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Lettre ouverte

Crise post-électorale : un gabonais invite Jean Ping à se tourner vers nos ancêtres


Analyse
  • Crise post-électorale : un gabonais invite Jean Ping à se tourner vers nos ancêtres © 2018 D.R./Info241
Publié le 16 octobre 2018 à 14h07min

La crise post-électorale née de la présidentielle controversée d’août 2016 continue de faire parler d’elle. Dans cette lettre ouverte parvenue à la rédaction d’Info241 et adressée au président « élu » Jean Ping, un citoyen gabonais, Mengoune Saxenhofer, qui constate que « Le pouvoir démocratique est toujours vacant dans le pays de nos ancêtres », l’invite à consulter « l’ordre culturel du pouvoir ».

Ce qui faut s’avoir est que l’auteur de cette lettre ouverte, appartient au courant idéologique de la "Kamitologie" qui se définit comme l’étude des humanités classiques Africaines de l’antiquité à nos jours dans un prisme endogène pour la renaissance Kamit (négro-africaine).

Mengoune Saxenhofer appelle ainsi dans sa lettre, à "organiser les assemblées consultatives claniques et tribales pour dire dans nos langues, en s’appuyant sur nos rites et les chefferies traditionnelles, l’avenir constitutionnel que nous voulons pour notre pays et pour nos enfants".

Voici l’intégralité de cette lettre ouverte adressée à Jean Ping :

Monsieur le président,

Le pouvoir démocratique est toujours vacant dans le pays de nos ancêtres. Autant vous dire qu’ils ne sont pas satisfaits. Cette vacance obéit aux principes mécaniques de la justice, la paix et la rectitude qui sont devenus inexistants dans notre pays.

Si le pouvoir du peuple n’est toujours pas incarné, c’est parce qu’il existe un autre pouvoir qui a réussi jusqu’alors à obtenir obéissance par la force dissuasive financière et militaire.

Les conséquences sont connues : le délitement de l’ordre culturel de notre pays, la destruction volontaire de son socle social, un souverain qui ne sert pas le peuple, mais se sert lui-même.

La tradition intellectuelle de notre pays obéit à des principes alchimiques et hermétiques : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Ne pas tenir compte de ces principes nous condamne à l’échec perpétuel et au jugement punitif des ancêtres.

Il ne s’agit pas de volonté, ni d’avoir de la bonne volonté et encore moins d’avoir des réseaux ou une force financière. Mais il s’agit d’agir suivant la volonté du tout. S’il existe une vie ici-bas, il existe donc une vie ailleurs dans une autre dimension et qui influe sur nous. Ces deux dimensions forment le tout et communiquent entre elles.

Exister sans volonté ou avoir une volonté sans existence conduit à semer le doute au sein du peuple et crée une illusion génératrice du chaos (le grand désordre).L’ordre est toujours de l’ordre du tout. Incarner cet ordre, c’est vaincre son auto-soi, vaincre sa chaire pour se laisser guider par l’esprit, par les esprits.

Vous avez visité le monde impérialiste et bourgeois, sollicité ses instances politiques, mais la mouvementation, c’est-à-dire la somme des mouvements n’est toujours pas effective pour rétablir l’équilibre mécanique permettant au pouvoir démocratique de régner et d’être incarné en chacun de nous.

Mais avez-vous seulement consulté l’ordre culturel du pouvoir que vous voulez incarner ? Comment prétendre vouloir gouverner sans être habité par la source matricielle de nos principes alchimiques et hermétiques afin de vous distinguer ? Au risque de vous soumettre à l’ordre actuel, à terme corrompre votre âme. La volonté c’est un sens et un ordre de choses. La volonté des ancêtres doit-être comprise et ordonnancée pour parvenir à l’imposer à tous. Il faut s’ouvrir à ce qui est. Sacrifier votre volonté pour laisser la volonté ancestrale s’opérer à travers vous. Il faut chercher à réentendre l’ordre commun pour parvenir à nos desseins.

Le combat que vous voulez mener ne peut s’appuyer sur des théories philosophiques venues d’ailleurs. Il faut certes les connaître pour les comprendre afin d’avoir une vue d’ensemble, mais nous ne pouvons mener un combat en usant des stratagèmes conçus par l’extérieur, en interpellant les institutions qui servent les intérêts de ceux qui nous oppriment et dont ils nomment les fonctionnaires.

L’occident n’a jamais été pour une Afrique émancipée. Ils ont tout à y perdre. Il œuvre à chaque instant pour une domination totale et sans partage sur l’Afrique et assure ainsi son approvisionnement énergétique à moindre coût au péril de nos vies. C’est de cela dont il s’agit.

Par conséquent, jamais au grand jamais, ils ne nous viendront en aide. Les conflits armés sur le continent en sont un faisceau de preuve :
L’insurrection Malgache de 1947 fortement réprimée par la France avec la main de ses « tirailleurs Sénégalais » et ayant causé 89 000 morts. Le massacre par l’armée Française au Cameroun (1955-1962, 120 000 morts). La guerre civile du Soudan (environ 2 millions de morts depuis 1958) ; la guerre Éthiopie-Érythrée-Somalie (de 1961 à nos jours, plus de 700 000 morts) ; la guerre du Rwanda-Burundi (plusieurs guerres civiles depuis 1964, dont le génocide de 1994 : plus de 1 million de morts) ; la guerre du Tchad (1965, plus de 300 000 morts) ; la guerre du Biafra (1967 à 1970, 2 millions de morts) ; la guerre d’Angola (1975, plus de 1 million de morts) ; la guerre civile du Mozambique (1975 à 1992, plus de 1 million de morts et 5 millions de civils déplacés) ; la guerre Ougando-tanzanienne (1978-1979, 4 000 morts) ; la guerre civile au Liberia (1989-1996-1997, 150 000 morts) ; la guerre civile en Sierra Leone (1991-2002, 50 000 morts et 2,5 millions de déplacés) ; la guerre du Congo (depuis 1996, plus de 10 000 000 de morts) ; la guerre civile en Côte-d’Ivoire (2002-2011, plus de 1 million de morts).

Nos leaders politiques captifs, assassinés ou ostracisés par ceux-là qui nous oppriment : Toussaint Louverture, Marcus Garvey, Lumumba, Um Nyobè, Sankara, Nkrumah, Germain MBA, Amílcar Cabral, Sekou Touré, Olympio, Gbagbo, Kadhafi.

La solution aux problèmes actuels des Terres de l’Ogowè, improprement appelées « Gabon » existe et elle est endogène. Elle ne peut se manifester qu’à travers sa descendance à condition qu’elle cherche à réentendre son ordre commun et matriciel. Ce qui nous fait, n’est pas dans la constitution actuelle, ni dans les textes biaisés de l’ONU et encore moins ceux de la CPI. Mais dans nos villages, bien implanté au pilier central du corps de garde. Là où le Bwêtè, Ombwouiri, Melãn… (La source) descendent pour donner vie, force et santé à l’humanité depuis son existence.

N’agissons pas comme si nous étions une génération ex-nihilo. Un regroupement d’humain sans Culture ni Histoire en partage. Je tiens à vous rappeler que nous sommes les enfants de Emane Ntole, Gaspard Nyanga, Mavurulu ma Nziengui alias Nyonda ma Kita, Ntsiengui-Mfudu, Nza Mbadinga, Kas Maviri, Mbombè, Wongo, Samory Touré.

Notre culture s’exprime à travers les danses Okoukouwe, Mengane, Elone, Njèmbè, Elombo, Ikoku, Lendjobi, lingwala, les chants polyphoniques Bibayak, le tam-tam, la cithare, le Mougongo, le Nfule, les Mains, les Pieds, la Tête, le Postérieur.

Mais aussi à travers notre gastronomie millénaire : Le Manioc, le Nyembwoué, l’Odika, Ñname okè, Ngouna owone, Époti et d’autres mets à base de fruits de la forêt et des eaux.

La vie cultuelle de notre pays s’exprime à travers des rites circonstanciés : le Bwêtè et le Mboumba éyano pour la renaissance de l’Homme, le Mouiri pour devenir l’homme et quitter la peau de l’adolescence, l’Elombo pour l’initiation de la femme, l’Okouyi pour accompagner le défunt dans son voyage, l’Izourgha pour le retrait de deuil, le Nom à la naissance pour faire réincarner l’ancêtre revenu, la Circoncision pour rendre viril et transformer l’androgynie en masculinité.

Le Mariage dit « traditionnel » d’ailleurs plus estimé dans nos mœurs que celui dit « civil ». La civilité étant un ensemble de règles de vie en communauté : C’est-à-dire la culture. Il convient donc d’admettre qu’il y a coexistence de deux institutions l’une endogène et l’autre exogène qui ont toutes deux pour but de consigner des vœux d’union entre deux familles pour la première et entre deux individus pour la seconde. Pardonnez-moi de le dire, c’est un non-sens, un doublon.

Notre patrimoine culturel est le lègue de nos ancêtres qui ont toujours habité cette terre traversée par l’Ogowè comme une artère qui irrigue nos cœurs et donne vie à ses enfants.

Il apparaît incontestable que pour rétablir le pouvoir démocratique par la volonté populaire, le peuple doit être consulté à travers l’institution qui rythme sa vie : le corps de garde. C’est en effet là que nous parlementons pour l’individu et le collectif suivant la dimension clanique ou tribale. Il ne s’agit pas d’un repli identitaire, mais d’une prise de recul collective dans notre repère culturel.

Cette prise de recul est une nécessité vitale à la croisée des chemins où nous sommes. La convergence du peuple sera évidente lorsque la superstructure idéologique est totalement endogène. Il n’y aura aucune possibilité de quiproquos comme on peut le constater à travers les différents partis politiques dont le rôle majeur se résume à participer ou à boycotter une élection. Il n’y a d’ailleurs pas d’idéologie dans ces partis, mais des convictions individualistes.

Nous devons donc et sans plus attendre, organiser les assemblées consultatives claniques et tribales pour dire dans nos langues, en s’appuyant sur nos rites et les chefferies traditionnelles, l’avenir constitutionnel que nous voulons pour notre pays et pour nos enfants. Cette démarche devra aboutir à une nouvelle constitution inspirée de notre réalité culturelle et à la création de nouvelles institutions représentatives du peuple pour réaliser son essor spirituel et social.

Vous pouvez compter sur l’implication du peuple comme par le passé à vous accompagner dans cette démarche et à œuvrer pour son effectivité.

La sagesse Africaine dit : « Prend conseil auprès de l’ignorant comme du savant car on n’atteint jamais les limites de l’art et il n’existe pas d’artisan ayant atteint la perfection ».

Que les ancêtres vous guident et vous accordent vie, force et santé pour libérer notre pays.

Paris, le 07 octobre 2018.

Mengoune Saxenhofer


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