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Crise Poste Gabon

Alfred Mabika accuse Issoze Ngondet d’avoir plombé les finances de La poste gabonaise


Société
  • Alfred Mabicka, hier à Paris lors de sa conférence de presse © 2017 D.R./Info241
Publié le 17 février 2017 à 10h02min

Le scandale de la crise économique que traverse le groupe La Poste Gabon est au cœur de l’actualité gabonaise. Dans une conférence de presse organisée le 16 février à Paris, l’ancien P-DG de La Poste, Alfred Mabika-Mouyama a rompu le silence à travers la sortie de deux livres : « La Poste au Gabon : controverses & manipulations politiques » et « Du cœur à l’ouvrage » avec pour sous titre « Mouila, ma ville, ma vie ». L’ancien ministre accuse l’actuel Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet d’avoir détourné toutes les subventions de La Poste jusqu’à hauteur de 2.204.654.685 francs CFA soit 3,36 millions d’euros au profit d’Internet-Gabon, créant selon l’auteur cette crise de trésorerie artificielle, voulue et organisée par l’Etat paralysant l’entreprise qu’il a dirigé durant près de 9 ans.

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Nommé en 2006 à la tête de La Poste par le feu Président Omar Bongo, avec pour missions : redresser, restructurer et moderniser avec à moyen terme la création d’une banque postale, l’ancien P-DG du groupe La Poste, Alfred Mabika-Mouyama, limogé en 2015, sort du bois en publiant un essai d’analyses documentées et sourcées sur la crise de La Poste, intitulé ’’La Poste au Gabon : controverses et manipulations politiques", qu’il a présenté à la presse nationale et internationale, jeudi 16 février dans le 8ème arrondissement de Paris.

Pour exprimer sa « part de vérité » devant un parterre de journalistes et d’invités, ce haut fonctionnaire de l’Etat s’est donné à cet exercice d’analyses et d’éclaircissements de l’opinion sur une crise qui affecte de nombreuses familles gabonaises. Aujourd’hui, la question de la responsabilité d’Alfred Mabika est ventilée dans les arcanes du palais du Bord de mer et à la Primature, lui qui a dirigé La Poste entre 2007 et 2015, selon une source judiciaire « son nom apparaît dans une enquête. Et qu’un mandat d’arrêt international serait en cours. Des collaborateurs le citent comme auteur de malversations financières », suite à l’opération anti-corruption Mamba. Qu’en est-t-il vraiment ?

Interrogé par Info241, l’analyse de la crise de La Poste selon l’ancien ministre « révèle que deux des principaux éléments ayant précipité l’entreprise dans la crise sont les agissements de l’actuel Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet, ministre du budget (2011 - 2012) à l’époque des faits : le non versement des subventions allouées à La Poste par l’Etat et l’inertie dans la prise de décisions essentielles. Pour l’auteur, il s’agit d’une crise de trésorerie, une crise artificielle, voulue et organisée par l’Etat. Nous sommes en présence d’un cas flagrant de détournements des subventions avec des incitations des clients à retirer leurs dépôts pour affaiblir la trésorerie de Postebank, gel des fonds, accumulation d’une dette de 100 milliards de francs CFA vis à vis de La Poste. En outre, souligne Alfred Mabika-Mouyama, l’Etat n’a ni couvert les avoirs des épargnants ni libéré un seul centime du capital de La Poste SA et de Postebank. »

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L’actuel Premier Ministre gabonais accusé d’avoir orchestré la crise de La Poste en affectant ailleurs les subventions allouées par l’Etat

S’agissant des subventions, a déclaré Alfred Mabika-Mouyama durant la présentation de son livre, « elles ont été amputées et détournées de leur destination initiale par le ministre du budget de l’époque qui a signé le 16 juin 2011 un protocole d’accord avec Internet-Gabon (société avec laquelle La Poste était en litige) dans le dos de La Poste. En ajoutant ce qui suit : le ministre s’est substitué à La Poste pour conclure à son insu des clauses transactionnelles avec Internet-Gabon. Et le ministre du Budget a d’autorité décidé de payer Internet-Gabon en imputant la dépense sur les subventions dues à La Poste  ».

De son propre chef, a précisé l’ancien ministre du Commerce, de l’Industrie chargé des investissements publics «  le ministre Issoze-Ngondet va donc verser toutes les subventions de La Poste jusqu’à hauteur de 2.204.654.685 francs CFA (3,36 millions d’euros) à Internet-Gabon, selon l’accord qu’il a lui-même conclu le 16 juin 2011 et enregistré aux Domaines le 30 juin 2011. Quand il signe cette Convention, sans même nous consulter, La Poste avait déjà versé la somme conséquente de 1.152.000.000 francs CFA (1,75 millions d’euros) à la société Internet-Gabon pour acquérir l’équipement nécessaire à sa transformation et à son développement. Et, à ce jour, cet équipement évalué à 1,009 milliard de francs CFA (1,538 millions d’euros) est toujours détenu par Internet-Gabon  ».

A ce stade, a indiqué M. Mabika Mouyama « l’intervention du ministre Issoze-Ngondet fait perdre à La Poste environ 4,2 milliards de francs CFA (6,4 millions d’euros). La Poste – pour réaliser ses projets - a été obligée de racheter un équipement similaire auprès de la société chinoise arrivée en deuxième place dans l’appel d’offres lancé pour s’équiper et de débourser pour ce faire la somme de 1,876 milliards de francs CFA (2,86 millions d’euros) ! C’est là le paradoxe. Abusant de sa position, puisque le budget pour décaisser les sommes allouées à La Poste dépendait de lui-seul, M. Issoze-Ngondet aurait-il mis en place tout un habile système de « détournement de fonds » et d’utilisation frauduleuse des subventions prévues au budget de l’Etat ? On peut en effet se poser la question  ».

À chacune de mes relances, annexées dans l’essai ’’La Poste au Gabon : controverses & manipulations politiques’’ réaffirme l’ancien PDG, « visant à réclamer le versement des subventions prévues, le ministre du Budget fait le dos rond et ne réagit pas, laissant seulement entendre de manière évasive : « On va payer, on va payer... ». Sans donner la moindre échéance concrète. De belles promesses qui resteront toujours sans suite. Après son départ du ministère du Budget (pour les Affaires étrangères), ce curieux système de prélèvements « clandestins » à la source va perdurer puisqu’il fonctionne si bien... au détriment des comptes de La Poste, à laquelle les subventions promises feront encore cruellement défaut. »

Poursuivant son exposé l’ancien ministre délégué au Plan et du Commerce a étayé en ces termes : « De 2012 à 2015 compris, le système fonctionne parfaitement. Toutes les subventions inscrites au budget de l’Etat et qui devaient être allouées à La Poste n’ont pas été versées. C’est une réalité incontestable. La Poste qui, sur cette période, aurait dû recevoir quelque 5 milliards de francs CFA ne reçoit rien ! Avant de marteler : ce mécanisme se traduit donc par une spoliation de 9,372 milliards de francs CFA (14,28 millions d’euros), si le 1,4 milliard (2,13 millions d’euros) de subvention prévue au budget de 2015 a bien suivi la même destination... Et le 17 octobre 2015, lorsque je suis démis de mes fonctions à la tête de La Poste, cette importante somme de 9,372 milliards de francs CFA (14,28 millions d’euros) n’avait toujours pas été réglée ! »

Dès les premiers jours de cette affaire, a affirmé confiant Alfred Mabika Mouyama « j’ai publiquement dénoncé les agissements du ministre du Budget, M. Issoze-Ngondet, portant préjudice aux intérêts et aux comptes de La Poste... en vain. Il faut noter que cette perte sèche de près de 10 milliards de francs CFA (15,24 millions d’euros) n’est pas constituée de fonds que j’aurai secrètement transportés – et détournés à mon profit – dans des mallettes, mais bel et bien de sommes importantes qui, à l’arrivée, ne sont jamais parvenues dans les caisses de La Poste. Ancien ministre du Budget et actuel Premier ministre de la République du Gabon, M. Issoze-Ngondet a bien compris que « la meilleure défense, c’est l’attaque », selon le célèbre adage. C’est pourquoi il a trouvé un véritable « bouc-émissaire » en l’ancien PDG de La Poste que je suis. J’accuse donc nommément M. Issoze-Ngondet d’avoir privé La Poste de sommes importantes, qui ont eu un impact négatif sur la possibilité des épargnants de disposer de leurs fonds et sur le redressement de l’entreprise. »

Le deuxième facteur majeur de la crise que traverse la Poste a réaffirmé l’une des figures de proue du mouvement ’’Les Rénovateurs’’ « est l’inertie criarde dans la prise de décision. La Poste et la banque postale étaient confrontées à plusieurs problèmes : libération du capital de La Poste (1 milliard de francs CFA, soit 1,5 millions euros) ; libération du capital de Postebank (10 milliards de francs CFA, soit 15 millions d’euros) ; complément de couverture des avoirs des épargnants ; règlement des redevances des boîtes postales ; financement des investissements. A tous ces problèmes, malgré des relances répétées auprès Issoze-Ngondet, nous n’avons eu aucune réaction. Du reste, tous les ministres se sont comportés de la même manière. Je dénonce, par conséquent, une telle attitude pour un haut commis de l’Etat. L’incidence financière pour La Poste et la banque postale est désastreuse. »

La crise économique gabonaise s’accentue davantage, le cas de La Poste et sa succursale Poste Bank ont alimenté des chroniques médiatiques et reportages souvent orientés des chaînes publiques d’Etat. Avec en filigrane des confusions et des faits erronés visant à exposer la responsabilité de la présumée faillite de ce fleuron de l’économie gabonaise avec pour unique coupable l’ancien PDG. Pours quelles fins ? Assurément politiques selon l’auteur, on lui reprocherait une archive tendancieuse dénichée dans les dossiers du défunt André Mba Obame qui voulait faire de lui, son Premier ministre en charge du gouvernement à son accession à la magistrature suprême.

Rappelons qu’après l’annonce de la parution de son livre qui à la base avait pour titre ’’ La Poste : enjeux et développements’’, l’ancien P-DG a dénoncé une machination politique orchestrée au sommet de l’Etat gabonais, assorties des menaces proférées à ses proches. Avec à la manœuvre, Alain Claude Billie Bi Nzé, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement. Que craignent les autorités politiques gabonaises ? Dans son brulot, M. Mabika Mouyama démontre les dessous de cette affaire et la responsabilité de l’Etat dans cette crise. Ce livre dont on conseille vivement la lecture présente l’expérience de gestion de La Poste gabonaise par l’auteur et apporte des réponses au sujet de la crise qui secoue cette institution de puis la fin de l’année 2015.

A quand donc le procès de l’actuel Premier ministre gabonais suite à sa responsabilité présumée dans la crise de La Poste ? Avec une justice gabonaise à deux vitesses, qui semble marquer par l’arbitraire, le citoyen gabonais, le salarié, les retraités, les entreprises tous lésés et très affectés par ce scandale économique devraient sans doute attendre le calendrier lunaire de la Saint Glin-Glin. Affaire à suivre donc !


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