : « Crise politique au Gabon ? Non, querelle de famille ». Quel était le contexte historique et politique de cette période ? Et Ali Bongo de conclure avec un brin d’ironie et de cynisme « Oui ! Mesdames, Messieurs, Mes chers compatriotes, il n’y a rien de nouveau sous le soleil gabonais. Ce que d’aucuns nomment aujourd’hui crise n’est et doit rester une querelle de famille dont nous devons trouver ensemble l’issue  ».

Tout en précisant : « C’est dire combien les palabres postélectorales au Gabon constituent, si j’ose dire, une donnée courante de notre vie politique. De même, nous avons toujours fait le choix majoritaire du dialogue comme modalité principale de règlement de nos différends politiques. C’est là l’un des traits essentiels de notre culture politique : plus prompts à la palabre, mais aussi au dialogue plutôt qu’à l’affrontement violent. C’est, en effet, cela le constituant essentiel de notre ADN politique national ». Sans omettre de mentionner la conférence nationale de 1990, les accords de Paris de 1004 et ceux d’Arambo en 2006. Quels sont les résultats de toutes ces messes d’antichambres politiques ? ».

Mais, Ali Bongo Ondimba dont le discours exprime une consonance impénitente oublie de dire que tous ces faits ont favorisé l’installation d’une oligarchie familiale celle de sa famille Bongo Ondimba appuyée pars un système politique d’apparatchiks qui ont fait en sorte d’asseoir une tyrannie au Gabon de plus de 50 ans. Le président contesté est inaudible parce que nous sommes au XXIe siècle à l’ère où les institutions démocratiques doivent germer. A l’ère où les aspirations du peuple par le peuple et pour le peuple doivent avoir un sens, où le suffrage universel exprimé librement doit être respecté.

Ali Bongo prétexte d’oublier que nous sommes à l’ère de l’ouverture des frontières avec le numérique, l’internet où la jeunesse côtoie des pratiques et la modernité des pays démocratiques où l’alternance, le renouvellement des dirigeants au sommet de l’Etat sont une règle d’or. Le discours d’Ali Bongo est inaudible parce qu’il ne souhaite pas tourner la page de la coloniale et des arrangements affairistes françafricains qui le maintiennent par la force des armes au pouvoir présidentiel. Le discours d’Ali Bongo sonne creux parce qu’il y a existe les rapports de l’Union africaine, de l’Union européenne ont épinglé sa fraude électorale. Ces rapports documentés ont discrédité son élection en précisant qu’il est « un président illégitime du Gabon ».

Selon le président contesté et contestable du Gabon « Aujourd’hui, la nécessité politique commande d’aller plus loin. En effet, comme je l’avais déjà dit, il y a quelques mois, devant le Congrès, notre pays se trouve dans un espace-temps particulier où le vieux monde, dominé par les privilèges indus, n’a pas complètement disparu, et où le nouveau, celui de l’égalité des chances, tarde à naître. C’est cette tension, et rien d’autre, qui fait fondamentalement crise. » En oubliant que lui-même Ali Bongo Ondimba est le prototype par excellence des privilèges d’une caste familiale au pouvoir depuis 1968. Et qu’il n’a jamais travaillé d’arrache pieds pour bénéficier de son train de vie d’opulence lui et tout son entourage. Pourquoi ne sacrifie-t-il pas alors les savoirs de Delta Synergie ? Pourquoi ne restitue-t-il pas à l’État toute la fortune qu’il a amassé lui et toute sa famille sur le dos du contribuable gabonais.

Selon le locataire du Palais du bord de mer « Nous devons en sortir en réformant notamment notre système institutionnel, ainsi que la structure de notre économie, pour faire naître le nouveau monde. Tel est l’objectif principal de ces assises : définir collectivement les contours de ce nouveau monde. Un nouveau monde qui accepte l’empire de la Loi, le respect de l’Autre et l’intérêt général. C’est dans cet esprit que vous débattrez de tous les sujets sur lesquels vous vous êtes accordés lors des travaux préparatoires  ».

Sommes-nous entrain de rêvasser ? Non. Ali Bongo en réformateur de circonstance qui a fait le lit des pillages jamais égalés des deniers du Trésor public gabonais, du non respect des institutions étatiques ministérielles. En lieu et place des angences toutes confinées à la présidence. Si volonté il y avait, aurait-t-il besoin d’un dialogue national pour limiter les mandats présidentiels contenus de la constitution de 1991 ? Or, par un simple un décret présidentiel ayant une majorité dans les deux chambres parlementaires, Ali Bongo pouvait abroger cette constitution tyrannique actuelle pour restaurer celle qui existe dans les tiroirs élogieux de l’histoire politique gabonaise.

« Vous avez aussi proposé que ces assises s’ouvrent par une phase citoyenne. J’approuve sans réserve la démarche, qui traduit l’inclusivité de ce Dialogue, son ouverture à toutes les forces vives. Ainsi, la phase citoyenne donnera l’occasion aux acteurs de la société civile, dans ses diverses composantes, de s’exprimer librement sur les préoccupations relevant de leur objet social respectif  », a déclaré Ali Bongo épris d’une fierté machiavélique. En omettant qu’à l’œil nu et sans prendre de loupes on peut recenser une pléthore d’associations dont les dénominations curieuses et fabriquées de toute pièce éclairent sur leurs caractères fictifs et imaginés pour la circonstance aux fins de remplissage.

« Votre mission est difficile, mais exaltante, car au bout des échanges naîtra la lumière annonçant le jour nouveau. Car, comme disait le poète : « Qu’y a-t-il de plus brillant que l’or ? La lumière. Et qu’y a-t-il de plus éclatant que la lumière ? La parole échangée ». L’heure est donc à l’échange de la parole au service de la Nation. C’est sur cette note d’espoir que je déclare ouvertes les assises du Dialogue politique » a conclu le président controversé.

Or, son seul discours qui serait audible est qu’il reconnaisse la victoire du choix du peuple gabonais. Son seul discours en pareil circonstance est qu’il reconnaisse sa haute trahison politique et les massacres exécutés sous son ordre qui ont endeuillé des familles gabonaises. Son seul discours audible est qu’il accepte de répondre de ses actes lui et tous ses affidés devant les juridictions compétentes afin que l’incontestable Aurore de la vérité puisse se lever à nouveaux dans les cieux gabonais. Ce discours d’ouverture n’est pas audible car il s’agit d’une véritable imposture aux yeux du monde entier.


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