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CAN2017

A 10 jours du coup d’envoi de la CAN 2017, toujours pas d’engouement à Libreville


Analyse
  • A 10 jours du coup d’envoi de la CAN 2017, toujours pas d’engouement à Libreville © 2017 D.R./Info241
Publié le 4 janvier 2017 à 12h57min

La crise post-électorale au sortir de l’élection présidentielle du 27 août dernier gâchera-t-elle la fête du football africain ? A dix jours du coup d’envoi de la 31e édition de la Coupe d’Afrique des Nations 2017, dans la capitale gabonaise aucune effervescence n’est perceptible comme ce fût en 2012 . Info241 a sillonné les artères de Libreville où le coup d’envoi sera donné, les citoyens demeurent atterrés par la crise politique, sociale, économique et les massacres du 31 au 02 septembre qui ont suivi la proclamation de la victoire contestée à la présidence de la République gabonaise d’Ali Bongo Ondimba.

Il faut souligner que la la 31e édition de la Coupe d’Afrique des nations de football, qui est désormais baptisée « Coupe d’Afrique des Nations Total » dont le géant pétrolier français Total est désormais le sponsor officiel pour les huit années prochaines, aurait dû se tenir en Libye, mais le pays s’est désisté en raison de sa situation politique interne.

La compétition qui célèbre également le 60e anniversaire de la compétition se déroulera du 14 janvier au 5 février 2017 dans quatre villes : Libreville, Franceville, Port-Gentil et Oyem. Mais l’’attribution du tournoi au Gabon a également fait naître plusieurs polémiques, d’ordre géographique et politique. En effet, durant la présente décennie, l’Afrique centrale a organisé quatre fois la compétition en 2012, 2015, 2017 et 2019 au Gabon, en Guinée Équatoriale et au Cameroun.

Il faut noter également que le Gabon a accusé plusieurs retards criards dans l’achèvement des infrastructures sportives, stades, centres hôteliers aux normes suite à la récente crise économique et sociale (chute du baril du pétrole). Aggravée par la récente crise politique, après l’élection présidentielle contestée d’Ali Bongo, suivi de nombreux citoyens morts, dont certains corps demeurent introuvés et plusieurs familles endeuillées n’arrivant pas de faire le deuil de leur proche vraisemblablement disparu.

Bien que le Comité du COCAN se prépare déjà à recevoir spectateurs, journalistes et personnalités d’Afrique et d’ailleurs pour une compétition qu’il veule ’’exceptionnelle que le pays organise pour la deuxième fois de son histoire’’, comme l’ont déjà constaté avant nous, les confrères de TV5 Monde Afrique, partant des postes de ventes de billetteries, aux quartiers chauds de la capitale, aucun engouement n’est perceptible à Libreville et même dans d’autres villes qui accueilleront cette fête sportive africaine.

Normalement, à J -10, la ferveur devait commencer à se faire sentir dans les rues et sur les plages de Libreville, bien que selon le COCAN, ’’un flash mob inédit a été organisé, rassemblant plusieurs centaines de personnes pour une chorégraphie festive et colorée afin de célébrer le football africain’’, la tiédeur et le constat amer de l’intérêt de cet événement en situation de crise généralisée demeure présents.

Dans plusieurs quartiers de Libreville que nous avons sillonné, les citoyens interrogés n’ont pas la tête au divertissement ni au festif. Pour un commerçant qui devait normalement se réjouir en cette période : ’’Encore une autre Can de plus, mais les gens n’ont plus d’argent même ’’les émergents’’ qui nous faisaient des bénéfices viennent prendre tout en crédit. Et le bas peuple ? Ainsi, la pauvreté criante, le système éducatif bancal et haché, la misère au Centre hospitalier de Libreville, le manque des produits de première nécessité dans de nombreux foyer font sombrer le moral du peuple gabonais.

Pour un enseignant interrogé dans un établissement de la capitale, ’’comment Ali Bongo et son gouvernement peuvent juger opportun et utile d’organiser une CAN dans un pays où les secteurs éducatif, sanitaire, industriel, universitaire et bien d’autres encore sont en panne.’’ Avant de poursuivre son questionnement empli d’étonnement en ces termes : ’’Comment organiser un tel événement lorsqu’on sait le fiasco en termes de retour sur investissement et des retombées palpables après l’édition de 2012 ? Bien que co-organisée avec la Guinée Equatoriale qui a capitalisé pour sa part cette édition en construisant des infrastructures hôtelières et sportives modernes.

Pour un économiste gabonais, ’’l’organisation d’un tel événement en période de crise politique post-électorale majeure est contre productive. Car au Gabon l’heure n’est pas au festif ni au divertissement populaire. Mais aux réformes économiques qui passent par une réduction forte de la dépense publique et de la dette publique qui ont explosé depuis 2009. Il faut souligner que le Gabon est confronté à une dette publique qui représente 42% de son PIB en 2016 selon la COFACE, 50.1% selon le FMI.’’

Avant de marteler ce qui suit : ’’Des autorités gouvernementales responsables et soucieuses de la bonne gouvernance et du bien-être des populations devraient chercher en urgence des solutions susceptibles d’alléger le poids de la dette économique. Alors que le contexte économique marqué par un recul des recettes budgétaires commande plutôt à une réduction urgente du train de vie de l’Etat, les autorités semblent avoir fait le choix du rééchelonnement de la dette. Et des emprunts honteux compulsifs en plus investis dans le festif et le divertissement sportif.’’

Un autre son de cloche est venu d’un spécialiste du tourisme hôtelier au Gabon, qui selon lui le Gabon enregistre un déficit de près de plus 4000 chambres -Libreville-Port-Gentil et Franceville prises ensemble-, qui révèle un inventaire de 2593 chambres seulement disponible, tous centres hôteliers confondus.

Mais devant ce constat accablant, pour l’heure les autorités gouvernementales et leurs commis organisateurs du COCAN, en attendant le lancement officiel de cette grande fête qui se veut populaire qui se déroulera du 14 janvier au 5 février 2017 en terre gabonaise, ’’invitent le peuple gabonais affamé à se mettre dans l’ambiance avec la vidéo du flash mob partagé sur les réseaux sociaux’’. Avec une précision de taille bien que la misère soit quotidienne et très pesante, n’hésitez pas à en faire large diffusion ! En vous gavant du festif et du divertissement. Drôle d’urgence des enjeux du développement made in Ali Bongo Ondimba !


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