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Crise politique Gabonaise : Marc Ona sollicite l’arbitrage de François Hollande

Crise politique Gabonaise : Marc Ona sollicite l’arbitrage de François Hollande
Marc Ona Essangui © 2015 D.R./Info241

L’un des leaders de la société civile gabonaise, Marc Ona Essangui, jeudi 19 février avec Hélène Le Gal, conseillère du président de la République Française, François Hollande pour les affaires africaines dans son cabinet, sis au 2 rue de l’Elysée à Paris (France).

L’entretien s’est articulé autour de tous les sujets préoccupants au Gabon partant de la crise politique jusqu’à la crise sociale. Au regret, c’est visiblement l’arbitrage de François Hollande, incarnant la nouvelle puissance néocoloniale française qui est une fois de plus sollicité.

A cette occasion le Prix Goldman lui a brossé un bilan réel de la crise qui sévit le Gabon. Il semble implorer, comme l’ensemble des membres du Front uni de l’opposition un énième arbitrage de l’ancienne puissance coloniale, qui, raison gardé, à la main mise totale des Etats africains, à travers le système machiavélique tristement célèbre, « Françafrique » sur la durée et les destins de tous les présidents de la république des pays se trouvant dans le pré-carré français.

Selon le Pirx Goldman, figure de proue de la société civile gabonaise, « nous avons abordé au cours de cette audience de près d’une heure les questions économiques, politiques et sociales. A l’issue de la rencontre, je lui ai remis un mémorandum de la société civile libre destiné au Président de la République française. »

Vous lirez dans les lignes qui vont suivre, l’intégralité de ce mémorandum pour une large information et prise en compte par tous les partis de tous bords.

"Mémorandum à la très haute attention de son Excellence François Hollande Président de la République française

CONTEXTE ET JUSTIFICATION

Depuis la sortie du livre, « Nouvelles Affaires Africaines - Mensonges et pillages au Gabon » aux Editions Fayard, du journaliste français d’investigation, Pierre Péan, le 30 octobre 2014, la vie politique gabonaise est en ébullition. La gravité des informations contenues et révélées dans ce brûlot à l’endroit du pouvoir actuel ne pouvait laisser indifférents les acteurs politiques du pays, qu’ils appartiennent à l’opposition, au pouvoir ou à la société civile.

Depuis cette date fatidique, le Gabon s’est embrasé avec les événements du 20 décembre 2014 qui ont caractérisé une crispation du climat sociopolitique. Les grands chantiers du gouvernement sont presque tous à l’arrêt pour absence de financement. Dans le même temps, les revendications sociales se sont accentuées et les différentes grèves syndicales paralysent l’administration publique.

Le secteur privé s’essouffle chaque jour car l’activité économique tourne au ralenti et commande aux licenciements. Un malheur n’arrivant pas seul, la chute drastique du cours du baril du pétrole qui s’apprécie actuellement à 50 dollars contraint le gouvernement du premier ministre Ona Ondo Daniel à revoir la loi de finance 2015, bâtie sur une prévision à 100 dollars le prix du baril de pétrole. Le Gabon se porte objectivement très mal et la crise multiséculaire qui le secoue en est le symptôme évident.

SORTIR DE LA CRISE ACTUELLE

Plusieurs hypothèses toutes aussi les plausibles les unes que les autres sont envisageables :

a. LE COUP D’ÉTAT MILITAIRE : la pire des hypothèses verrait l’arrivée au pouvoir des militaires qui justifieraient leur action par la chienlit installée au Gabon et l’absence d’autorité manifeste des politiques à conduire le destin de la nation. La suite de cette hypothèse reste problématique à envisager, car les militaires se sont avérés, pour certains de réels hommes d’Etat qui tiennent leurs promesses, pour d’autres de simples avides de pouvoir qui entendent par la force armée y rester le plus tard possible.

b. L’INSURRECTION POPULAIRE : dépassé par la crise sociopolitique qu’elle n’arrive pas à résoudre, le gouvernement serait renversé, et le chef de l’Etat contraint à la démission et même à l’exil par une violente éruption populaire, surtout si les salaires des agents de l’Etat ne sont pas payés.

L’opposition radicale réunie dans la plate-forme politique du Front érigerait alors un Conseil National de la Transition (CNT) qui (a) suspendrait la constitution, (b) dissoudrait les institutions pour leur remise à plat, (c) convoquerait une Conférence Nationale Souveraine (CNS) pour un grand débat républicain dont les bases de travail s’appuieraient sur la constitution du 26 mars 1991 qui fut l’objet d’un consensus politique unanime à l’issue de la conférence nationale de 1990.

La CNS érigée en constituante fixerait le périmètre d’action et la durée du mandat du CNT. A l’issue de cette transition, des élections générales (présidentielles, législatives et locales) auraient lieu et consacreraient l’avènement la Nouvelle République du Gabon.

c. L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2016 : contre vents et marées, et malgré la fronde sociale et une opposition plus incisive, le chef de l’Etat réussit à finir son mandat et entend se représenter à la prochaine échéance présidentielle pour se succéder. En dépit du discrédit qui pèse sur sa probité quant à sa filiation, son acte de naissance, son diplôme de docteur en droit, sa gestion septennale, la nature même d’Ali Bongo Ondimba le pousserait à être de nouveau candidat.

Le rejet quasi-unanime que sa personnalité suscite auprès des populations gabonaises rendrait explosive et hautement risquée la prochaine présidentielle si le cadre constitutionnel et institutionnel reste inchangé. Il faut craindre alors une présidentielle de tous les dangers avec la possibilité pour le Gabon de ne pas échapper aux démons qui ont englouti le pays frère de Côte d’Ivoire après les élections présidentielles de 2010.

Dans cette hypothèse, et pour éviter le pire, la Société Civile Libre du Gabon, en toutes ses composantes, formule les recommandations suivantes.

RECOMMANDATIONS

Les conditions idoines pour une transparence électorale sont connues de tous les acteurs politiques gabonais. Mais, la mauvaise foi de certains d’entre eux, notamment ceux du parti au pouvoir qui récusent toute alternance démocratique, rend difficile la bonne mise en œuvre des instruments électoraux. Les institutions actuelles, partiales et à la solde du parti au pouvoir, n’agiront jamais pour le bon déroulement des élections et le respect du vote du peuple souverain.

Ici, le mot d’ordre restera cette phrase du défunt président Omar Bongo Ondimba : « On n’organise pas une élection pour la perdre. » Cet triste adage s’est toujours vérifié au cours des élections présidentielles de 1993, 1998, 2005 et 2009. Il en va de même pour toutes les autres élections législatives et locales effectuées depuis les années 1990.

Préalables La société Civile Libre du Gabon, en toutes ses composantes, recommande comme préalables :

1. La mise en place d’une commission quadripartite composée (1) du pouvoir, (2) de l’opposition, (3) de la société civile et (4) de la communauté internationale ;
2. Le départ des personnalités ci-après et la nomination consensuelle par cette commission quadripartite de nouvelles qui exerceront leur mandat en toute impartialité :
a. Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente de la Cour constitutionnelle ;
b. René Aboghe Ella, président de la commission électorale nationale et permanente ;
c. Guy-Bertrand Mapangou, ministre de l’Intérieur.

La commission quadripartite dont le mandat s’étalera en amont, pendant et en aval des élections, œuvrera sur :
1. La révision de la loi fondamentale où le consensus de 1990 serait à nouveau consacré : un scrutin présidentiel uninominal à deux tours, un mandat présidentiel de 5 ans, renouvelable une seule fois, une meilleure redistribution des prérogatives des chefs de l’exécutif et du gouvernement, une suppression des institutions constitutionnelles inutiles et pourtant coûteuses.

2. La constitution du fichier électoral et du fichier d’état civil plus en adéquation avec le corps social du Gabon.

3. L’élaboration d’une nouvelle loi électorale qui reviendra sur le découpage actuel où certaines circonscriptions ne nécessitent que 400 électeurs pour être élu député quand d’autres exigent 3.000 votants.

4. La réelle introduction de la biométrie dans le processus électoral depuis l’identification physiologique de l’électeur, jusqu’à l’authentification de ce dernier le jour du vote, en passant par l’élaboration des listes électorales et des cartes électorales biométriques.

5. La compilation des procès-verbaux issus des différents bureaux de votes, l’analyse et la proclamation des résultats électoraux.

CONCLUSION. L’intérêt de la France, dans ce qui relève bien des affaires intérieures du Gabon, se trouve dans la stabilité sociopolitique de ce pays, gage d’un meilleur climat des affaires réclamé par de nombreuses entreprises françaises implantées au Gabon.

A contrario, un nouveau foyer de tension à l’image de la République sœur de Centrafrique imposerait quand même à la France de prendre ses responsabilités pour sauvegarder les biens et les personnes de nationalité française vivant au Gabon.

Fait à Libreville, le 18 février 2015
Pour la Société civile Libre
Marc Ona Essangui


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