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Corruption : 700 milliards de FCFA dilapidés au Gabon depuis 2011 selon Transparency


Economie
  • Corruption : 700 milliards de FCFA dilapidés au Gabon depuis 2011 selon Transparency © 2015 D.R./Info241
Publié le 2 février 2015 à 18h26min

Selon un rapport de Transparency international publié en décembre dernier portant sur la corruption et la bonne gouvernance dans le monde, de 2011 à 2014 ce serait la somme colossale de 700 milliards de FCA qui aura été détournée par l’État gabonais sous le magistère d’Ali Bongo Ondimba.

« L’économie est comme un organe vivant qui réagit aux défis extérieurs. L’Etat a le devoir de veiller sur sa bonne santé, de la protéger contre les vices des hommes véreux, les aléas de la nature », affirmait Guy Sorman un intellectuel libéral français qui s’inscrit également dans la défense des droits de l’homme. Aujourd’hui, le délitement de l’esprit public est au sommet de l’Etat et dans ses rouages. L’Etat est devenu le lieu privilégié d’accaparement patrimonial.

En effet, les autorités politiques gabonaises, qui semblent loin d’incarner des Hommes d’Etats et de satures respectables, brillent depuis maintenant plus de 50 dans l’enrichissement illicite. Et ce par une corruption qui favorise le détournement abusif des deniers publics en causant une fracture sociale criarde. Selon Transparency International, de 2011 à 2014 au Gabon, c’est la faramineuse somme de 700 milliards de FCFA qui auraient été détournée dans une corruption organisée par l’État gabonais sous les auspices d’Ali Bongo et du régime PDG-clan Bongo.

En effet, pour une population d’à peine 1,6 millions d’habitants au Gabon, soit l’équivalent de la population totale de l’une des 22 régions de France, la Bourgogne, estimée exactement à 1.642.440 habitants en janvier 2009. Avec des budgets annuels colossaux en constante augmentation, soit 2096 milliards en 2010 (3,1 milliards d’euros), 2365 milliards de francs CFA en 2011 (3,6 milliards d’euros), 2453 milliards de francs CFA en 2012 (3,7 milliards d’euros).

Et arrêté pour 2013 à 3141 milliards de francs CFA soit 4,7 milliards d’euros, les dirigeants actuels du Gabon peinent à assurer le minimum vital à leurs populations (eau, logement, transport, éducation, formation, aides sociales diverses…). Alors qu’en Bourgogne où des réalisations impressionnantes ont été réalisées pour améliorer le niveau et la qualité de vie des populations, les budgets enregistrés étaient largement inférieurs à ceux votés chaque année au Gabon.

C’est alors qu’on note qu’en 2010, le budget annuel était de 780 millions, avant de passer à 819 millions d’euros en 2011 puis à 825,62 millions d’euros pour l’année 2012. Une augmentation qui semble se justifier par la crise qui sévit dans toute l’Europe et par cette volonté de toujours rechercher le meilleur pour les populations dont on a la charge. Ainsi sommes-nous passé de la gestion patrimoniale à la mangéocratie ou le "festin des vautours" perpétré par un système clan Bongo-PDG au pouvoir depuis 47 ans sans alternance démocratique.

L’impunité, "fille aînée" de la mauvaise gouvernance en Afrique subsaharienne ?

L’impunité et la mauvaise gouvernance sont les deux faces d’une même pièce ; elles engendrent à la fois des crimes économiques, des malversations financières, d’une part, et des crimes humains, de sang, d’autre part. Elles constituent la sève nourricière du sous-développement, du marasme économique et altèrent la cohésion sociale.

L’Etat ne peut pas dans ce contexte assurer son rôle de régulateur social, de redistribution équitable. La mauvaise gouvernance est caractérisée par le non-respect de l’Etat de droit, la modification unilatérale des normes préexistantes par des gouvernants cherchant à se pérenniser au pouvoir à tout prix (cf. les modifications constitutionnelles).

Le monde entier, in extenso, et l’Afrique, en particulier, sont en proie à trois tares congénitales majeures : les conflits identitaires où la captation du pouvoir est caractérisée par l’ethnocentrisme, le tribalisme, la religion et le régionalisme ; ensuite la mauvaise gouvernance endémique qui engendre un déficit démocratique ; et enfin la violence politique de l’Etat et ses démembrements avec les forces de sécurité au centre du pouvoir politico-économique et de la production de la violence.

Par contre, la bonne gouvernance et la lutte contre l’impunité assurent la respiration d’un système démocratique et sont un contre-pouvoir par excellence à ces dérives. Barack Obama estimait, le 11 juillet 2009 au Ghana qui est une singularité démocratique, que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais plutôt d’institutions fortes ! ».

Le concept « d’institutions fortes » est synonyme de la notion de contre-pouvoir qui est la panacée pour consolider la bonne gouvernance, mettre fin à l’accommodement à la culture de l’impunité et de l’injustice, à l’exercice solitaire et autocratique du pouvoir, à l’avilissement de la personne humaine, à la violence, aux nombreux et répétitifs manquements aux droits de l’Homme.

La vitalité d’une démocratie se juge donc à l’aune de ses contre-pouvoirs, de la promotion et la garantie de l’Etat de droit, de la gestion rigoureuse des fonds publics et, surtout, au cercle vertueux créé entre l’armée et la classe politique. La bonne gouvernance est l’antidote de l’impunité, la colonne vertébrale de la démocratie, le gage d’une bonne croissance économique qui induit une redistribution des richesses nationales, la paix sociale.

Mais, elle est devenue une victime collatérale de l’impunité qui est la sève nourricière de l’autocratie, du sous-développement, du marasme économique et social avec un impact néfaste pour les finances publiques de l’Etat, un manque à gagner qui altère le bon fonctionnement des services publics (écoles, hôpitaux, projets agricoles, etc.).

L’impunité et la mauvaise gouvernance ont donc une filiation génétique mortifère ; ce sont des concepts et des pratiques intimement liés qui ont été parmi les nombreux leitmotiv et motifs de mobilisation des insurgés au Maghreb et dans le monde arabe où les peuples se réveillent et sont résolus à mettre fin à la confiscation des libertés fondamentales, à la pauvreté, à la corruption et à l’impunité.

Par contre, certains gouvernants utilisent avec cynisme la lutte contre l’impunité comme une arme politique contre leurs adversaires politiques. Cherchant à éradiquer la violence politique et les crimes qui caractérisent ces régimes oppressifs et dictatoriaux, la communauté internationale a élaboré des mécanismes, des outils tant législatifs que juridictionnels pour annihiler toute forme d’immunité, d’impunité.

Des réticences demeurent, notamment en Afrique subsaharienne où les séquelles de la Françafrique perdurent et des dictatures dynastiques, sclérosées, fossilisées et séniles font de la résistance avec une nouvelle génération de Présidents "dignes héritiers de leurs pères" et des présidents septuagénaires "malades".

La bonne gouvernance : une victime collatérale de l’impunité

L’impact de la corruption ou le festin des vautours est favorisé par l’impunité, le plus grand mal qui ronge les Etats d’Afrique subsaharienne est la corruption qui est une pieuvre tentaculaire omniprésente dans les rouages de l’Etat et la société, dans les mœurs de la gestion administrative, politique, économique et commerciale.

En effet, la corruption est un phénomène complexe à géométrie variable. Etymologiquement « la kleptocratie est un gouvernement de voleurs » : du grec kleptos, voleur et de kratos, pouvoir, autorité. Ce néologisme a été créé par l’écrivain et journaliste lauréat du « Prix Albert Londres » Patrick Meney pour désigner le gouvernement Russe sous Boris Eltsine (1931-2007).

La détention de position et le pouvoir discrétionnaire des agents publics entrainent la quête de rente encouragée par l’inefficience institutionnelle et la faiblesse des contre-pouvoirs, avec une presse non indépendante et non investigatrice, un pouvoir judiciaire domestiqué, déficient, une cour des Comptes démunie.

Des recettes provenant de l’exploitation des matières premières « stratégiques » (pétrole, Coltrane, uranium, diamants, cacao, etc.) deviennent la « cagnotte » du chef de l’Etat et ne sont pas prises en compte dans le budget de l’État.

L’impact négatif sur les finances et les services publics

Selon Chantal Uwimana, directrice Afrique à Transparency International, le coût de la corruption est exponentiel ; lorsqu’elle touche les élites, elle peut avoir des effets dévastateurs avec la complicité de partenaires occidentaux qui ont permis le dépôt de fonds détournés dans des comptes bancaires secrets. Selon la Banque mondiale, la corruption aurait représenté, en 2001-2002, mille milliards $ soit environ 3% des échanges de la planète.

D’après elle, un pays d’Asie a perdu au cours des 20 dernières années, du fait de la corruption, 48 milliards ; soit plus que sa dette extérieure totale qui s’élève à 40,6 milliards. Environ 30 milliards $ sortis du Nigéria (cf. 2,2 milliards de Sani Abacha) auraient été déposés dans des banques étrangères. Au Cameroun plus de 1300 milliards de FCFA de recettes publiques ont été détournés en 6 ans.

En Guinée, 9 000 milliards de dépenses de l’État auraient été effectués par les instances de transition entre décembre 2008 et décembre 2010. Selon l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) de Transparency International publié le 26 octobre 2010, elle est le 15ème pays le plus corrompu dans le monde.

Au Burundi, la brigade anti-corruption et l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME) ont enquêté sur 2 223 cas et estimé les pertes financières du Trésor public à plus de 81 milliards de francs burundais.

Au Sénégal, l’Agence de Régulation des Marchés Publics a épinglé la gestion de l’Agence nationale pour l’organisation de conférence islamique sur 2 marchés des 432 Milliards de Francs CFA pour l’accueil du sommet en mars 2008.

L’organisation Transparency international a publié, le 3 décembre dernier, son rapport 2014 sur l’état de la corruption dans le monde. Sur les 175 pays passés en revue, le premier pays africain le moins corrompu, le Botswana, se classe à la 31e place et la plupart des pays du continent se retrouvent dans les profondeurs du classement. Ce qui montre que la corruption reste une gangrène qui freine l’essor du développement réel du continent africain.


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