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Crise sanitaire

Ali Bongo heureux de voir la Chine s’investir à sa place pour la santé des Gabonais


Analyse
  • Ali Bongo heureux de voir la Chine s’investir à sa place pour la santé des Gabonais © 2017 D.R./Info241
Publié le 12 octobre 2017 à 10h37min

Les politiques publiques sanitaires et l’offre de santé au Gabon ont brillamment montré toutes leurs limites. Les gabonais nantis proches du régime suivent des soins des structures sanitaires huppées à l’étranger alors que les autres citoyens meurent tous les jours dans des hôpitaux du pays faute de soins de qualité. Pendant ce temps, Ali Bongo organise des parades médiatiques avec des autorités chinoises bienfaitrices à bord du navire-hôpital L’Arche de la paix, amarré au nouveau port d’Owendo. La santé serait soudainement une des préoccupations majeures du dictateur vomi par le peuple gabonais suite à son bilan calamiteux. Tout de même, le leader du système Bongo-PDG s’enorgueillit que l’armée chinoise soit venue à la rescousse de nombre de vies gabonaises à travers des manœuvres médico-militaires cosmétiques temporaires.

L’État gabonais a trop investi massivement dans la construction compulsive des hôpitaux et les centres de santé sur tout le territoire dont les marchés ont été quasiment tous attribués à Vamed Engineering, dirigé par Roberto Tomasini Grinover, un proche conseiller si ce n’est son colistier, prête nom d’Ali Bongo dans les affaires fructueuses au Gabon. Mais une équation demeure introuvable à nos jours par le régime gabonais numéro 1 des détournements des deniers publics : l’absence des médecins qualifiés et le personnel soignant pour les faire tourner. En faisant un tour de ville des centres hospitaliers de la capitale gabonaise et d’Owendo, et sur tout le territoire national, le constat effarant est identique. Il existe certes des infrastructures de pointe, mais le personnel soignant est rattrapé par la réalité d’une absence criarde des politiques publiques sanitaires viables.

Bien que les hôpitaux soient neufs ou vétustes, le manque chronique en médecins et en personnel médical ainsi que leur affectation déséquilibrée sur le territoire national est une réalité patente qui explicite l’inefficacité prouvée de l’offre de santé au Gabon. Et toutes les sommes colossales provenant des deniers publics dépensées chaque année depuis 50 ans par l’État n’y font rien. Ainsi, à titre d’exemple, le manque d’effectifs du personnel soignant est tout aussi critique à Libreville, Port-Gentil, Franceville qu’à Bitam. Cette dernière ville du pays est ainsi dotée d’un centre hospitalier régional de pointe, qui a coûté 9 milliards de F CFA (plus de 13,7 millions d’euros), mais son service d’ORL n’a jamais ouvert faute de spécialiste. d’où la prolifération des cliniques privées onéreuses dans toutes les grandes villes du Gabon.

D’ailleurs, un peu plus à l’est, en plein cœur du Haut-Ogooué, province natal des tenanciers du régime dictatoriale gabonais depuis 1968, le centre médical de Ngouoni, également ultramoderne, attend lui aussi ses praticiens. Sur 40 salariés, il ne dispose que de 21 soignants diplômés, dont un seul médecin, généraliste. La maternité, elle, fonctionne sans sage-femme, et les patientes sont prises en charge par du personnel formé sur place. Dans tous les services des urgences, le constat alarmant est le même. Débordement des malades, une grande fil d’attente qui dure des heures durant, pour des personnes mourantes et affaiblies qui sont dans le besoin urgent des soins. La sécurité sociale maladie est un boulet pour l’Etat qui ne paye plus ses dettes aux pharmacies. Résultat des courses : les Gabonais maladifs se voient renvoyer à leurs turpitudes car les pharmaciens appauvris ne donnent plus des médicaments sans acomptes aux personnes assurées. Quid de la CNAMGS, tant vantée par Ali Bongo et son régime controversé.

L’exemple le plus emblématique est l’abandon des malades mentaux au Gabon. Partant des services de psychopathologie de Mélen, en passant par le centre de santé de Bitam, comme dans les autres villes et villages du pays les malades mentaux déambulent dans les rues ou sur les chemins, abandonnés à eux-mêmes, au mépris de la dignité humaine et de la solidarité communautaire. Une triste réalité banalisée dans le pays qui résume la résignation totale d’Ali Bongo et sa cohorte d’amis ministres à endiguer l’épineux problème de santé publique en terre gabonaise. Mais face à cette réalité accablante, Ali Bongo a fait le choix des parades communicationnelles et médiatiques, véritables et pures saupoudrages qui montrent l’incapacité de son gouvernement contesté à solutionner les problèmes de santé au Gabon.

En effet, accueilli à la coupée par le contre-amiral Guan Bailin, le commandant du navire, et par l’ambassadeur de la République populaire de Chine, M. Hu Changchun, le despote-président Ali Bongo a passé en revue un détachement de l’Armée populaire de libération et s’est fait présenter les équipements médicalisés de l’hélicoptère Super Frelon Z-8 embarqué sur ce bâtiment de 178 mètres, jaugeant 14.300 tonnes et pourvu de 4000 m² d’espaces dédiés aux soins. Au terme d’une escale d’une semaine au Gabon inscrite dans le cadre de la tournée Harmony 2017 de L’Arche de la paix, Ali Bongo dont l’image est plus qu’écornée par la communauté internationale notamment suite à la dernière résolution de l’Union européenne, il s’est attaché curieusement à établir le bilan de l’opération et s’est assuré de l’établissement d’une parfaite chaîne de suivi avec les établissements hospitaliers gabonais.

A quand le bilan de la situation alarmante de la santé au Gabon ? A quand bilan des politiques publiques sanitaires mortifères au Gabon ? A quand bilan de tous les investissements engagés aux frais de l’Etat pour la construction de tous ces centres hospitaliers quand on sait qu’Ali Bongo et tous ses affidés du régime autocratique gabonais se soignent à l’hôpital américain de Neuilly en France ou au Maroc ? Au fil de sa visite, accompagné par les officiers et médecins de liaison du Service de santé militaire, le dictateur Ali Bongo est allé à la rencontre de nombreux patients gabonais pris en charge par les quelque 600 médecins et infirmières de ce navire chinois frappé de la Croix-Rouge et protégé par les conventions de Genève.

Est-ce un énième signe envoyé au peuple gabonais que le gouvernement controversé d’Issoze-Ngondet a jeté l’éponge quant à l’assurance d’une mission régalienne, exigence de l’Etat à réaliser des politiques publiques sanitaires urgentes qui s’imposent au Gabon ? Les Gabonais et Gabonaises devraient-t-ils désormais rêver aux opérations humanitaires des pays étrangers, après la Chine, pour espérer se soigner dans les règles de l’art ? Où va donc les sommes importantes de l’argent du contribuable gabonais affectées à la santé chaque année dans la loi des finances gabonaises ?


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