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Coutumes et loi

Devrait-on encore payer la dot au Gabon ?


Analyse
  • Devrait-on encore payer la dot au Gabon ? © 2018 D.R./Info241
Publié le 19 mars 2018 à 12h03min

La question vaut son pesant d’or, tant la pratique s’est répandue comme une traînée de poudre depuis longtemps en Afrique et particulièrement au Gabon, où cette pratique est incontournable dans l’organisation d’un mariage. Dans la société africaine et particulièrement gabonaise, sans la dot le mariage n’aurait pas de valeur car il constituerait l’atout majeur pour honorer la famille de la fiancée.

Au fil des années, la pratique de la dot a connu plusieurs revirements selon les traditions et coutumes. Il est très important de noter et de retenir que le mot "dot" en hébreu équivaut à mohar qui signifie en français prix d’achat d’une épouse, argent des noces. Cela colle parfaitement avec la définition du dictionnaire en ligne Wikipédia. Celui rappelle que "En Afrique, on appelle couramment dot, le « prix » de la fiancée. Ce dernier est offert par l’homme à la famille de la femme". C’est donc la transaction inverse de la dot proprement dite, car les biens entrent dans le patrimoine de la génération supérieure au lieu de celui du couple.

La présentation des présents de la dot

Qu’est-ce qu’est réellement la dot ?

D’emblée, ce qu’il faut savoir c’est que, contrairement à ce qui se dit ça et là, la dot n’a jamais été à l’origine une pratique africaine, moins encore relevant des us et coutumes du Gabon. Plusieurs personnes affirment que la dot est une pratique qui remonte à l’époque de nos ancêtres et mérite donc, d’être perpétuée et pire encore encadrée juridiquement.

La vérité est que la dot est une pratique qui remonte à l’Antiquité, particulièrement au Moyen-Orient où l’on observe déjà chez les Israélites, une sorte de compensation quand une fille juive était violée. Car "connaître" une fille juive avant le mariage était un signe de déshonneur non seulement pour la fille mais également pour toute la famille. Aller en mariage tout en étant vierge était un précepte très important dans la société israélienne. La dot devrait donc servir en notre langage actuel, de dédommagement moral en vue de réparer le préjudice causé, c’est-à-dire, du viol.

On peut avoir un exemple dans la bible Genèse 34 où l’histoire, nous enseigne que Dina, fille de Jacob fut violée par Sichem. Malgré le fait que le jeune homme ai voulu payer la dot, cela ne pu calmer la colère de ses frères. Ces derniers tuèrent toute sa famille et refusèrent de recevoir la dot car ils considéraient cet acte impropre. Au verset 31 du même chapitre, ses frères justifièrent leur acte en disant : Doit-on traiter notre sœur comme une prostituée ?

Un autre exemple et pas des moindres, est tiré de l’histoire propre de Jacob chez son oncle Laban à Genèse 29. Jacob avait les yeux doux pour Rachel, fille cadette de son oncle Laban. Il proposa volontairement à son oncle de le servir pendant 7 ans pour Rachel. Après quoi, il devrait donc la prendre pour épouse. Mais au bout des sept années pendant les noces, son oncle Laban, le trompa des pires de manières. Il envoya Léa, sa fille aînée, auprès de Jacob.

Un exemple de dot au Gabon

Ce dernier, pris sur le fait accompli, dû travailler sept années de plus pour enfin épouser Rachel. Après avoir travaillé pendant près de 20 ans auprès de son oncle, Jacob décide de prendre ses deux femmes, ses biens et ses enfants et retourner dans son pays. Mais la réaction des deux filles de Jacob vis-à-vis de leur père fut très étonnante (Genèse 31:14-16). Si nous considérons que Jacob a donné une dot à Laban pour Rachel et Léa, il faut donc considérer la dot comme une vente de sa fille.

On ne saurait qualifié ça autrement, c’est de la vente pure et simple. Selon les propos de ses filles, Laban a :
- vendu ses filles ;
- mangé l’argent de ses filles ;
- considéré ses filles comme des prostituées.

A Genèse 24, nous voyons Abraham, qui est considéré comme le père de la foi, déjà vieux et fort avancé en âge, envoyer le plus ancien de ses serviteurs, rechercher une épouse pour son fils Isaac. Promptement, le serviteur se leva et se rendra en Mésopotamie à la ville de Nachor. Puis, près d’une source d’eau (Genèse 24:15-16), il rencontra Rebecca, celle qui par la suite deviendra la femme du fils d’Abraham, Isaac. Après avoir discuté avec Laban (frère de Rebecca) et Bethuel (père de Rebecca), ces derniers acceptèrent de laisser partir leur fille sans avoir au préalable établi un liste ou fait toute une cérémonie.

La réaction du serviteur fut la suivante : "Et le serviteur sortit des objets d’argent et d’or, et des vêtements, et les donna à Rebecca. Il donna aussi des riches présents à son frère et à sa mère. Puis ils mangèrent et burent, lui et les gens qui étaient avec lui, et ils passèrent la nuit. Le matin, quand ils furent levés, le serviteur dit : Laissez moi retourner vers mon seigneur. Le frère et la mère lui dirent : Que la jeune fille reste avec nous quelques jours encore, une dizaine de jours ; après quoi, elle s’en ira" (Genèse 24:53-55).

Qu’en retenir ?

Y’a-t-il eu paiement de la dot là ? La réponse est sans doute non, car tout ce que le serviteur avait apporté ne constituent pas la dot, mais des dons et cela s’est fait volontairement.

Les barrages posés par la belle-famille pour recueillir l’argent de la famille de l’époux

Rien ne dit qu’il faut payer une dot pour valider l’union entre deux personnes, si la femme n’a pas été au préalable violée, et même là encore ! Au contraire, nous constatons que librement et sans, nous pouvons donner des présents sans contraintes, sans liste préalable et sans que la belle famille ne s’attende déjà à recevoir quelque chose pour les honorer. Cela doit se faire librement et sans contrainte de la part du futur marié.

Alors pourquoi aujourd’hui en Afrique la dot est devenue une affaire de famille ? Pourquoi ce caractère commercial aux allures de ventes de nos mères, filles, sœurs, cousines tantes etc ? Veut-on nous faire croire que les femmes africaines seraient supérieures au reste de la junte féminine mondiale au point de les acheter ?

L’amour est immatériel

Aujourd’hui, plusieurs personnes n’arrivent pas à contracter les liens sacrés du mariage à cause de la dot, d’autres brisent leurs fiançailles parce que le jeune homme n’a pas pu fournir tout ce dont les parents ont exigé dans la liste. Certaines sommes de cette dot atteignent même les 5 à 6 millions de nos francs. C’est dommage, quand on sait que Dieu nous a donné cette bénédiction gratuitement. Personne ne lui a donné quoi que ce soit en retour. Au lieu d’aider les jeunes fiancés à construire leur avenir, la dot, serait soit disant une manière d’honorer la belle famille et de prouver aux parents que l’on aime sa future épouse. Drôle de manière quand on sait que le véritable amour est immatériel.

Un couple gabonais

D’ailleurs, la définition du Petit Larousse 2004, corrobore ce que nous soutenons. Il définit la dot comme étant : "Biens qu’une femme apporte en se mariant. Biens donnés par un tiers et par contrat de mariage à l’un ou à l’autre des époux". Cette définition est très claire, ce n’est donc pas le patrimoine du nouveau ménage qui doit être soustrait mais plutôt les biens des deux familles qui doivent apporter assistance au nouveau couple afin de les aider à démarrer une nouvelle vie.

Nous reconnaissons le mariage familial, il faut bien comprendre notre logique. Nous ne disons pas que le mariage au niveau de la famille ne doit pas être célébré au détriment de la mairie ou de "l’église", loin de là. Le mariage familial est le plus important aux yeux de Dieu, car c’est au père de marier sa fille. Mais étant donné que ce dernier ne procure aucune garantie et ne donne pas lieu aux actes d’état civil, la loi ne reconnaît donc juste que le mariage à l’état civil, et ce n’est pas un péché d’aller se marier à la mairie. D’ailleurs, ce n’est qu’un papier à signer.

Sur le plan juridique, que dit la loi gabonaise ?

Selon la loi n°20/63 du 20 mars 1963, portant interdiction de la dot, en son article 3 stipule que : «  sera puni d’un emprisonnement de trois mois à un an et d’une peine d’amende de 36.000 à 360.000 francs ou à l’une de ces deux peines seulement quiconque enfreindra les dispositions de la présente loi soit en exigeant ou en acceptant, soit en remettant ou en promettant aux parents des présents en argent ou en nature » . Une loi, il faut le souligner, datant de 1960.

Cette loi est-elle appliquée ? Bien sûr que non et pour cause ? Elle serait vite tombée en désuétude. Qu’est ce que la désuétude au sens général : Cessation, obsolescence, disparition, oubli, désaffection, déshérence. Qu’est-ce que la désuétude en droit ? En droit, la désuétude est définie comme "l’extinction de la force obligatoire d’une règle de droit par la non application prolongée". C’est différent d’une abrogation implicite ou explicite. Ce qui signifie qu’à tout moment la loi peut être saisie puisqu’elle existe dans le registre juridique.

Un couple lors d’une cérémonie

Or les lois abrogées ne peuvent plus réagir du fait que d’autres textes apportent des dispositions directement contraire à ces lois, mais en ce qui concerne la loi n°20/63, aucune abrogation n’a été faite. Une partie de la doctrine considère même que les lois désuètes sont simplement rangées dans le tiroir juridique mais peuvent réagir à tout moment dès qu’elles sont saisies. La loi tombe en désuétude par le comportement de la société qui marque son refus de l’observer.

Alors, plusieurs s’accordent en disant qu’il faut que cette loi soit revue, il faut qu’elle soit encadrée, d’autres disent qu’il faudrait complètement l’abolir. Nous, nous disons simplement que si cette loi est revue, c’est pour qu’elle rentre à nouveau en vigueur sur l’ensemble de tout le territoire gabonais, comme plusieurs pays africains où cette pratique est un délit de nos jours.

Nous réfutons cette autre forme de l’esclavagisme autour de cette pratique. Nous refusons la vente de la femme au Gabon, et nous pensons que les autorités compétentes en République gabonaise devraient simplement afficher leur position en faveur de l’application stricte de cette loi passée aux oubliettes à cause d’une coutume accaparée et déformée de son sens et caractère originel.

À suivre...

Jofrid Mayossa


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