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Montage financier

Des clés pour comprendre le scandale Pozzo di Borgo du couple Bongo-Accrombessi


Analyse
  • Des clés pour comprendre le scandale Pozzo di Borgo du couple Bongo-Accrombessi © 2018 D.R./Info241
Publié le 23 mars 2018 à 10h19min

Acquis à hauteur de 65 milliards de F.CFA (soit 100 millions d’euros) en 2010 par l’Etat gabonais, l’imposant hôtel Pozzo di Borgo continue de susciter d’épineuses questions. Dans un article récent paru dans le journal La Une n°176 du mardi 27 février 2018 et sur Info241, le juriste gabonais Augustin Emane (avocat et enseignant de droit à l’Université de Nantes) examine à les aspects juridiques de cette acquisition.

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En effet, en dépit du caractère extrêmement technique du sujet, le juriste gabonais nous donne de nouvelles clés de compréhension du montage financier et immobilier qui présida à l’achat du luxueux hôtel Pozzo di Borgo.

En reconstituant méthodiquement, pièce par pièce, le puzzle bâti à partir d’une procédure juridique complexe, Augustin Emane ne met pas seulement en lumière les pratiques obscures de l’acquisition de cet hôtel, il démontre comment les plus hautes autorités de l’Etat gabonais s’appuient sur deux sociétés écran - les sociétés civiles immobilières (SCI) des 49&51 rue de l’université et la SCI Val & Co - pour dépenser l’argent public au frais du contribuable gabonais.

Obscur montage financier

A la lecture de l’article d’Augustin Emane, on comprend mieux pourquoi le pouvoir gabonais s’est appuyé sur une société civile immobilière. La première hypothèse est qu’à travers cette SCI, l’acquisition de l’hôtel évite le circuit légal des dépenses de l’Etat. Ainsi les dépenses engagées au compte de l’hôtel Pozzo di Borgo ne sont pas inscrits au budget de l’Etat ; et donc ne peuvent être contrôlées par le parlement gabonais. Certainement parce qu’il est préférable que ce juteux achat soit le plus discret possible.

Le deuxième niveau du montage est la désignation du gérant de la SCI Maixent Accombessi, alors directeur de cabinet et proche d’Ali Bongo Ondimba. Le but est évident : placer une personne de confiance détentrice de pouvoirs directement rattachée à la présidence. Autrement dit, faire de l’hôtel Pozzo di Borgo une affaire présidentielle afin que ni le Parlement, ni la Cour des comptes ne viennent fourrer leur nez dans cette affaire.

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Toute la question reste à savoir comment s’est opérée la désignation du gérant Maixent Accrombessi. Certes des documents attestent qu’il aurait été désigné par assemblée générale mais des doutes subsistent quant à la tenue de ladite assemblée. Pour l’acquisition d’un bien aussi important, l’Etat se doit d’être le plus transparent possible. Le ministre du Budget de l’époque, Blaise Louembé, aurait-il participé à cette assemblée générale ? Magloire Ngambia, le ministre des Finances de l’époque et proche de Maixent Accrombessi, pourrait certainement mieux renseigner les Gabonais sur cette opération ?

En admettons que ce dernier ait pu prendre part à une assemblée générale de la très opaque Société civile immobilière, une question encore plus importante survient : pourquoi l’acte d’achat fut alors signé par le président Ali Bongo Ondimba en personne ? Comme le montre en détail l’article d’Augustin Emane. Pourtant le président de la République n’est pas habilité à parafer des actes de cette nature.

Au regard des faits, l’achat de l’hôtel Pozzo di Borgo aurait donc été piloté à la Présidence sans que le Premier ministre d’alors Paul Biyoghe Mba n’ait pu apposer sa signature et prendre connaissance d’un tel acte, lui qui en tant que Chef du gouvernement en était responsable devant le Parlement.

Alors, le ministre du Budget et le Premier ministre n’ayant pas signé cet achat d’hôtel, il serait curieux de savoir comment le gouvernement avait-il procédé au décaissement des fonds. Il semble que l’Etat gabonais fut dans un premier temps en incapacité d’acheter ce bien immobilier. Ce qui indiquerait que le trésor public gabonais, disons l’Etat, avait dû recourir à d’autres sources de financement. Mais par quel mécanisme exactement ? Nous l’ignorons encore. L’origine de l’argent nous plonge au cœur des enjeux de cette affaire.

Enjeux de l’affaire : une exigence de transparence et de bonne gouvernance

En commettant un communiqué visant à réaffirmer l’autorité de l’Etat sur l’immeuble Pozzo di Borgo l’ambassadeur du Gabon à Paris, Flavien Enongoué, n’est pas parvenu à lever tous les doutes sur cet achat. Au contraire, la sortie du diplomate gabonais a nourri les suspicions et les confusions qui pesaient déjà sur ce bien.

En se faisant escorter par un autre responsable de la SCI en la personne Georges Michel Roccofort alors même que les documents du greffe de Paris confirment Maixent Accombessi comme gérant. On peut en déduire que l’Etat gabonais ne serait pas le seul propriétaire de l’hôtel Pozzo di Borgo. Il y aurait manifestement un autre associé. Ce qui expliquerait la présence d’une deuxième SCI ?

Dans tous les cas, nous sommes en droit de savoir d’où provenait l’argent qui a permis d’acheter ce bien immobilier. Or, à ce qui semble, les choses ne semblent pas si claires que voudrait le laisser croire monsieur Enongoué.

Car à y regarder de près, les dirigeants africains sont coutumiers de ce type d’habillage pour acquérir des biens personnels en France. C’est ce que l’enquête sur les Biens mal acquis a permis de révéler. Ali Bongo n’a cessé de marteler qu’il ne possédait aucun bien en France et qu’il n’était nullement concerné par la tentaculaire affaire des Biens mal acquis dans laquelle la famille Bongo reste à juste titre fortement citée.

Si cet achat se révèle un grossier habillage ne visait qu’à masquer une énième affaire de biens mal acquis, l’on peut affirmer que la rupture en matière de bonne gouvernance reste un vœu pieux bien loin des intentions affichées par le pouvoir d’Ali Bongo. Ces soupçons de transactions financières opaques et sulfureuses s’inscrivent dans des affaires de malversations auxquelles le nom du gérant Maixent Accrombessi semble associé.

On le voit, l’acquisition de l’hôtel Pozzo di Borgo n’a pas encore livré tous ses mystères. L’éclairage du professeur Emane ouvre des perspectives intéressantes à la fois pour la justice française et pour les associations de lutte contre la corruption et les détournements de fonds au Gabon. N’est-ce pas là un challenge pour la « Résistance » gabonaise en France ?

Par Evivi Nguema


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